Dans un entretien exclusif accordé à L’Union, journal du parti Union progressiste le Renouveau dont il est le président de la Haute direction politique, Joseph Djogbenou a donné la position de sa formation sur le coup d’État au Niger et les sanctions décidées par la Cedeao.
L’Union : Monsieur le président, la crise au Niger suscite des débats concernant principalement l’intervention militaire envisagée par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO). Quelle est la position de l’ Union progressiste le renouveau sur cette question ?
Prof Joseph F. DJOGBENOU : La démocratie est une voie périlleuse, mais nécessaire. Elle est fragile. Ce qui arrive au Niger en est la preuve. Je voudrais observer avec satisfaction que nulle force politique dans notre pays, nul groupe politique, nulle personnalité politique, n’a approuvé la rupture de la continuité démocratique intervenue au Niger, pas plus que personne n’a approuvé le surgissement des militaires dans les autres Etats membres de la CEDEAO, comme le Burkina Faso, la Guinée et le Mali.
Il faut saluer cette condamnation unanime. Au demeurant, et en ce qui concerne le Bénin, il s’agit d’une unanimité historiquement et culturellement conforme à l’option de l’Etat en faveur de la démocratie. Personne n’ignore que la Conférence nationale des forces vives de février 1990 avait ambitionné, avec beaucoup de succès, de solder le compte des coups d’Etat cycliques dont notre pays a tant souffert de 1960 à 1972. De ce point de vue, notre adhésion aux valeurs démocratiques devient une position politique dont nous ne pouvons plus nous détacher. On peut considérer que c’est une valeur constitutionnelle à laquelle nous sommes tous tenus, citoyens, citoyennes, femmes comme hommes politiques. Quiconque approuve, exulte ou exalte ce à quoi nous assistons avec souffrance se met en marge de notre régime politique et contreviendrait à la Constitution. C’est cette exigence de fidélité à notre Constitution et à notre histoire que se soumet notre diplomatie sur laquelle le Chef de l’Etat a la haute main.
L’Union progressiste le renouveau – dont il ne vous échappe pas qu’il est d’abord démocratique – ne peut que condamner le coup de force en rupture avec l’aspiration du peuple nigérien aux valeurs démocratiques et à la liberté. L’Union progressiste le renouveau rappelle à chacun, notre devoir de fidélité à la Conférence nationale des forces vives de la Nation, notre devoir de fidélité à notre Constitution et notre devoir de fidélité aux aspirations des peuples d’Afrique à la liberté et à la paix. C’est pour cela que, dans ces circonstances, il faut encourager nos dirigeants et les gouvernements des Etats membres de la CEDEAO à poursuivre la recherche des meilleures solutions et en assurer la mise en œuvre de sorte à mettre fin à cette crise et à faire recouvrer au peuple frère du Niger son droit aux libertés démocratiques, son droit à la paix et son droit au développement.
Que pensez-vous de l’option militaire qui fait couler beaucoup d’encre et de salive ?
Notre pays n’est et ne saurait être en état de guerre contre aucun peuple frère d’Afrique. De la même manière qu’ayant répondu aux sollicitations des organisations régionales et internationales en ayant contribué à la paix par l’envoi des forces en Côte-d’Ivoire, en République démocratique du Congo, au Mali, en Haïti et sur d’autres théâtres, il ne faut point s’alarmer de la détermination de notre pays à travers ses gouvernements successifs à honorer ses engagements internationaux à condition de contribuer à la paix, au renforcement de la démocratie et à la solidarité entre les peuples.
En revanche, les difficultés que traversent nos voisins alertent encore plus aujourd’hui que par le passé sur la fragilité du régime démocratique. Ces alertes engagent politiquement à renforcer les mécanismes juridiques et politiques de prévention des atteintes à la continuité démocratique. Des initiatives doivent être prises dans ce sens aussi bien au niveau national que dans le cadre des organisations régionales.
En attendant, cette crise a des répercussions immédiates tant au Niger que dans les pays limitrophes. Comment le parti entrevoit-il la gestion des conséquences de cette crise sur la stabilité de la sous-région ouest-africaine, et surtout sur l’économie béninoise ?
Les répercussions ne peuvent trouver de solutions heureuses et durables sans le règlement du problème de fond. Moins on règle ce problème dans le sens de la solidarité à laquelle nous appelons en faveur de la paix, en faveur de la liberté du peuple nigérien et en faveur de la démocratie, plus on aura des difficultés économiques et sociales et stratégiques à terme. Nous sommes déjà confrontés à des problèmes d’insécurité liées au terrorisme à nos frontières. Il faut éviter d’ajouter l’insécurité à l’insécurité. Ajouter l’insécurité à l’insécurité tue l’économie, hypothèque le présent et encaserne l’avenir. Nous devons, pour le moment, nous concentrer principalement sur la résolution de la question que pose cet affrontement entre la force et le droit. Il faut faire en sorte que le droit triomphe, que la démocratie soit restaurée pour que nous ayons beaucoup de chance de faire face avec sérénité aux conséquences dramatiques induites par la rupture de la continuité démocratique au Niger.
Entretien exclusif ©L’Union, journal de l’UpR
