Me Huguette Bokpè Gnacadja, présidente de l’Institut national de la Femme (Inf) trouve pertinente l’organisation, par l’Ong Changement social Bénin, d’un camp national des jeunes sur les droits humains. Au bout des cinq jours de travaux, les participants venus de tous les départements du Bénin pourront devenir davantage « des leaders de la défense et de la protection des droits humains dans leurs différents milieux », espère-t-elle.
Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON
Bénin Intelligent : En quoi est-il important de rassembler les jeunes autour des droits humains au Bénin ?
Huguette Bokpè Gnacadja : J’ai été invitée par l’Ong Changement social Bénin qui organise un camp sur l’apprentissage des droits humains pour 24 jeunes. Dans le programme de ce camp il est inséré un travail de recherche, de documentation dans la zone d’Abomey-Calavi notamment dans les lieux de service public de prise en charge de victimes de violences basées sur le genre, de faire un peu comme une enquête et de rassembler tout cela sous la forme d’un plaidoyer qu’ils présenteront à l’Inf vendredi prochain.
Je pense que c’est extrêmement important pour nous d’avoir des jeunes acteurs des droits humains. Parce que nous sommes dans une saison où progressivement la violation des droits humains a été pénalisée. Aujourd’hui il y a un certain nombre d’infractions qui correspondent à la violation des droits de l’Homme. Vous prenez le viol, le harcèlement sexuel, toutes les formes de violences sexuelles, de discrimination à l’égard des femmes. Ce sont des droits fondamentaux de la personne humaine qui ont été violés mais que progressivement la loi a permis qu’on pénalise.
Il est important que les jeunes soient imprégnés de ces droits et qu’ils en aient conscience, qu’ils travaillent à la protection et la défense et qu’ils soient un peu comme des sentinelles de la préservation de ces droits et aussi des acteurs dans les mécanismes de protection, les mécanismes procéduraux pour faire condamner l’auteur de la violation.
L’Inf a été doté d’un pouvoir spécial d’ester en justice, d’accompagner les victimes devant la justice et, parfois même quand les victimes n’ont pas la force de continuer la procéder, l’Inf peut continuer la procédure en leur nom. Vous comprenez à quel point il était important pour moi d’être là et de d’encourager une telle initiative et d’être dans l’attente, parce que là c’est quand même les douze départements qui sont représentés parmi les jeunes qui seront formés. Donc je reste dans une attente très positive de résultat du travail de recherche et de documentation qui nous sera présenté à la fin de ce camp.
Pensez-vous que les violations dont vous venez de parler sont banalisées dans la société ?
Absolument ! C’est exprès que j’ai cité des violations de droits qui frappent beaucoup plus les femmes que les hommes. Il y a une banalisation liée au fait que pendant longtemps il y a eu de l’impunité, pendant longtemps aussi les méthodes de sensibilisation n’ont pas été pas suffisamment adaptées aux différentes cibles. Aujourd’hui on a compris, il y a de l’innovation dans la sensibilisation : le langage qu’on parle à un notable, à un Dah pour le sensibiliser aux droits de l’Homme n’est pas le même qu’on parlerait à un intellectuel, à une personne qui est instruite tout comme ce qu’on va dire aux femmes en ville est différent de ce qu’on dirait aux femmes dans les campagnes.
Il faut trouver les mots et la façon, il faut parler à chacun avec ce à quoi il s’identifie, ce qui lui parle avec particulièrement l’implication des jeunes. Quand les jeunes parlent aux jeunes il y a des transformations sociétales qui se produisent. Donc l’implication des jeunes est extrêmement importante.
L’implication des jeunes du sexe masculin, parce que, il ne sert à rien de rassembler les femmes pour leur parler de leurs droits violés la plupart du temps par des hommes, des jeunes du sexe masculin et de les laisser quelque part pour dire que eux ils sont bons à punir. Non, il faut rassembler femmes et jeunes hommes pour leur dire pourquoi il est important qu’ils évoluent dans un environnement d’égalité d’opportunité, de non-discrimination pour que plus tard ils fassent partie de ce grand capital humain dont nos pays ont besoin pour se développer durablement.
Au-delà du travail que les jeunes feront au cours de ce camp, quel engagement doivent-ils avoir dans la société et leur milieu respectif ?
Déjà ce sont des jeunes sélectionnés pour leur engagement. Quand ils se sont présentés tout à l’heure on a bien compris qu’ils étaient déjà engagés, certains même dans différentes structures à la fois. Ce qu’on attend d’eux c’est qu’ils deviennent des leaders de la défense et de la protection des droits humains dans leurs différents milieux. Et qu’en devenant des leaders, la façon de communiquer pour que les personnes qu’ils défendent et les personnes qu’ils sensibilisent soient bien imprégnées de ces droits humains, c’est cela le défi. Je sais que ce défi, il sera relevé.
