La commune d’Abomey-Calavi a vibré mercredi 15 octobre, au rythme des klaxons et des messages d’engagement citoyen. L’Ong filles en actions y a lancé officiellement l’initiative “Kekenon wa Doxami” qui signifie littéralement taxi-moto, viens le dire avec moi, une campagne communautaire qui mobilise les conducteurs de taxi-moto autour de la santé sexuelle et reproductive, en particulier la prévention des avortements clandestins.
La campagne a débuté par une caravane motorisée partie du carrefour Maria-Gléta pour arriver à la mairie d’Abomey-Calavi. Dix kilomètres au cours desquels les conducteurs de taxi, accompagnés de volontaires formés par Filles en actions, ont sillonné plusieurs quartiers au rythme d’une caravane baptisée « les klaxons de la solidarité ». À chaque étape, le message reste constant : informer, sensibiliser, sauver des vies.
Dans une ambiance à la fois festive et militante, les « zémidjans », conducteurs familiers du quotidien béninois, ont répondu nombreux à l’appel. L’objectif de l’initiative est clair : faire d’eux de véritables « ambassadeurs de la santé, de la liberté et de la dignité ».
« Ce moment symbolise le courage, la solidarité, mais surtout la sororité qui nous unit dans ce combat pour la santé et la dignité des femmes et des jeunes filles », a lancé la présidente de l’Ong filles en actions, Brian Sossou. Selon elle, le programme incarne une mobilisation populaire et communautaire, un mouvement « venu du terrain, du peuple, de celles et ceux qui vivent cette réalité au quotidien ».
Elle a salué le rôle des conducteurs, qui deviennent de véritables « passeurs de vie ». « Ils sont les témoins des joies, des douleurs et des urgences de notre société. Leur engagement n’est pas seulement une participation, mais une réponse lucide et courageuse à une réalité qu’ils côtoient chaque jour », a-t-elle ajouté.

Brian Sossou a également insisté sur l’importance de l’implication des hommes dans cette lutte. « Nous avons choisi de marcher à leurs côtés, car nous reconnaissons leur rôle unique et irremplaçable. Leur voix compte, leur regard change la perception, leur action sauve des vies. »
Un soutien institutionnel solide
La présidente a exprimé sa gratitude envers la mairie d’Abomey-Calavi, le ministère de la Santé, la direction départementale de la Santé de l’Atlantique, l’Association des communes de l’Atlantique et du Littoral, ainsi que les médias et organisations féministes partenaires. « Que chaque trajet soit un message d’espoir, et que grâce à vous, chaque femme, chaque fille, chaque jeune puisse se dire : Ma vie compte, ma santé compte », a-t-elle souhaité.
Le maire d’Abomey-Calavi, Angelo Ahouandjinou, et le président de l’Acal, Rogatien Akouakou, ont salué l’initiative et réaffirmé leur soutien à l’Ong pour la réussite de cette campagne novatrice sur la santé sexuelle et reproductive.

Au nom de la direction départementale de la Santé de l’Atlantique, sa représentante a rappelé l’importance de la loi n°2021-12 sur la santé sexuelle et reproductive, adoptée pour prévenir les risques liés aux avortements clandestins et garantir des soins sûrs et respectueux de la dignité des femmes. « Une loi, aussi pertinente soit-elle, demeure sans effet si elle ne trouve pas écho dans le cœur et l’esprit des citoyens. C’est pourquoi des initiatives communautaires comme “Kekenon wa Doxami” sont essentielles : elles rapprochent la loi des populations et font vivre la prévention au quotidien », a-t-elle souligné.
Elle a également salué la collaboration entre les communes, les services de santé et les organisations féministes, ainsi que l’implication des Kekenon ambassadeurs dans la lutte pour la santé maternelle et reproductive.
Des outils innovants pour sensibiliser
Lors du lancement officiel de la campagne, les 100 zémidjans ambassadeurs ont reçu des tenues et des casques officiels. Au dos des tenues et sur les casques, un code QR redirige vers la loi SR21 et les informations essentielles sur la santé sexuelle et reproductive. En un scan, leurs clients peuvent découvrir les droits, les procédures et les services disponibles.
Pour beaucoup, ce dispositif change la donne. « Maintenant, même quand je transporte quelqu’un, le message roule avec moi. Si la personne scanne, elle apprend quelque chose. C’est comme si mon maillot parle sans même que je n’ouvre la bouche. C’est tellement important vu que l’avortement clandestin tue beaucoup » a confié Jonas, conducteur de taxi-moto depuis huit ans.
Grâce à cette démarche innovante, chaque trajet devient un moment d’information et de prévention, et chaque conducteur un ambassadeur capable de sensibiliser, informer et sauver des vies. L’initiative Kekenon wa Doxami permet ainsi de rapprocher la loi SR21 des citoyens, là où les messages institutionnels peinent souvent à atteindre, et de renforcer la prévention des avortements clandestins au quotidien.
