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“Journée de la Fraternité humaine” : Gros leurre !

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Encore une grosse escroquerie intellectuelle ! Impossible de ne pas voir l’hypocrisie‚ le leurre derrière cette “journée de plus” orgueilleusement instituée par les impérialistes. Eux qui savent prêcher l’amour‚ l’égalité‚ la paix mais prompts à pourfendre ses mêmes valeurs quand leurs intérêts poignent.

La “Journée internationale de la Fraternité humaine” issue de la Résolution A/75/L52 du 22 décembre 2020 de l’Assemblée générale des Nations unies‚ s’ajoute depuis 2021 à la longue liste des journées les plus farfelues dont la célébration coûte des fortunes sans apporter une amélioration aux populations. Elle tire son institution des entrailles d’une rencontre rare‚ le 4 février 2019 à Abou Dhabi entre le Pape François et le grand Imam d’Al Azhar Ahmed el-Tayeb‚ figures majeures des deux religions qui se sont partagées le marché spirituel du monde au prix de croisades ensanglantées‚ de Contre-Réforme meurtrière‚ de massacres et de génocide culturel. Des pratiques qui auraient pu vraiment être livrées à l’oubli si leur résurgence sous des formes plus élégantes ne hantent notre actualité.

La Fraternité humaine pour nous africains est hors du champs de la théâtralisation et du dol. Nos ancêtres n’ont pas fait preuve d’autant de paroles mielleuses‚ de discours farceurs avant de traduire cette valeur dans la réalité existentielle et de l’inscrire en marbre dans nos consciences collective et individuelle. En témoigne la facilité qu’ont les loges‚ les religions étrangères‚ les européens et autres peuples à pénétrer et à s’installer en Afrique. Sans que jamais il ne nous effleure l’esprit de les considérer comme des menaces‚ des indigents. Inversement‚ partout chez eux nous autres sommes étiquettés comme des pestiférés‚ les débris de la création, les sous-hommes comblés de mépris et de condescendance ; les misérables qui vivent de prostitution‚ de racisme‚ de sottes occupations.

Dans quelle autre partie du monde temple vodùn et cathédrale se font face ? Dans quel coin du monde rencontre-t-on des rois qui donnent de leurs terres pour l’installation d’une spiritualité étrangère à proximité de leurs palais ? Pourtant cette spiritualité pacifiste et ouverte a été défigurée par la littérature missionnaire qui l’a assimilée au fétichisme‚ à la méchanceté. Vocabulaire dégradant très prisé aujourd’hui encore lors des prêches, homélies et campagne tapageuses d’évangélisation. Comme si‚ si l’homme est fondamentalement mauvais‚ il ne l’est pas dans toutes les religions. Il a fallu Nostra aetate, la « Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes » à Rome le 28 octobre 1965 pour noter un « changement officiel d’attitude », de jugement voire d’appréciation de la religion africaine et des autres au sommet de l’Église catholique. Le texte dispose, avec ironie et condescendance malheureusement, que « L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes ».

Au Bénin, même l’inculturation s’est avérée un marché de dupe. L’orgueil de ses pionniers et leur mépris envers la croyance terrienne la vouent à l’échec. En effet, à y voir de près, les animateurs de l’inculturation « se font le devoir de « discerner [dans les traditions] ce qui, après bien des détours, rejoint quand même le Créateur » et de déceler « le feu divin qui couve sous une épaisse des œuvres du Malin ». Autrement, ils se prennent en « examinateur » des valeurs endogènes afin de leur délivrer « un certificat de propreté spirituelle » en vue de leur introduction dans la liturgie chrétienne, comme le constate l’historien des religions Jérôme Alladayè depuis 2003 dans son ouvrage ‘’Le catholicisme au pays du Vodun’’.

Dans quelle autre partie du monde‚ on prépare toujours en réservant une part à l’inconnu‚ au visiteur impromptu qui peut-être ne viendrait jamais ? Par contre‚ ceux qui ont le long nez embourbé dans le narcissisme viennent nous faire des cours de civilisation.

Dans quelle autre partie du monde on dispose des jarres remplies d’eau fraîche devant les concessions pour permettre au voyageur épuisé de se recharger ?

Un africain doit sursauter comme sur une braise de voir l’occident ou l’orient prêcher un vent de fraternité humaine. Ils rendraient service à l’humanité en nous rassurant par leurs actes, en ce moment même où ils modernisent plus que jamais leur arsenal militaire les plus destructeurs : armes sophistiquées, nucléaire…C’est d’eux que nous vient‚ en effet‚ que pour piller un peuple‚ on peut financer des divisions‚ armer des groupes et transformer sa diversité culturelle‚ linguistique et ethnique en terreau du chaos.

Et que fait l’Organisation des Nations Unies ? Incapable d’être la digue protectrice des faibles. C’est presque ridicule d’apprendre qu’elle institue une journée de la “Fraternité humaine”. Qui oubliera toutes les exactions commises à son ombre ? Qui oubliera combien de fois sous le drapeau des Nations unies‚ les “grandes puissances” sont allées piller d’autres peuples ? N’est-ce pas à sa tribune que des montages présentés comme palpables furent brandis pour justifier le triste sort infligé à Saddam Hussein ? Qu’a-t-elle pu faire face aux intentions criminelles contre la Lybie ? Que dire même de son Conseil de Sécurité ou siègent cinq titulaires du «droit de véto» qui dictent leurs lois au monde sans possibilité de rencontrer de contre-pouvoir ? La Fraternité humaine ne s’exprime-t-elle pas aussi par l’égalité de tous devant les lois et principes ?

Ceux qui étouffent la tranquillité du monde‚ ce ne sont pas généralement les pauvres populations continuellement préoccupées par leurs pains quotidiens. Ce sont plutôt les promoteurs de “Journées internationales” creuses‚ les bonimenteurs‚ autorités et intellectuels tarés‚ les “grandes nations” et les institutions internationales plus mafieuses dans les faits que sur les chartes portant leur création.

Il est temps que les intentions s’harmonisent avec les actes. Il est tant que l’honnêteté et le respect mutuel soient les valeurs au monde les mieux vécues. À propos‚ l’Afrique doit évangéliser ceux qui hier et même aujourd’hui encore‚ la sous-estime.

Sêmèvo Bonaventure AGBON

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