C’est l’un des artisans de la victoire du président Romuald Wadagni. Dr Miftaou Fatoké, expert-comptable, promoteur de l’Iseg et figure religieuse importante à Cotonou, a animé deux communications en faveur de la communauté musulmane pendant la période électorale. Très discret, ses différentes sorties ont permis de mettre en avant les acquis de la gouvernance Talon, les ambitions du candidat Wadagni ainsi que la nécessité d’une forte mobilisation citoyenne autour du scrutin du 12 avril 2026. Dans cet entretien, il revient sur les leçons de cette présidentielle, le fort taux de participation et les défis du nouveau pouvoir.
Journaliste : Présentez-vous.
Dr Miftaou Fatoké : Je suis Dr Miftaou Fatoké, expert-comptable de formation, enseignant-chercheur à l’Uac à la retraite et promoteur de l’Institut Supérieur d’Expertise et de Gestion (ISEG), une école de formation théorique et pratique aux métiers d’Expert-Comptable (cursus français), de Banquier, de Communicateur, d’Assureur, de Gestionnaire de Projets, de Gestionnaire des Ressources Humaines, de Logisticien et de Gestionnaire d’Entreprises. Par ailleurs, je suis la seconde personnalité de la mosquée centrale de Cotonou, parrain du Collège des Imams de l’Atlantique et du Littoral et associé gérant d’un cabinet d’expertise comptable. Je suis marié et père de quatre enfants.
Que pouvons-nous retenir des deux conférences ?
À l’invitation du collège des Imams de l’Atlantique-Littoral, j’ai effectivement donné deux communications dans la période électorale. J’ai successivement développé les acquis de la gouvernance Talon et ressorti les promesses ambitieuses du candidat Romuald Wadagni. De mes deux interventions, à Cotonou et à Tori, devant un public nombreux et enthousiaste, on peut retenir trois grandes leçons.
La première est que le « Bénin d’avant » est révolu. J’ai illustré cette rupture historique notamment par la poursuite des chantiers même en période électorale, les hôpitaux équipés (250 ambulances, IRM), les écoles sorties de la paralysie (taux de réussite au bac passé de 30 % à 73 %), et la GDIZ fonctionnelle qui a créé plus de 20 000 emplois. Ces réalisations montrent que la rigueur et la stabilité ont remplacé l’anarchie et l’assistanat.
La deuxième leçon concerne la continuité comme approfondissement. L’enjeu, en appelant à voter Wadagni, c’est rompre avec l’éternel recommencement. La continuité, il ne faut pas se tromper, ne signifie pas immobilisme; il s’agit plutôt d’un second temps pour développer les territoires via 6 pôles (industrie, tourisme et innovation entre autres) comme l’a promis le président élu lors de la campagne.
Par ailleurs, j’ai enfin déconstruit une rumeur persistante de démobilisation qui laissait croire que l’élection était pliée. Ma conviction, c’est que voter massivement est un devoir religieux et civique. L’élection du 12 avril n’était « pliée » pour personne. Une faible participation affaiblirait le futur mandat. Voter, c’est donc donner une légitimité forte, créer une exigence de résultats, et consolider les acquis.
Comment expliquer le fort taux de participation ?
À mon avis, c’est le résultat de dix années extraordinaires jamais vécues par les béninois. C’est une manière de saluer les prouesses du président de la République mais aussi d’exprimer son attachement aux réalisations et de signifier que la dynamique ne doit pas s’arrêter.
C’est aussi la preuve d’une véritable élévation de la conscience civique chez les populations. Les contre-campagnes de démobilisation, pourtant très subtiles, n’ont pas manqué. Mais les populations savent désormais que le vote est un droit acquis de haute lutte, au prix de longues et difficiles batailles.
Il faut aussi attribuer ce fort taux de participation au scrutin à une campagne électorale éclairée, intense et décontractée, menée par l’ensemble des candidats. Au cours de ces deux semaines chargées, le candidat Wadagni a par exemple parcouru tout le pays, a discuté de sujets aussi bien profanes que hautement sensibles. Il n’a fui aucune question. Il a même tenu des rencontres individuelles avec des artisans, des commerçantes, des nécessiteux.
De son côté, Paul Hounkpè, candidat de l’opposition, n’a pas démérité non plus. Il a abordé en des termes simples de nombreux sujets qui parlent à l’âme des Béninois.
Bref, ce fut une expérience pacifique, très franche, qui a rassuré les citoyens. Ils se sont sentis respectés, écoutés, et ils ont répondu présents.
Pourquoi ce plébiscite est crucial pour le développement durable ?
Tout simplement parce que sans adhésion populaire à la politique menée depuis une décennie les bailleurs de fonds vont commencer à douter de la capacité du pays à atteindre ses objectifs de développement durable. Les réformes audacieuses menées, que certains assimilent à la restriction des libertés, c’est pour que le développement s’installe définitivement avant que la vanne du verbiage politique ne remonte à la surface et nous rattrape. On aurait construit d’ici là les fondements solides d’un pays prospère et attractif sur le plan touristique
Pourquoi féliciter le président Talon pour l’élection apaisée du 12 avril dernier ?
Je vais répondre de manière culturelle, car nos populations sont attachées à leurs valeurs. Un adage dit qu’on félicite parfois celui qui accomplit son propre œuvre.
Dans un contexte sous-régional où la violation des constitutions, les coups d’État civils, les changements forcés au sommet de l’État sont source d’inquiétude et d’effusion de sang, il faut saluer la hauteur d’esprit du président Talon. Il a choisi de faire la différence conformément à la Constitution de son pays après des avancées incroyables, historiques et remarquables en dix ans seulement. Le pouvoir étant — pour reprendre la métaphore d’un ancien président de la Cour constitutionnelle — comme les seins d’une jeune femme : quand on y a pris goût, c’est difficile de s’en séparer. Lui, il s’en est séparé. Il faut aussi le féliciter parce qu’un pays qui veut se développer ne peut pas montrer à la face du monde que les changements de dirigeants suscitent des heurts, des conflits, des violences.
En choisissant de passer la main pour respecter la Constitution, le président Talon a montré au monde que nous connaissons le chemin pour nous développer, à l’image de certains pays riches en Afrique. C’est pourquoi il faut vraiment le féliciter pour ce passage calme et convivial de relais. Il a permis au Bénin de conserver son statut de laboratoire de la démocratie en Afrique de l’Ouest.
Pourquoi s’engager en politique aujourd’hui ?
Je vais vous répondre en homme de foi et en citoyen. Il faut s’engager en politique parce que l’islam, comme toute religion de paix, ne nous prescrit ni l’indifférence, ni la passivité. Avant de rejoindre le Royaume éternel d’Allah, nous naissons, grandissons et travaillons dans un pays, une nation. Les défis de ce pays — santé, éducation, eau, emploi — nous concernent tous. Car ils impactent notre foi, sa libre expression, et les conditions matérielles de notre dignité.
Notre prophète a été leader religieux, chef de guerre et responsable politique pour atteindre les objectifs de l’expansion de l’Islam. S’engager en politique, c’est comprendre que la prière et l’action ne sont pas séparées. Le meilleur des croyants, nous enseigne le Prophète (PSL), est celui qui est utile aux autres. Être utile, c’est aussi contribuer à choisir ceux qui vont gérer l’eau que nous buvons, les écoles de nos enfants, les routes que nous empruntons.
S’engager, c’est refuser de laisser notre destin entre les seules mains des opportunistes. C’est savoir que derrière chaque chiffre budgétaire, il y a une vie améliorée, une mère qui accouche dans un hôpital équipé, un jeune qui trouve du travail, un village qui accède à l’eau potable.
Celui qui se tait face à ce qui peut être amélioré devient complice de ce qui demeure mauvais. S’engager en politique, aller au-devant des réalités de son quartier, dire ce qui est bon pour sa communauté, c’est un devoir moral. Alors, oui, engageons-nous. Non par ambition personnelle, égoïste, mais par devoir afin de préserver ce qui a été construit, et l’approfondir pour nos enfants.
Votre message pour les imams
Je veux les remercier pour leur implication remarquable dans la campagne électorale et dans ce scrutin présidentiel, dont le résultat a dépassé toutes nos attentes. Je souhaite qu’en tant qu’autorités religieuses crédibles, qu’ils continuent de s’impliquer davantage dans la dynamique qui est en cours dans notre pays depuis 2016. Qu’ils continuent de prier pour le président sortant — car il faut honorer celui qui a passé le témoin dans la dignité — et pour celui qui va prendre le relais, car l’avenir appartient aussi à leurs supplications.
La victoire dès le premier tour du candidat Wadagni est aussi leur victoire. Ils ont contribué, par leur présence, leur voix, leur mobilisation, à ce que le Bénin montre au monde un visage apaisé et responsable. Félicitations à eux aussi. Et qu’Allah agrée leur engagement.
Un conseil pour le président élu, Romuald Wadagni qui prend fonction prochainement
Je crois qu’il est suffisamment entouré de personnes avisées qui l’aideront à prendre de très bonnes décisions pour notre pays durant tout son mandat. Sur ce point, je suis tranquille.
Toutefois, je suggère qu’il poursuive le rythme des réformes imposé par son prédécesseur sans faiblir. Pas un ralentissement. Pas un retour en arrière. Parce que les frustrations causées par ces réformes — je le sais, elles existent — seront dissipées progressivement par la prospérité qui se déversera sur notre pays. Et cette prospérité, elle est déjà en marche. Il ne faut surtout pas l’arrêter.
Je l’invite aussi à ne pas oublier le passé sans cesser de construire l’avenir. Un avenir encore meilleur que le présent. Car le passé nous rappelle d’où nous venons : l’anarchie, l’arrêt des chantiers, les années scolaires blanches. L’avenir, lui, nous appelle à aller plus loin, plus vite, plus fort. En un mot : approfondir, ne pas renoncer, et garder le cap. Avec la même rigueur. Avec la même responsabilité. Le Bénin compte sur lui. Mes félicitations au nouveau président et toute mon admiration au président sortant, Patrice Talon.
