L’initiative ‘’Allons écouter nos jeunes lecteurs’’ de l’association Fémicriture a réuni mercredi 31 janvier, des élèves du Ceg Les Cocotiers de Porto-Novo autour de Anna Baï Dangnivo. Son ouvrage « Toula, l’amour interdit » s’est révélé « plein de connaissances » pour les collégiens.
Décence, moralité, propreté. Des qualités auxquelles renvoie le signe du Toula Mendji qui a inspiré le nom de la protagoniste du conte. Un passage partagé par Parfaite Nassara relate une histoire de saleté imputée à une femme connue pour être « la propreté incarnée », Toula. Dans l’ouvrage, Toula, tombe amoureuse de Bogbé, son neveu. Elle use « de tous les subterfuges pour arriver à ses fins et les conséquences sont dramatiques ».
« C’est une histoire … qui peut se passer dans la vie réelle », confesse Parfaite qui en a tiré « beaucoup de connaissances ». Même son de cloche chez Tiffany Linkpéhoun. « Toula, l’amour interdit » raconte l’histoire « d’un amour interdit entre Toula et son neveu Bogbé qui finit par une grossesse », précise l’élève en classe de 2nde.
Il s’agit là « d’une relation incestueuse » et qui a également son lot de conséquences alerte une autre. Accomplie, élève en classe de 2nde, estime que « c’est dangereux ». « Ceux qui mélangent deux sangs identiques deviennent des réservoirs d’enfants mal formés, des Tohossou, ces Vodun des eaux qui retournent aux eaux », explique un passage du livre que partage Evelyne Adama.
Le conte chute par une interrogation qui a marqué les jeunes lecteurs. « Mes amis, l’amour doit-il nous conduire à faire des enfants condamnés dès leur naissance ? Le jeu en vaut-il la chandelle ? » Matière à réflexion estime Evelyne.
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L’héritage
« Toula, l’amour interdit » de Anna Baï Dangnivo « est un conte initiatique pour apprendre aux enfants les limites à ne pas franchir ». Le choix de « Toula » vise à faire comprendre aux enfants qu’en toute chose, « il y a des interdits et des permis » souligne Cécile Avougnlankou. Une invitation à « faire très attention » et à « vite détourner ses regards », appuie Kafoui Gaglozoun Adjalala.
L’histoire, l’autrice l’a héritée de sa grand-mère. Elle lui associe des savoirs tirés du livre « Le code de vie du primitif » de l’écrivain Basile Adjou-Moumouni. Puis elle y ajoute sa touche personnelle d’autrice.
Toula, aussi bien dans le Fa que dans l’ouvrage est un appel à la propreté « à l’extérieur comme à l’intérieur », explique l’écrivaine. A la « bonne conduite » et au respect des règles de la société. Il en est de même pour tous les 256 signes du Fa. « C’est l’alphabet de vie de nos sociétés », a compris Anna Baï Dangnivo.
D’où son interrogation : « Est-ce qu’on peut condamner à fond quelque chose qu’on ne comprend pas du tout ? » Se référant ainsi à la campagne de diabolisation du Fa et d’autres pratiques endogènes. Au-delà, Toula renvoie à la question de choix. Ces choix auxquels on est confronté et qui finissent par impacter toute une vie.
C’est « une façon de renvoyer [les jeunes] vers notre culture, vers notre civilisation, d’en voir les richesses et d’aller l’explorer » martèle Cécile Avougnlankou. « Une initiation qui ne dit pas son nom », selon Kafoui Gaglozoun Adjalala. Et donc « une ouverture » vers les valeurs et richesses endogènes. Cécile Avougnlankou appréhende « le nombre de connaissances » que l’on pourrait tirer des autres signes de Fa.

‘’Allons écouter nos jeunes lecteurs’’
Cécile Avoungnlankou appelle également les autres confessions religieuses à l’humilité et à la tolérance. Comme ce fut le cas pour les gardiens de la tradition à l’arrivée des religions du livre. « Ils ne peuvent pas toujours rester dans leur posture et critiquer, médire, dire des choses qu’ils ne maitrisent pas ». D’où l’importance pour les détracteurs des pratiques endogènes, « d’aller voir ce qu’est le Fa avant de se mettre dans la posture de rebelle ou d’accusateur », a invité la présidente de Fémicriture.
Le café littéraire donne « l’opportunité aux jeunes [de plusieurs localités] de lire des livres » remis par l’association. Ils les étudient puis, en font un débat en présence de son auteur. En l’occurrence Anna Baï Dangnivo pour cette édition.
Objectif, cultiver chez les élèves, le goût de la lecture. « Leur permettre de découvrir que, à travers la lecture, on peut apprendre beaucoup de chose, on peut sublimer sa propre existence, à peut s’ouvrir à d’autres réalités, on peut vivre mieux », énumère Cécile Avougnlankou, présidente de Fémicriture.
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L’association de passionnés de lecture, travaille « spécialement sur les livres écrits par des femmes ». Mais pas que. Son ambition, faire comprendre aux jeunes qu’il y a « pleins de pionniers en Afrique qui ont fait des choses extraordinaires ». Et qu’ils peuvent leur emboîter les pas. Fémicriture s’est engagée dans la promotion de la lecture, l’éducation par la lecture, la promotion d’un enseignement de qualité.
