La commune d’Amay (Belgique) et l’Union des villes et communes de Wallonie (Uvcw) sont aux trousses de la commune de Bantè. Et pour cause, un projet d’installation d’une mini centrale solaire à la mairie de Bantè. D’un coût de 69 148 170 francs, le projet devrait être clôturé depuis 2022. Mais à ce jour, la centrale photovoltaïque n’a toujours pas été installée.
Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
Dans un courrier daté du 20 juin 2023, les partenaires ne cachent pas leur colère aux autorités de la mairie de Bantè.
« Le second sujet nous préoccupant concerne la phase 2017-2021 du Programme [de coopération internationale communale] au cours de laquelle a été acquis au bénéfice de la mairie de Bantè un important et coûteux système d’approvisionnement énergétique photovoltaïque, auprès de la société BPC [Brothers project company]. Nous ne vous cachons pas notre surprise lorsque nous avons appris récemment et par hasard que ce système, acquis en 2021 déjà, n’était pas toujours installé à la commune », écrivent-ils.
Les deux signataires de la correspondance, en l’occurrence Isabelle Compagnie, cheffe de service de l’Uvcw exigent « avec insistance » de la part de la mairie de Bantè, dans les 15 jours calendrier, « un point complet de cette situation, reprenant l’état d’avancement de l’installation, les éventuelles raisons des retards, et surtout les mesures mises en place pour y remédier, ainsi que le calendrier y relatif ».
Le délai est passé, la mairie s’apprête maintenant à répondre ( jeudi 6 juillet) confie une source proche de l’administration communale.
Vice de consentement ?
Selon les termes du contrat signé le 20 juillet 2021 entre la société titulaire ‘’Brothers project company sarl’’ et le maire de la commune de Bantè, Comlan Fagbemon au nom de l’autorité contractante (Pcic), et que Bénin Intelligent a consulté, un paiement de 70% du coût total du projet est effectué au démarrage ; les 30% sont projetés à 2022, soit à la clôture du projet.
Bénin Intelligent a essayé de comprendre le dossier, précisément les raisons pouvant justifier la non installation de la centrale dans le délai convenu. Il ressort que la société adjudicataire du marché a été juste « utilisée » pour gagner le projet. Par qui ? Le coordonnateur pays qui serait, en plus, le vrai “adjudicataire”.
La société ‘’Brothers project company sarl’’ qui est censée installer la mini centrale solaire au sein de la mairie de Bantè, n’a pas d’ailleurs le « profil » adéquat, la compétence qu’il faut. Elle est plutôt spécialisée dans le Btp (bâtiment et travaux publics).
L’installation d’infrastructures énergétiques « Ce n’est pas mon domaine. On m’a sollicité, le coordonnateur m’a sollicité pour avoir les papiers de mon entreprise pour pouvoir constituer le dossier et gagner le projet », nous a confié Sylvestre Agnon au téléphone.
Il reconnait avoir effectivement reçu les 70% de fonds prévus au démarrage et les a remis au ‘’vrai’’ bénéficiaire.
« Quand j’ai fait le décaissement pour [le coordonnateur local du Pcic] de Bantè, il a remis au coordonnateur pays et aux nouvelles c’est comme si (celui-ci) est décédé (nous n’avons pas pu vérifier) et c’est celui de Bantè qui est en train de courir maintenant pour réaliser le projet », explique-t-il.
« … l’argent est venu, moi je leur ai fait le décaissement. Après le décaissement lui dit que c’est son chef qui est en fait le coordonnateur pays (…) qui était censé faire le travail. Quand il a eu l’argent, c’est à l’autre qu’il a remis. Quelques jours après l’autre serait décédé. Moi je ne connais pas trop ces détails », ajoute-t-il.
Sylvestre Agnon avoue avoir aujourd’hui peur. « C’est moi normalement qui endosse les responsabilités. Parce que c’est ma société. Ma société est spécialisée dans le Btp. Donc je crains bien, parce que c’est ma société, c’est moi-même ma personne qui est aujourd’hui en danger. Au fond du dossier eux-mêmes savent avec les preuves à l’appui que c’est eux [qui m’ont trahi] parce que moi je les ai aidés ».
Le programme Cic
Le Programme de Coopération internationale communale (Cic) est un instrument de la Coopération belge au développement. Il est conçu et mis en œuvre par l’Association de la ville et des communes de la région de Bruxelles-Capitale (Avcb) et l’Union des villes et communes de Wallonie (Uvcw).
Le Pcic lutte contre la pauvreté sous l’angle spécifique du renforcement des capacités des institutions locales du Sud à prendre en charge leur propre développement, au travers de partenariats de commune à commune.
A ce titre, le programme travaille au renforcement des capacités des institutions locales partenaires et l’autonomisation des communes partenaires dans la conduite de leur développement.
Rejoignez-nous sur Telegram
Le Programme intervient dans cinq 5 pays d’Afrique francophone, à savoir le Bénin, Burkina Faso, Maroc, République démocratique du Congo et le Sénégal.
Dans la lettre supra-mentionnée, la commune de Bantè est également appelée à communiquer le nom et les coordonnées du coordonnateur pays du Pcic désigné par consensus, pour la phase 2022-2026.
Nous n’avons pas pu recueillir l’opinion du maire avant notre publication. Sa version sur le dossier dans nos prochaines parutions.
