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Droits numériques en Afrique : Rfld chargé de combler le déficit francophone dans le consortium Nafasi

Par Koladé Raymond FALADE
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Réunis à Harare du 23 au 26 juin, les membres du consortium Nafasi ont réaffirmé une ambition centrale : corriger un déséquilibre structurel persistant dans l’écosystème africain des droits numériques, marqué par une forte domination des espaces anglophones au détriment de l’Afrique de l’Ouest et centrale francophone. Dans ce dispositif, Rfld se voit confier un rôle stratégique de premier plan.

Le développement du plaidoyer numérique en Afrique s’est largement structuré autour de réseaux basés en Afrique de l’Est et australe. Si cette dynamique a permis l’émergence d’une capacité continentale solide, elle a aussi laissé en marge une partie importante du continent, notamment les pays francophones et lusophones d’Afrique de l’Ouest et centrale. Dans ces régions, pourtant confrontées à des restrictions croissantes de l’espace civique et à une faible mobilisation de ressources, les mécanismes de protection numérique, les lignes d’assistance et les programmes de formation restent insuffisamment accessibles.

C’est dans ce contexte que s’inscrit Nafasi, un consortium conçu pour corriger ces asymétries géographiques et linguistiques. Son architecture repose sur une répartition régionale claire avec Magamba Network pour l’Afrique australe, Defenddefenders pour l’Afrique de l’Est et la Corne de l’Afrique, et Rfld pour l’Afrique de l’Ouest et centrale, avec une priorité donnée aux espaces francophones et lusophones. La réunion de Harare a confirmé cette répartition et renforcé le mandat opérationnel de Rfld dans la mise en œuvre des activités destinées à combler le fossé francophone.

Le rôle confié à Rfld s’appuie sur une infrastructure déjà opérationnelle. L’organisation dispose de quatre bureaux pays à Porto-Novo, Dakar, Accra et Banjul, couvrant une large partie de l’Afrique de l’Ouest. Elle s’appuie également sur un réseau de 670 organisations de la société civile réparties dans plus de 35 pays africains, ainsi que sur des programmes actifs dans plus de 15 pays, dont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal et le Togo. Cette présence territoriale constitue un levier essentiel pour déployer les actions prévues dans le cadre de Nafasi.

Le mandat de Rfld dans le consortium s’articule autour de trois priorités principales. D’abord, la co-gestion d’une ligne d’assistance panafricaine en sécurité numérique avec Defenddefenders, intégrant des permanences en français et en portugais afin de répondre aux besoins des activistes francophones et lusophones. Ensuite, l’organisation de six ateliers de formation sur trois ans, répartis entre contextes francophones et anglophones, visant à renforcer les capacités de 100 participants et à soutenir des contributions aux mécanismes régionaux et internationaux de droits humains. Enfin, la production bilingue systématique des outils de formation et des documents de plaidoyer, afin de garantir une accessibilité réelle aux acteurs francophones.

Au-delà de la mise en œuvre technique, Rfld joue également un rôle politique à l’échelle continentale. À travers ses différents pôles thématiques et son statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, l’organisation intervient sur les questions de gouvernance, de genre et de droits numériques dans les 55 États membres de l’Union africaine.

Le fossé francophone en matière de droits numériques ne se limite pas à une question de langue. Il reflète des inégalités plus profondes dans l’accès au financement, à la formation et aux mécanismes de protection. Dans de nombreux cas, les outils de sécurité numérique et les lignes d’assistance restent principalement anglophones, laissant de côté des activistes francophones confrontés à des situations urgentes. Nafasi entend répondre à cette situation en intégrant la dimension linguistique comme un axe structurel et non secondaire de son action.

À la suite de la réunion de Harare, les partenaires du consortium disposent désormais d’un cadre opérationnel clarifié pour les 31 mois restants de mise en œuvre. Pour Rfld, l’enjeu est double : renforcer l’accès des acteurs francophones aux outils de protection numérique, tout en consolidant leur participation aux dynamiques continentales de plaidoyer.

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