Les 7, 8 et 9 novembre, les rues de Lomé, notamment Adidogomé et Amadahomé, ont vibré au rythme des animations et performances des artistes venus de huit pays d’Afrique et d’Europe. Ces manifestations s’inscrivent dans le cadre de la deuxième édition du festival “Rendez-vous Chez Nous au Togo”.
Le vendredi 9 novembre 2024, aux alentours de 16h, un spectacle inédit s’est déroulé le long de la devanture de la Maison des Jeunes de Lomé jusqu’au cœur du quartier Amadahomé. Ce jour-là, les artistes ont présenté des performances, des spectacles de marionnettes, du cirque et bien d’autres animations dans la rue. Tout était réuni pour émerveiller les spectateurs. Cette manifestation visait à mobiliser la population et à attirer le public vers la Maison des Jeunes.
Pari réussi, ces performances dans la rue ont captivé l’attention des passants, qui, même à moto ou en voiture, marquaient des pauses pour profiter de l’ambiance. Samedi 9 novembre, la population togolaise a de nouveau assisté à une parade dans les rues, cette fois au quartier Adidogomé.
«Les arts de rue signifient un art plus proche du public et de la population», a déclaré Gilbert Agbevide, directeur du festival. Cet engagement pour les arts de la rue au Togo découle d’un constat peu réjouissant :
«Pendant près de 15 ans, nous avons travaillé en salle, réalisé des spectacles et des tournées en Afrique et ailleurs. Il faut l’avouer, nous avons souvent joué sans public. C’est-à-dire que nous étions souvent face à un public averti et très avisé, ce qui a fait perdre du sens au spectacle», a-t-il expliqué.
Organiser des spectacles d’art dans la rue est donc devenu essentiel pour attirer un public plus large et permettre à ceux qui n’ont pas les moyens de se payer un spectacle de s’amuser également. D’autre part, la crise de la Covid-19 a véritablement révolutionné l’art de la rue. Depuis toujours, l’art est né de la rue, et cette période a relancé cette dynamique. En raison des restrictions d’accès aux espaces et salles pour animer des spectacles, les artistes, passionnés et assoiffés de scène, ont commencé à se produire dans la rue.
Pour cette deuxième édition du festival, trois grandes nouveautés ont été introduites : le cirque aérien, le masque animal pour retracer l’histoire de nos pays, et la magie. «Le public a répondu avec implication et participation. C’est déjà le plus grand satisfecit que l’on puisse obtenir d’un festival», a salué, très satisfait, Gilbert Agbevide. Il a également annoncé les couleurs de l’édition prochaine, en précisant qu’ils travailleront davantage sur le cirque aérien, les masques et la formation des jeunes.
Au-delà du festival
Au-delà des manifestations culturelles, cette biennale a également été un espace de réflexion entre professionnels de l’art. Dramane Sonogo de la compagnie Dewba N’gnouma, venue du Mali, a appelé à l’union entre professionnels.
«Il faut que nous laissions la haine de côté et que nous nous donnions la main pour développer la culture africaine. C’est le plus important. Même dans la vie, il faut toujours faire les choses en groupe pour aller loin», a-t-il martelé.




Yannick Avel, directeur artistique de la Compagnie Zappar, venue de Suisse souligne que la culture et l’éducation vont de pair, et qu’il est essentiel d’inculquer l’art aux enfants dès le plus jeune âge. C’est pourquoi la culture doit être pratiquée dans la rue pour toucher un plus grand nombre d’enfants.
Fadel Amah, acteur culturel, marionnettiste et promoteur du festival international de théâtre éducatif par les marionnettes de la délégation béninoise, a fait comprendre que le gros du travail est déjà réalisé par les artistes, et que le reste revient aux décideurs politiques.
Réseaux sociaux
Placé sous le thème “Jeunesse, arts et économie éco-digitale”, le festival a également mis en avant l’importance des réseaux sociaux. «Ces réseaux sociaux sont une chance, car nous, acteurs de la rue, pouvons les utiliser pour communiquer sur nos activités. Dès que nous atteignons une certaine audience, ce sont les arts de la rue qui en bénéficient», a-t-il précisé.
Durant les deux jours de parade et lors des performances artistiques, on pouvait voir des jeunes et des membres de la population filmer les spectacles avec leurs smartphones. Les réseaux sociaux permettent donc d’élargir le public, car ceux qui ne sont pas sur place peuvent se rattraper ou être au même niveau d’information que les présents. De plus, il y a cette émotion unique que le public et l’artiste partagent en direct.

Pascal Kobri, artiste chorégraphe et performeur ivoirien, a déclaré que les réseaux sociaux représentent «une autre opportunité d’offrir le spectacle gratuitement au public, à ceux qui n’ont pas forcément accès aux salles».
Cependant, il nuance : «Vivre un spectacle sur les réseaux sociaux et vivre le spectacle en direct avec l’artiste, je pense qu’il y a une différence. Même si les réseaux sociaux ont leurs avantages, nous gagnerions beaucoup plus à être en contact direct avec l’artiste.»
