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Charte des bonnes pratiques

Grossesses en milieu scolaire : Des avancées dues à la mobilisation multi-acteurs

Par Koladé Raymond FALADE
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Au Bénin, la protection des filles en milieu scolaire est devenue la préoccupation de plusieurs acteurs ces dernières années. La Charte des bonnes pratiques (Cbp) a eu des effets positifs sur la lutte contre les abus sexuels et surtout la réduction des grossesses en pleine année scolaire.

Par Sènan Nadège WANGNANNON

Pendant longtemps, des filles scolarisées ont manqué leur rêve à cause d’abus sexuels. Mais de plus en plus, «Des filles enceintes qui défilent en kaki, ça ne court plus les rues. Le phénomène est vraiment limité aujourd’hui. Je n’en rencontre plus fréquemment comme pendant que encore sur les bancs». Marcos Tossou, enseignant de français au Ceg1 Glo se satisfait de ce constat.

Depuis 2012, le nombre d’élèves qui tombent enceinte est constamment en chute. De 4600 cas de grossesses enregistrés en milieu scolaire au cours de l’année 2012-2013, le compteur passe à 2763 au titre de l’année 2016-2017. Ces chiffres de la Direction de l’enseignement secondaire général (Desg) montrent environ 60% de régression il y a six ans déjà.

Entre autres facteurs favorables à cette avancée, les effets de la Charte des bonnes pratiques (Cbp) pour la protection des élèves contre les abus sexuels en milieu scolaire. Deux textes institués par arrêtés ministériels en 2015 pour l’Enseignement secondaire et en 2016 pour l’Enseignement primaire.

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Ces textes instaurent une convention locale où s’engagent les six parties de chaque établissement, relève le directeur national du Cipcre.

Il s’agit des responsables administratifs, les élèves, les enseignants, parents d’élèves, vendeurs et le personnel de service. Tous ses acteurs partagent l’importance d’un environnement saint pour la scolarisation sans entraves des élèves.

Des engagements

Dans le canevas-type de ladite Charte consulté par Bénin Intelligent, les enseignants s’engagent, à cet effet, à « nous abstenir d’entretenir des relations coupables avec les élèves, ne jamais chercher à entretenir des relations sexuelles avec les élèves,  être un modèle et amener à la raison ceux d’entre nous ou d’entre les élèves qui chercheraient à mettre en place des relations de cette nature (article 1er) » et « ne pas demander des services particuliers aux élèves pendant les heures de pause, ni après les cours » (article 3).

Plus intéressant encore, ils promettent de « protéger tout élève contre les abus sexuels, en lui donnant des conseils et en signalant ses éventuels comportements déviants au(x) comité(s) mis en place, à l’Administration de l’établissement et à toutes autres structures impliquées dans la lutte contre l’abus sexuel » (article 2).  

Intéressant, en ce sens que, le diagnostic a révélé que « le harcèlement sexuel auquel se livrent certains enseignants ou personnels administratifs des établissements envers les jeunes filles est une des principales causes de grossesses en milieu scolaire. La jeune fille ne pouvant pas résister à cette pression cède, ce qui occasionne parfois des grossesses chez ces dernières », observe Timar Gbaguidi dans une étude consacrée au phénomène dans l’arrondissement de Tchaourou.

De 4 600 cas de grossesses enregistrés en milieu scolaire au cours de l’année 2012-2013, le compteur est passé à 2763 au titre de l’année 2016-2017.

« nous abstenir d’entretenir des relations coupables entre nous d’une part, entre nos éducateurs et nous d’autre part »

Sur 41 articles subdivisés en six parties, les engagements des élèves, eux, couvrent dix articles. Ceux-ci y assurent de « bien nous comporter, être studieux, respectueux, assidus et bien travailler pour mériter les notes que nous donne l’enseignant » ; « nous abstenir d’entretenir des relations coupables entre nous d’une part, entre nos éducateurs et nous d’autre part » ou encore « éviter les visites aux éducateurs à leur domicile ou à tout autre lieu isolé et n’entretenir que des relations d’éducation avec eux ».

Les parents d’élèves comprennent la nécessité d’ « instaurer le dialogue entre nos enfants et nous, en levant le tabou sur la sexualité » et d’ « assurer à nos enfants, leurs besoins alimentaires et matériels de façon régulière et être attentifs à leurs préoccupations ». Les vendeuses s’engagent à « ne pas être complices d’acte d’abus sexuels sur les élèves », à « observer les comportements des élèves et dénoncer à l’administration les cas d’abus sexuels suspectés et/ou identifiés » et à « dénoncer les élèves qui dépensent de fortes sommes (d’argent) pendant les récréations ».

Charte des bonnes pratiques, plus de vulgarisation

Au Ceg Copargo, département de la Donga où il enseigne la philosophie, Ezéckiel Agbon note que la Cbp est affichée. Elle consiste un « important code de conduite ». Ce beau texte mériterait-il cependant davantage de vulgarisation ?

Marcos Tossou, qui cumule déjà cinq ans de carrière enseignante, n’en a pas connaissance. Heureusement, il témoigne avoir suivi une « formation en 2022 au Ceg 1 Abomey-Calavi ». Formation donnée par une Ong qui remédie à son ignorance.

« La Charte de bonnes pratiques a contribué énormément à cette avancée. Puisqu’un suivi régulier se fait »

En effet, les valeurs inculquées aux enseignants à l’occasion entrent dans les mêmes objectifs que ceux visés par la Cbp. « Il nous a été enseigné d’éviter trop de promiscuité avec les apprenantes en dehors du cadre scolaire. Ne pas les remorquer. Éviter l’amitié avec elles car l’enseignant n’est pas un ami mais un éducateur. Ne pas être un soutien financier compromettant, etc. », se rappelle le jeune aspirant de 30 ans.

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Roméo Gbètokou, le surveillant général du Ceg1 de Glo-Djigbé confirme que la Charte de bonnes pratiques est bien connue dans ce collège. « Il y a un comité de suivi », dévoile-t-il. « En 2019 quand je suis arrivé dans le collège, il y avait beaucoup de cas de grossesses. Mais ces trois dernières années, le phénomène a diminué », se réjouit le surveillant général.

Charte des bonnes pratiques et la question des extrascolaires

« La Charte des bonnes pratiques a contribué énormément à cette avancée. Puisqu’un suivi régulier se fait », assure Roméo Gbètokou. Chose incompréhensible, il a constaté une « légère hausse cette année avec 5 cas de grossesses au premier trimestre. Les auteurs sont des extrascolaires ».

Ce témoignage montre qu’au-delà des six parties prenantes à la Charte des bonnes pratiques (Cbp) il y a du travail. Les comités de suivi devraient être appuyés, aux fins d’engager la sensibilisation auprès des acteurs extérieurs à l’école. C’est la formule à inventer, car un classement du ministère de l’enseignement secondaire, met les artisans et les ouvriers en tête des principaux auteurs des grossesses en milieu scolaire ; avec 69,55% au titre du premier trimestre 2020-2021.

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