Ramp-Bénin a aguerri 100 femmes et jeunes sur la construction de la paix. Ce programme, qui a connu sa deuxième session à Cotonou, entend contribuer à la culture de la paix face aux conflits à configuration terroriste.
Ramp-Bénin fait œuvre utile. La résolution des conflits à configuration terroriste passe aussi bien par l’implication des acteurs de la société civile que par les groupes de la société civile. De plus, lorsque surviennent les situations de conflictualité, « les jeunes font partie des premières victimes ». Mieux, en matière de terrorisme, « les femmes sont les plus exposées » affirme Aziz Mossi, spécialiste de l’extrémisme violent. Eu égard à cette configuration, surtout en ce qui concerne la contribution des femmes et des jeunes à la paix, Ramp-Bénin, à travers le programme annuel de formation « Hundred Women Youth for Peace and Security (HWY4PS) », promeut la culture de la paix.
Le but essentiel de ce programme est de « contribuer à une culture de la paix » affirme Estelle Djanato, coordinatrice du projet. Avec pour visée de « s’assurer d’un monde de paix et indivisible avec l’apport des femmes et des jeunes » poursuit cette dernière. En effet, ce programme formera 100 femmes et jeunes sur le cadre normatif institutionnel international, régional et national. Il ambitionne former les bénéficiaires dudit programme pendant 3 mois sur la mise en œuvre de l’agenda Paix et Sécurité.
Termes de référence
Selon les termes de référence du programme HWY4PS, la culture de la paix s’articule autour de : « des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; la promotion et le renforcement d’une culture de la non-violence par l’éducation ; du dialogue et de la coopération ; de la tolérance… ». Partant du postulat que sans la paix rien n’est possible, Dr. Mossi croit que l’initiative de Ramp-Bénin est salutaire. « Je pense que cette activité est importante parce que nous devons tous, autant que nous sommes, contribuer à la construction de la paix » dit-il à cet effet.
En fait, aborder ladite thématique avec les jeunes et de surcroît les femmes favorise « une synergie d’action, le partage d’expérience et le renforcement des capacités » selon le SG de l’association Jeunes Médiateurs du Bénin, Fayçal Mama Memako, participant de l’évènement. En vérité, ce projet permet aux jeunes « ayant la paix comme passion commune de se retrouver dans un cadre sécurisé pour discuter des stratégies de lutte contre l’insécurité et le grand banditisme au sein des communautés à la base » objecte le SG de Jeune Médiateur du Bénin.
Ce programme de Ramp-Bénin, prévu pour se dérouler en présentiel et en ligne, s’appuie sur une approche régionale. C’est-à-dire qu’il inclut des participants aussi bien du nord que du sud du Bénin. Cette deuxième session de formation a réuni trois spécialistes des questions relatives à la paix et la sécurité sur différentes thématiques. Parmi celles-ci figurent, entre autres : « La santé mentale des femmes et des jeunes, gage de paix et de sécurité ? » ; « Introduction au concept de genre, paix et sécurité » et « Comprendre les dynamiques des conflits et processus de résolution des conflits ».
Dynamique des conflits
Il n’y a pas de société sans conflit. Pour le spécialiste des questions de paix et de sécurité, Aziz Mossi, les rapports entre les personnes engendrent souvent des situations de conflictualité. Parce qu’il y a un certain nombre de « facteurs liés à notre coexistence ou à notre vivre-ensemble qui peuvent conduire à déstructurer les relations interpersonnelles » pense le spécialiste. D’un point de vue sociologique, il rappelle aussi la théorie selon laquelle « le conflit n’est pas forcément négatif tout le temps ». Il peut avoir aussi des aspects positifs.
Selon cette perception, un conflit est en mesure de donner naissance à des dérives de même qu’il peut être source de positivisme. En effet, sa perception emprunte une logique développée par le père de la ‘‘solidarité organique’’, Émile Durkheim. Ce dernier postule que « les conflits, même lorsqu’ils semblent menacer l’ordre social, peuvent en réalité le renforcer ». Cependant, il faut rappeler que le côté obscur de cette pensée réside dans les conflits auxquels on ne trouve pas d’alternatives positives. Parce que certains conflits ont pour particularité de perdurer des siècles durant. « Ces conflits peuvent ressurgir à tout moment » argumente l’expert. Et pour illustrer cet argumentaire imagé, il prend en exemple le cas du Sahel.
Peuls au Sahel
De ce qui se passe au Sahel, par exemple, dit-il, la question de l’esclavage est l’un des facteurs importants évoqués pour justifier l’extrême violence de certaines communautés exercée sur d’autres. C’est le cas des Peuls. L’émergence des conflits intercommunautaires resurgit en majorité dans les zones frontalières. À titre illustratif, au Bénin, on peut énumérer des zones comme Karimama, Matéri et Kétou. Toutes les fois que subsistent des conflits entre agriculteurs et éleveurs, ce sont des conflits qui impactent durablement les communautés.
Quand un éleveur va détruire le champ d’un agriculteur, on observe parfois une horde de vengeance. Autrement dit, « toute une population va s’armer pour attaquer soit la communauté peule » soit c’est l’inverse.
Il n’y a pas que les conflits intercommunautaires qui font ravage. À ce propos, Aziz Mossi évoque les sources potentielles de conflits en lien avec la sphère politique. Il recourt en effet aux faits de 91, 2019 et de 2021 qui, malgré tout, peuvent toujours être objets d’instrumentalisation. Aussi, les injustices sociales sont en mesure de créer une situation conflictuelle. Dans la même veine, la pensée de Nicolas Machiavel qui dit : « la politique s’intéresse à tout » trouve son sens.
Santé mentale
La santé mentale constitue un facteur important dans la construction de la paix. C’est un facteur « de maintien de la paix et de sécurité » analyse Dr. Mossi. En effet, les conflits, qu’ils soient latents ou non, nourrissent des traumatismes, de la méfiance et laissent parfois de profondes traces sur les individus et les sociétés, comme le démontre le spécialiste des questions de paix et de sécurité dans sa communication sur : « Comprendre les dynamiques des conflits et processus de résolution des conflits ».
La prise en compte de l’équilibre émotionnel dans les processus de paix obéit en réalité à la conception du neuropsychiatre Boris Cyrulnik. Pour ce dernier, « le soutien social, la reconstruction des liens communautaires et la narration collective aident à panser les blessures psychologiques et à reconstruire la confiance dans les structures de l’État ».
Marinelle Hougbedji n’a pas emprunté quatre chemins pour le démontrer dans sa communication intitulée : « la santé mentale des femmes et des jeunes, gage de paix et de sécurité ». La spécialiste des questions de droit et de santé sexuelle et reproductive estime en amont que l’homme n’est pas un individu isolé. De par ce fait, « il interagit avec des personnes ». Ainsi donc, la manière dont celui-ci exprime ses émotions a d’impact d’une manière ou d’une autre sur ceux qui l’entourent. Surtout sur sa capacité d’agir et de penser.
Équilibre émotionnel
Nos émotions conditionnent « nos manières d’agir » dans la société fait-elle remarquer. Ce qui peut induire ou conduire à une forme d’extrémisme. Ce fait relevé peut participer à la décohésion sociale au sein d’une société. Puisque l’extrémisme part d’un écart de langage.
Lorsqu’un individu n’est pas capable de tenir des « débats raisonnables » et « logiques », il est en mesure d’inciter à la haine et tout ce qui va avec la décohésion sociale. Alors qu’une bonne santé mentale « cultive la résilience face à l’adversité ». Elle a également attiré l’attention sur le fait que « les personnes qui sont mentalement saines sont plus aptes à penser de manière critique et autonome ». En d’autres termes, la santé mentale a un rôle prépondérant dans le barrage aux idéaux extrémistes..
Si pour certains l’extrémisme violent trouve son existentialité dans des facteurs endogènes tels que la pauvreté, l’absence de perspectives, le chômage et l’absence de l’État dans certaines localités, pour la communicatrice, tout prend graine à partir des prédispositions mentales. Les travaux de Paul Lederach et de John Lederach, tous deux sociologues, consolident l’approche développée par Marinelle Hougbedji. Pour ces deux sociologues mentionnés, l’approche psychosociale de la consolidation de la paix place la guérison des traumatismes d’hier et d’aujourd’hui au centre de la reconstruction du tissu social et au cœur des processus
Concept genre, paix et sécurité
Ce programme de Ramp-Bénin est une bonne initiative dans la mesure où « il permettra à beaucoup d’entre les participants de mieux cerner les questions de paix et de sécurité. Il en est de même en ce qui concerne la cohésion sociale », juge Abdou Taofic Adam, l’un des bénéficiaires du programme.Dans la résolution des conflits à configuration terroriste, il est important de prendre en considération le genre. « Il n’y a pas que cela », affirme le Dr Antoine Chacran lors de sa communication sur « Introduction au concept de genre, paix et sécurité ».
Pour l’expert en relations internationales, la compréhension du sujet permet de cerner en réalité en quoi les valeurs de la femme structurent les fondements d’un monde organisé et structuré. « Ici, il est question de compétence partagée, argumente l’expert. Une compétence qui, selon lui, va « permettre d’asseoir les mœurs d’une tradition de paix et de stabilité ».
Approche genre
La femme reste inévitablement l’épine dorsale d’une stabilité à long terme, tant sur le plan institutionnel que sociologique et même, pourquoi pas, politique. L’approche genre dans l’analyse du phénomène de paix et de sécurité se forge tout simplement sur la condition humaine. Cette approche permet de mettre l’homme et la femme au centre des gravités. Ne pas considérer cette variable plurielle, c’est faire fi de tout mécanisme de paix, explique l’expert. Quand surgit une situation de conflictualité, les femmes sont les plus exposées. Elles sont également au rang des premières victimes. En ce sens, le Dr Chacran révèle que lorsque nous parlons de condition humaine nouvelle… Historiquement, les femmes sont plus enclines à œuvrer dans la construction d’une paix durable.
À travers le programme HWY4PS, Ramp-Bénin, souhaite « travailler avec tous les partenaires pour faire avancer l’Agenda Paix et Sécurité ». Puisque « l’exécution du projet » permettrait à Ramp-Bénin « de déboucher sur la mise sur pied de la Coalition Jeunesse Paix et Sécurité du Bénin».
LIRE AUSSI :
- Démocratie et terrorisme: Face au procès, démêler l’écheveau
- Lutte contre le terrorisme : La force peu valorisée des femmes
- Extrémisme violent : Le religieux comme rempart


