À l’ouverture de la seconde phase de la formation des boursiers du programme de l’Onu sur le contrôle des armes légères et de petits calibres, le Colonel-Major Gabin Chahounka dévoile la menace des armes artisanales, une activité “culturelle” qui persiste au Bénin. Le secrétaire permanent de la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes évoque également la porosité des frontières ouest-africaines.
Bénin Intelligent : Mon Colonel, parlant de la circulation des armes, quelle est situation au Bénin ? Quel est l’état de la lutte par rapport à cette question ?
Colonel-major Chahounka : Au Bénin, secrétaire la Commission nationale de lutte contre la prolifération des armes est l’entité chargée d’élaborer toute la stratégie et la politique nationale de lutte contre la prolifération.
Pour parler du Bénin, notre situation s’inscrit évidemment dans notre contexte régional. Le contexte régional en Afrique de l’Ouest, c’est la porosité des frontières, c’est la difficulté de contrôler les groupes de contrebande et autres. Cette porosité favorise la circulation illicite des armes.
Au même titre que d’autres pays de la sous-région, nous avons des questions de prolifération au Bénin. Le Bénin sert aussi de pays de transit d’armes et de munitions d’un pays à un autre. Nous mettons en place beaucoup de politiques, beaucoup de stratégies pour lutter contre ce phénomène.
Très peu de pays africains disposent d’industries ou d’usines de production d’armes. D’où viennent alors ces armes qui circulent paradoxalement sur le continent ?
Très peu de pays africains disposent d’industries de production d’armes, c’est vrai. Mais évidemment, vous savez, les États ont le droit justement d’acquérir des armes pour leurs besoins de sécurité et de défense, ça c’est normal. Mais il y a un aspect que vous devez prendre en compte et qui échappe souvent au commun des mortels, c’est ce qu’on appelle la fabrication d’armes artisanales.
Quand vous demandez d’où viennent ces armes, la fabrication artisanale dans la sous-région est une activité majeure qui facilite la prolifération. Même au Bénin, vous avez des régions où c’est une activité qui se pratique de père en fils, c’est d’abord culturel de fabriquer des armes artisanales.
Nous avons fait des études où, sur tout le territoire national, nous avons repéré près de 150 fabricants d’armes artisanales. Cette activité facilite la prolifération et c’est pour cela d’ailleurs qu’en 2020, le Bénin a fait voter une loi pour mettre en place un certain nombre de réglementations pour limiter l’activité de ces fabricants d’armes artisanales. Donc les études montrent bien que la fabrication artisanale fait partie réellement du problème.
Selon vous, quel est le meilleur moyen de lutter contre la prolifération des armes légères ? La sensibilisation des populations par exemple ?
C’est une question qui a plusieurs facettes. Nous faisons beaucoup de sensibilisation des populations, mais aussi beaucoup de destruction de stocks. Nous faisons des activités de coercition avec les forces de sécurité et de police pour appréhender les armes illicites.
Nous menons même des activités qui accompagnent la sensibilisation, c’est-à-dire la remise volontaire. Nous l’avons fait en 2021 où on a demandé aux populations de remettre volontairement les armes dont elles veulent se débarrasser et on a eu des chances qu’elles soient venues remettre des armes dans les commissariats de police. Donc c’est une activité multi facette pour limiter la prolifération, à la fois sensibilisation, la demande de remise volontaire, la coercition pour lutter contre les trafiquants illicites, ainsi que le contrôle de frontières.
Merci mon Colonel.
