« Ce n’est pas la faim ni le manque de moyens qui m’a fait quitter mes parents pour rejoindre mon mari….” Rares sont les femmes au foyer qui n’ont pas prononcé cette célèbre et vieille phrase inachevée. Une phrase qui en dit long sur la place capitale que revêt l’intimité sexuelle dans le foyer depuis des temps immémoriaux. Si le concept était autrefois simpliste et donc lié au plaisir et à la procréation, il est désormais taillé sur la courbe de la performance; de la force. Le terme « être bon au lit » en vogue aujourd’hui rime avec vigueur, virulence, fantasmes. A la recherche du trophée de champion, les jeunes n’hésitent pas à consommer les stimulants sexuels les plus puissants. Tenants et aboutissants d’une pratique devenue décadente.
Par Laurent KOKOU
Une anecdote racontée autour d’un pot et qui transforme l’évidence en réalité, ainsi a germé l’idée de cet élément d’enquête. Ricardo est un opérateur économique de 32 ans. Il sort avec Afi, une serveuse de bar âgée de 25 ans. À l’en croire, ils se sont connus sur Facebook. Mais leur relation a tout de même quelque chose de surprenant. « Il a fallu seulement 4 jours pour que nos échanges deviennent intimes. Le cinquième jour, je lui ai demandé ce qu’elle apprécie chez un homme. Sa réponse est celle-ci: « Si tu es incapable de bien me prendre au lit, passe ton chemin. J’ai pris ça comme un défi. Deux jours durant, nos conversations ont tourné uniquement autour des fantasmes qu’on fera le jour de notre rencontre. On s’est donné rendez-vous pour un samedi sur un pari. Il s’agissait de voir qui allait démissionner entre nous deux. C’était mon premier “pari sur le sexe”. (Rires). » Cet extrait résume à n’en point douter ce qu’est devenu pour certains jeunes dans un monde en perpétuel mutation, l’acte sexuel : un défi, un pari, une compétition.
Du “sexe plaisir” au “sexe défi”
Mémé Paris est une sexagénaire. Elle est à la retraite. « En notre temps, personne ne parlait de performance au lit. Le sexe n’était pas une compétition non? D’abord, c’est sous le toit d’un homme qu’on pouvait aller au sexe et l’acte sexuel avait deux objectifs : le plaisir et surtout, la conception… On ne s’amusait pas avec le sexe. Nos hommes vivaient naturellement, contrôlaient leur alimentation et leur consommation si bien qu’ils n’avaient pas besoin de recourir aux stimulants sexuels. Aujourd’hui on entend des énormités comme : tue-moi, je vais te défoncer, baise-moi comme un fou… Tout cela conduit les jeunes dans la consommation de drogues pour démontrer qu’ils sont forts au lit. Comment en est-on arrivé à bestialiser le sexe ?». S’est-elle désolée. Gapo Houndékponso 67 ans, est maçon. Pour lui, « faire l’amour c’est un art. Pour moi et pour les hommes de ma génération, tout se fait en douceur. Je n’ai jamais chronométré un acte sexuel ni prouvé une quelconque force. Mais aucune de mes trois femmes ne s’en est offusquée. Bientôt 70 ans et je suis toujours viril. Si j’avais voulu être le champion du sexe, je suis certain que je ne garderai pas ma virilité. J’aurais déjà fatigué mon précieux machin.» Il est aisé de s’imaginer que Riccardo cité plus haut, empêtré dans le tourbillon de la modernité et tenu de gagner son pari du sexe avec sa partenaire Afi, ne saurait partager les avis de ses aînés. « Imaginez vous même qu’une fille vous lance un tel défi au point ou vous avez parié. Je dois prendre mes précautions. Il y a aujourd’hui sur le marché plusieurs produits, des comprimés qui vous rendent invincibles, intraitables au lit. Je suis allé m’en procurer un puissant dont je tais le nom…. Afi en a eu pour son compte. Elle m’a toujours confié que si elle est avec moi, c’est parce-que j’assure.» Les différents témoignages d’adultes du 3ème âge ci-dessus, révèlent sans aucun doute que la pratique sexuelle a beaucoup évolué à travers le temps. A la lumière de l’étonnement, voire de la consternation affichés par les deux sages, et paradoxalement, de la fierté d’avoir été un caïd au lit manifestée par Ricardo, on se rend compte que l’acte sexuel est carrément passé du caractère d’accouplement jouissif et procréatif à un derby, un challenge extra jouissif basé sur la performance. Aujourd’hui, on se prépare pour affronter le sexe comme un examen pour lequel le/la partenaire est le jury. Le sexe est devenu une compétition.
Des stimulants pour plus de délires

S’il y une chose sur laquelle toutes les femmes approchées sont unanimes à propos du sexe, c’est la nécessité de la jouissance. Certaines ont reconnu la nécessité d’une durée raisonnable pour permettre l’atteinte de l’orgasme. Quelques unes ont avoué qu’elles s’accommodent parfaitement d’un minimum de punch, de force de la part de leur partenaire. « Un homme c’est la force, la virulence; un homme, ça doit piquer; ça doit faire fort!» s’est exclamée Afi, la partenaire de Ricardo cité plus haut. Et à Ricardo de répliquer: « Comment on peut entendre tout ça d’une femme et se contenter uniquement de son énergie pour l’approcher? Elle risque de te ridiculiser. En tout cas avec Afi, je prends mon comprimé.» Si les comprimés à base de drogue forte constituent le recours le plus usuel, certains hommes utilisent des infusions particulières. C’est le cas de Basile. «Vous savez que les comprimés comportent des produits chimiques nocifs pour la santé. C’est pour cette raison que moi j’ai adopté les infusions que je consomme une heure avant l’acte. Non seulement j’assure grave mais aussi, je dure. On me remercie quand je finis et on s’en dort. C’est la preuve que la mission a été bien accomplie» s’est-il apprécié. Jean de Dieu a failli perdre sa petite amie par manque de performance au lit. C’est un produit atomiseur de la pharmacie qui a réglé le problème. « Avant de rencontrer Sonia, je ne souffrais pas d’éjaculation précoce. Mais Sonia était une experte au lit. Il suffit qu’elle prenne le devant et je suis k.o. Elle m’a dit un jour que je ne suis pas à la hauteur. Et elle a commencé par éviter de venir chez moi. J’ai posé le problème à un ami qui m’a indiqué le produit. Je l’ai acheté à 2500. J’ai invité Sonia pour 20 heures et à 19 heures, j’ai utilisé le produit. En fait le produit rend insensible le pénis. Cette absence de sensibilité fait durer l’acte… Je vous assure que la fille m’a méconnu.»
Stimulants sexuels : Des motifs valables ?
Plusieurs jeunes consomment des stimulants sexuels, certaines drogues ou d’autres produits dopants avant de passer à l’acte sexuel. Alors certains le font sans en informer leur partenaire féminine, d’autres s’en orgueillent. Il n’est pas rare non plus de voir des couples férus d’originalité, consommer de commun accord ce genre de produits. « Les filles d’aujourd’hui sont de plus en plus exigeantes au lit. Ma copine m’a répété à plusieurs reprises que je ne la satisfaisais pas. Je me contentais juste d’un coup pendant qu’elle en redemandait. C’est ce qui m’a poussé à commencer par consommer un stimulant. Maintenant, ça va.», nous a confié Géraud jeune étudiant. Pour Théodore, enseignant, la précocité avec laquelle les jeunes s’adonnent au sexe peut justifier de telles folies. « Nous vivons dans un monde où très tôt les adolescents surtout les filles découvrent le sexe. La fraîcheur juvénile induit souvent une envie répétée et parfois impulsive. Étant donné qu’il/elle n’a pas pleine conscience du rôle de l’appareil génital et surtout de la portée du coït, l’adolescent considère l’acte sexuel comme un jeu, une distraction…» a confié l’éducateur. À l’en croire, la puberté aidant, l’adolescent recherche dans tous les aspects de sa vie, un certain perfectionnisme. «Du côté sexuel, c’est cette recherche du perfectionnisme qui se traduit par cette soif inassouvie d’être meilleur au lit et cela peut conduire à consommer ces produits.» À cela s’ajoute selon Berthe, future étudiante, l’imitation des séquences pornographiques suivies. «A l’âge de 14 ans, je regardais déjà des films pornos. Si ce n’était la fermeté et la rigueur de mes parents et de mes aînés, je serai déjà passée à l’acte depuis cet âge. Mais j’ai toujours fantasmé sur ce que je voyais. À voir la force, la virulence déployées par les hommes et le tempérament d’encaisseuse des femmes, Je m’imaginais dans les mêmes conditions… J’étais simplement ébloui. C’est surtout cette expérience qui m’a rendue tigresse et exigeante au lit. Parfois je préviens mon homme de prendre ses dispositions avant de s’approcher de moi.» À l’instar de Berthe, plusieurs jeunes rencontrés ont avoué avoir été inspiré par les séquences pornographiques. Pour être aussi performant que les acteurs, ils ont parfois recours aux stimulants. André, la cinquantaine est souvent sujet à des pannes sexuelles. Périodiquement, il utilse un comprimé pour aller à l’acte. « Ce genre de produit n’est pas fait pour les jeunes qui sont d’essence virils. C’est plutôt pour les hommes d’un certain âge et pas n’importe quel comprimé. Vous savez que des personnes âgées sont décédées par overdose pour avoir consommé du viagra. Le produit que j’utilise m’a été prescrit par un médecin.»
Le prix du délire
En attendant l’avis du spécialiste de la question dans l’acte 2 de cet élément, certaines personnes interrogées ont mis l’accent sur les conséquences que peuvent entraîner la consommation et/ou la dépendance de ces produits sexuellement stimulants. Afi, précédemment citée reconnaît son instabilité sexuelle. « Je suis accroc aux rapports sexuels long et tapageurs. Je peux tout sacrifier pour un homme qui me prend dur. Je prends également des produits qui me rendent enragées au lit. Cela fait que je ne suis pas stable sexuellement. Je suis à la recherche permanente de sensations fortes. Je me demande si je finirai par me marier. Et même si c’était le cas jusqu’à quand mon mari pourra me satisfaire ? Je suis condamné à tricher. C’est pourquoi d’ailleurs je n’ai pas de sentiments affectifs.» a-t-elle avoué. Théodore quant à lui, insiste sur le fait que la consommation des stimulants sexuels qui est à l’origine du “sexe compétition”, peut conduire à des lésions au niveau de l’appareil génital féminin et principalement au niveau du col de l’utérus. Isabelle nous a raconté sa mésaventure « j’ai rencontré Ambroise et dès le premier jour j’ai craqué pour lui. C’est un gentleman et il est journaliste présentateur de surcroît. Très vite on est allé au lit. Non seulement il est effroyablement membré mais il peut faire 1 heure sans répit. On s’adonne à tous les fantasmes possibles. Un jour, il a oublié de prendre ses produits et il n’a pas bien assuré. C’est ce jour qu’il m’avoua qu’il prenait des stimulants. Après un mois de relation, j’ai commencé par sentir d’atroces douleurs au bas ventre. Quelques jours après j’ai remarqué qu’un liquide sortait de mon vagin. C’est alors que j’ai compris que les coups de boutoirs encaissés pour prouver que je suis une tigresse, ont détruit quelque chose au fond. (rire). J’ai dépensé beaucoup d’argent. Cela pouvait banalement m’empêcher de concevoir.» s’est-elle attendrie. Les conséquences liées aux composants chimiques des médicaments sont également énormes. Les cas de décès instantanés dûs à la consommation de ces produits et à l’absence de la partenaire sont légion. Aussi est-il important de souligner que l’accumulation dans le sang de ces drogues au motif d’être performant au lit entraîne une dépendance irréversible et une faiblesse sexuelle précoce chez beaucoup de jeunes.
