La décision du président Macky Sall de ne pas se présenter aux élections du 25 février 2024 « ne devrait pas être » une « célébration » parce qu’au fond, il n’a « fait que respecter la constitution de son pays», soutient l’analyste politique Gilles Yabi, directeur exécutif du Think Tank Wathi. Il y voit également «un signal positif» qui devrait inspirer ses homologues africains.
Propos recueillis par Arnauld KASSOUIN
Bénin Intelligent : Malgré la volonté affichée du président Macky Sall de ne pas briguer un troisième mandat, pensez-vous que les potentiels challengers de l’opposition pourraient participer aux élections en toute quiétude ?
Gilles Yabi : Je pense que le discours du président Macky Sall a mis un terme à la polémique sur ses intentions de se présenter une nouvelle fois aux élections présidentielles. Mais cela ne met pas un terme à la controverse autour de la candidature de Ousmane Sonko qui a été condamné pour corruption de la jeunesse. Et dont le sort judiciaire n’est pas toujours réglé.
Évidemment, son sort judiciaire aura des conséquences politiques sur sa candidature donc il faut bien identifier les questions et ne pas considérer que la décision du président Macky Sall met un terme à toutes les controverses et que cela garantie nécessairement que le processus sera absolument ouvert, inclusif et crédible.
Il faut rester à cet effet attentif aux développements qui auront lieu les semaines prochaines ou à la traduction dans la loi des accords politiques qui ont été trouvés au terme du dialogue politique qui s’est tenu mais en absence d’acteurs importants de l’opposition. A nouveau, je pense que la question de la candidature de Ousmane sonko reste totalement ouverte.
Y-a-t-il des leçons que les homologues africains du président Macky Sall devraient tirer des récents événements au Sénégal ?
Je crois qu’il faut toujours être assez précis. Il y a des pays africains où la limitation des mandats dans la constitution est respectée. Même en Afrique de l’Ouest on peut citer le cas du Nigéria, la puissance économique et démographique de la région.
Il y a une élection présidentielle à laquelle le président Buhari ne s’est pas présenté et il a transféré le pouvoir à un successeur, Bola Tinubu, il y a quelques mois seulement. Ce fait n’est pas seulement une exception en Afrique de l’Ouest notamment du côté des pays anglophones de la région où les principes constitutionnels de limitation de mandat ont été globalement respectés.
Après, oui pour d’autres homologues de la région et du continent, la décision du président Macky Sall est sans doute un signal positif, en tout cas intéressant qui montre qu’un président devrait être capable de prendre la décision qui est la bonne pour la paix, la sécurité et la stabilité de son pays.
Rejoignez-nous sur Telegram
Mais il faut aussi dire à nouveau qu’on ne devrait pas être dans la célébration d’un président qui au fond ne fait que respecter la constitution de son pays. De ce point de vue, Macky Sall malheureusement a quand-même insisté sur le fait que la constitution l’autorisait à se porter candidat à nouveau alors qu’on peut à nouveau discuter de l’interprétation de cette limitation de mandat qui était présente dans l’ancienne constitution et qui a été reconduite par voie référendaire en 2016 dans la nouvelle constitution.
Et donc on peut estimer que ce principe est absolument important et que le fait d’avoir une nouvelle constitution ne devrait pas suffire à remettre le compteur à zéro.
LIRE AUSSI: Démocratie : 53% d’Africains favorables à une intervention militaire si les élus abusent de leur pouvoir
LIRE AUSSI: Sénégal : Trois défis après le “non” de Macky Sall à un troisième mandat
