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Régis Hounkpè, enseignant « Le règne de la terreur ne peut être un attribut de la démocratie »

Par Arnauld KASSOUIN
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La démocratie fait de plus en plus objet de débat. Son rôle dans la résolution des conflits à configuration terroriste n’y a pas échappé. La démocratie est considérée comme n’ayant pas de rapport direct dans l’explosion du terrorisme. Régis Hounkpè, enseignant et analyste en géopolitique et relations internationales, directeur exécutif d’InterGlobe Conseils pense la même chose. Il estime à cet effet que « ce n’est pas la démocratie qui cristallise les échecs de la lutte anti-terroriste au Niger ( …)»

Bénin Intelligent: Quelle analyse faites-vous de l’état de la démocratie au Sahel, surtout dans la résolution des conflits à configuration terroriste ?

Régis Hounkpè: Avant d’interpeller l’état de la démocratie en tant que système politique dans le Sahel, tout en réduisant arbitrairement mon approche à quelques pays actuellement en vue dans la géopolitique africaine comme le Mali, le Niger, le Burkina, je dirai que la région sahélienne a été soumise à plusieurs turbulences. Qui de mon point de vue constituent un frein à la meilleure expression de ce mode de gouvernance. Le tableau ne peut être global et homogène. Car, les approches sont différenciées. Surtout, entre les processus de démocratisation stoppés net par des coups d’état militaire comme au Niger. Et par exemple la déliquescence sécuritaire du Mali avec la propagation accélérée des groupes armés terroristes depuis plus d’une décennie.

Je décrypterai ces divers phénomènes comme des accélérateurs de la désintégration de l’Etat stricto sensu avec ses carences administratives, ses errements régaliens. Aussi son incapacité à proposer la prospérité économique et la cohésion sociale et finalement à freiner tout début de développement et de sécurité.

De ma lucarne, les trois pays choisis concentrent ces limites, et en même temps, en élargissant ou en rationalisant les capacités d’identification et d’exploitation des ressources, nous avons dans le Sahel de véritables leviers de développement économique et de stabilité politico-sécuritaire. Cependant, tout est question de leadership et de compréhension du monde qui nous environne.

La démocratie telle qu’elle est mise en exergue au Sahel a-t-elle joué un rôle dans l’explosion et l’expansion des groupes armés terroristes ?

Ce n’est pas tant la faute de la démocratie qui sert abusivement de réceptacle des frustrations et des dérives des politiques. Mais davantage de ceux qui doivent mettre en place les meilleures politiques sécuritaires et de défense. Dans la logique de défendre chaque centimètre carré de leurs territoires ou de préserver la souveraineté nationale. Il serait incomplet si une meilleure administration de l’Etat n’était envisagée. Avec des politiques d’insertion professionnelle, d’éducation, de santé, d’agriculture, de justice sociale, de croissance économique partagée.

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Selon vous, l’impuissance de la démocratie dans la lutte antiterroriste au Sahel pose-t-elle un problème pour notre compréhension de l’efficacité de la démocratie en tant que régime de paix ?

Une fois encore, le Sahel est un et pluriel. Il représente, certes à la lumière des derniers développements politiques et géopolitiques en Afrique de l’Ouest, un bloc structurel aux affinités et convergences davantage axées sur le retour plus visible et scénarisé de l’autoritarisme militaire. De même qu’un néo-souverainisme parfois instrumentalisé comme paravent aux normes communautaires de la CEDEAO. Il est la caricature d’un rejet radical tout à fait légitime de toute tutelle post-coloniale et essentiellement des impérialismes européens et occidentaux.

Le Sahel porte une résistance systémique à toute forme de contestation civile, médiatique et populaire. Ce n’est donc pas la démocratie qui cristallise les échecs de la lutte anti-terroriste au Niger, au Mali, au Burkina et même au-delà du Sahel. C’est plutôt le lourd tribut payé par les populations sahéliennes du fait des politiques inconséquentes qui ont jalonné autant les pouvoirs civils que les actuels régimes militaires et transitions à l’œuvre dans cet espace très agité.

“Le terrorisme se nourrit des inégalités et des conflictualités internes”. De ce fait, et par définition, pourrions-nous considérer le terrorisme comme antidémocratique ?

Évidemment, le règne de la terreur ne peut être un attribut de la démocratie car il annihile toute volonté d’expression et constitue la négation de toute politique visant à la paix et à la stabilité. Le tout-sécuritaire n’est pas une option. Il n’est ni suffisant, ni efficace.

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Avec les crises démocratiques récentes, symbolisées par les coups d’État et la mauvaise gouvernance, peut-on toujours espérer une possible restauration d’une démocratie libérale au Sahel ?

Les militaires s’en sont rendus compte à l’épreuve de leurs actions. La stratégie de lutte contre la propagation des GAT commence par une politique structurée contre les facteurs de désolation socio-économique et d’attraction aux discours dissidents.

Comment expliquer l’obstination des dirigeants du Sahel à en découdre avec les groupes armés terroristes qu’avec les armes et non par d’autres moyens ?

Je ne pose pas le sujet par un objectif visé vers la démocratie libérale. Il faut plutôt croire en la renaissance des sociétés civiles. Croire en un regain d’attention pour les affaires citoyennes par les jeunesses du continent. Notamment par l’émergence de classes politiques dominées par des femmes. Restaurer la démocratie est un objectif. Mais ce n’est pas le totem absolu sur lequel tout débat philosophique et toute action politique doivent systématiquement se greffer. Sans pour autant plaider pour une nouvelle génération d’idées et des acteurs qui les porteront.

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