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Le Boulevard de la Marina

Plongée initiatique au cœur de l’identité béninoise : Micheline Adjovi lance son roman « Le Boulevard de la Marina »

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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C’est une foule d’invités et d’amateurs de lettres qui a eu le privilège, ce dimanche 31 août 2025, de découvrir en avant-première l’œuvre magistrale de Micheline Adjovi, « Le Boulevard de la Marina », paru aux éditions beninlivres. Présenté par le journaliste culturel Josué Mêhouenou, l’ouvrage a été révélé comme bien plus qu’un simple roman : un véritable pèlerinage littéraire et spirituel sur l’artère emblématique de Cotonou. À travers le dialogue entre la jeune Mawumin et sa grand-mère nonagénaire, l’auteure transforme une simple promenade en une quête profonde des lois universelles et de la mémoire ancestrale, érigeant le boulevard en laboratoire vivant de la culture, de l’histoire et de la spiritualité béninoises.

Voici l’intégralité de la présentation de l’ouvrage par le journaliste Josué Mêhouenou

Mesdames et messieurs, Bonsoir.

Je dois avant toute chose dire Merci à ma Maman Micheline Adjovi pour cet honneur qu’elle me fait en déposant entre mes si jeunes mains, un si dense ouvrage afin que j’en assure la présentation;

Et je dois vous avouer que ce livre LE BOULEVARD DE LA MARINA, je l’ai lu et relu je ne sais pas combien de fois. Parce que évidemment, il se laisse lire et vous enseigne.

Le Boulevard de la Marina nous enseigne que nos ancêtres ont codifié des lois universelles pour que nous puissions les comprendre et les appliquer dans notre vie quotidienne, pour notre épanouissement personnel et collectif.

Le récit que propose Micheline Adjovi n’est pas seulement une promenade sur une avenue de 5,7 km, mais un véritable pèlerinage identitaire où la mémoire familiale rejoint la mémoire nationale.

Dans la résidence Silofa, la Grand-mère de Mawumin exprime le souhait pressant avant de repartir dans son village natal de parcourir le boulevard de la Marina et de toucher du doigt les monuments dont elle entend souvent parler à la télévision. Son fils Silofa, ancien haut cadre des finances devenu antiquaire, l’entend et confie à sa fille Mawumin le soin de réaliser ce désir.

Ainsi démarre la visite, et bien plus encore, le parcours initiatique sur le boulevard de la Marina. Un boulevard qui n’est pas seulement une route de 5,7 km, mais un lieu de mémoire, chargé d’histoire, de bravoure et de patriotisme, où reposent symboliquement les héros et héroïnes du pays, notamment les Amazones (Agoojié).

Le dialogue entre Mawumin et sa grand-mère illustre la continuité entre générations. La grand-mère, dépositaire des récits et du vécu ancestral, souhaite confier à sa descendance le sens profond des lieux de mémoire. Mawumin, quant à elle, accepte cette responsabilité avec amour et respect filial, confirmant son rôle de << passeuse de mémoire ». Cette dynamique montre que l’héritage culturel ne se limite pas aux livres ou aux discours officiels: il se vit dans les expériences partagées.

Dans le deuxième chapitre de l’ouvrage, Mawumin saisit l’occasion pour interroger sa grand-mère sur l’éducation initiatique d’autrefois et la veuve nonagénaire, lui transmet une vision profonde: l’enfant naît déjà porteur de sagesse et d’intelligence, et l’éducation doit consister à éveiller cette richesse intérieure plutôt qu’à imposer un savoir extérieur.

Et c’est là, que Micheline Adjovi nous apprend que tout succès découle d’une force intérieure, nourrie par l’imagination, la pensée et l’alignement avec les lois universelles tout en soulignant l’importance de cultiver sa propre identité pour s’épanouir.

Ce chapitre met en relief que l’éducation n’est pas une simple accumulation de savoirs, que

  1. L’éducation traditionnelle comme éveil de l’intériorité et de la culture identitaire est très importante,
  2. Que La réussite est le fruit d’une harmonie entre l’esprit, la pensée et les lois universelles.
  3. que La transmission intergénérationnelle, où la sagesse des anciens se confronte aux réalités et aspirations des jeunes vaut plus que l’or.

La grand-mère enseigne à sa petite fille que la culture est fondement même de l’identité et insiste sur le rôle des repères identitaires (chants, histoires, lignage, traditions) qui aident l’enfant à se distinguer et à trouver sa voie. Et donc, que la culture est la référence première de toute éducation.

La marche sur le Boulevard, Cet exercice auquel vous et moi on pourrait s’essayer dès demain, avec ou sans la compagnie de nos grand mères est un dialogue philosophique qui part de la promenade physique pour ouvrir la voie à une marche intérieure vers la connaissance et la mémoire.

Le fait de longer ce long bitume, permettez-moi la tautologie n’est plus une simple balade. C’est un parcours symbolique qui correspond à une initiation regarder les monuments, entendre l’histoire et intégrer des valeurs pour, in fine, éveiller sa conscience.

Dans le roman de Micheline Adjovi, Le boulevard devient un narrateur silencieux, dépositaire de la mémoire nationale.

Se souvenir, réfléchir, transmettre. Ce boulevard est un pont entre passé et présent, ses 5,7 km sont parsemés de symboles et incarne la réussite d’un peuple qui a su se battre, résister et bâtir une Nation.

A mesure que vous évoluerez dans la lecture de cet ouvrage, vous verrez comme Mawumin aux côtés de sa grand-mère l’importance de l’éducation et de la transmission des valeurs,

Vous découvrirez le principe féminin, représenté par la mère, source de vie et d’abondance. Vous questionnerez les idées traditionnelles qui font peser sur la mère la responsabilité exclusive des enfants. Vous percevrez que le féminin est sacré et universellement honoré à travers des exemples des cosmogonies africaines (Nago Yoruba et Vodun),

La femme est comparée à l’eau, ré-ce-pta-cle de vie et d’intelligence cos-mique ; l’homme est comparé au feu, source de volonté et d’action.

Et là, nous sommes au chapitre 3 de l’ouvrage, qui expose une philosophie de l’action et de la création: Cette dualité essentielle pour toute réussite individuelle et pour trans-former les désirs en réalités tangibles.

Je ne sais pas si je l’ai déjà dit, mais cet ouvrage est un livre complet et le voyage à travers ses pages fait rêver. Il vous balance de l’histoire au tourisme sans vous prévenir et c’est ainsi qu’au chapitre 4, Mawumin, la jeune guide culturel formée dévoile son talent à travers la découverte des trois monuments emblématiques du Bénin situés le long du boulevard de la Marina: l’O-bé-lis-que des héros, la statue de l’Amazone (Agoodjié) où nous sommes actuellement et le monument de Bio Guéra.

Mawumin explique à sa grand-mère le caractère sacré de ce lieu, réservé aux cérémonies officielles.

Le monument, haut de 15 m, symbolise le transfert des reliques immatérielles des héros nationaux. Chaque ler août, une gerbe y est déposée en mémoire des soldats et patriotes béninois disparus.

Les fresques du boulevard

Grand-mère et petite-fille la traversent pour admirer le plus long mur de fresques du monde, véritable mosaïque de la culture africaine. Elles y contemplent des représentations de la faune, de la flore, du marché, des masques, des pratiques culturelles et même une bibliothèque peinte pour symboliser l’avenir.

Je suis sûr que la plupart d’entre nous ici la traversons sans porter une marque de respect et une révérence devant les autels portatifs et les masques sacrés. ET POURTANT!

Autre symbole, La statue de l’Amazone (Agoodjié)

Représentation grandeur nature de courage et de dignité féminine. Cette statue rappelle surtout que toute femme est mère et combattante potentielle, ce qui rejoint le discours présidentiel valorisant la bravoure des femmes béninoises d’hier et d’aujourd’hui.

Enfin, la statue équestre du prince wassangari Bio Guéra, héros de la résistance coloniale, proclamé héros national en 1978, matérialisé à travers un monument de 10 m symbole de liberté, de résistance et de défense des causes nobles.

L’obélisque renvoie au Vodun Lisà, le principe masculin solaire, symbole de force, de virilité et de détermination. L’Amazone représente Mawu, le principe féminin lunaire, protecteur et ré-gé-né-ra-teur.

Et Bio Guéra, figure centrale, incarne l’enfant né de cette union, la plénitude de l’unité binaire et la manifestation de l’harmonie universelle.

Mais ce livre ne se limite pas à la symbolique. Il nous enseigne des lois universelles et des principes de vie et constitue un dialogue entre continuité, mémoire institutionnelle et mémoire populaire.

Mesdames et Messieurs, honorables invités,

Micheline Adjovi fait dialoguer aussi la mémoire officielle et la sagesse populaire. Mawumin récite le narratif national appris lors de sa formation, tandis que sa grand-mère y ajoute la profondeur spirituelle et l’interprétation symbolique.

Le boulevard de la Marina apparaît ainsi comme un haut lieu de mémoire, d’art et de transmission, où se rencontrent le passé glorieux, le présent vivant et l’avenir espéré.

Lire cet ouvrage, c’est marcher aux côtés de Mawumin et de sa grand-mère, c’est écouter résonner l’écho des tambours du passé dans les statues de bronze, c’est sentir que l’art, l’histoire et la spiritualité s’entrelacent pour construire une identité béninoise forte et lumineuse.

Le chapitre 5 s’ouvre sur une scène de respect et de courtoisie: un agent de police aide la Grand-mère de Mawumin à traverser la route pour approcher la statue de Bio Guéra. Son supérieur, intrigué, demande des explications, et l’agent précise qu’il a accordé cette faveur << par respect pour la Grand-mère ». Cette entrée marque déjà la re-connaissance symbolique des anciens dans l’espace public. II s’achève dans un silence partagé entre les deux femmes silence d’émerveillement, de transmission et de méditation.

La vieille dame explique que les monuments du boulevard ne sont pas disposés au hasard:

Tout est implanté selon un ordre universel. Chaque œuvre traduit les quatre éléments: le feu, l’eau, l’air et la terre. ET Ensemble, ils révèlent l’harmonic de la création. Ce boulevard cesse d’être seulement une artère moderne bordée d’hôtels et de cités ministérielles. Il devient un espace de méditation dans lequel, tout converge vers un même message: ordre, harmonie, vérité universelle.

Le chapitre 6 poursuit le dialogue initiatique entre Mawumin et sa Grand-mère, dans la continuité de leur visite du Boulevard de la Marina. Il souligne que la peur affaiblit même le courageux et empêche l’endurant de persévérer.

Et que, La confiance et le courage sont les conditions pour maîtriser ses peurs et construire une vie d’abondance.

Le chapitre 6 développe une méditation profonde sur la peur, la loi universelle, la guérison spirituelle et la valeur de la tradition africaine. La nonagénaire invite à puiser force et inspiration dans la spiritualité ancestrale, présentée comme le socle du développement africain et comme une science sacrée reliant visible et invisible. La discussion s’élargit à la spiritualité ancestrale, à la confiance, au courage et à la volonté comme clés de réussite et de développement personnel.

Dans Boulevard de la Marina, Micheline Adjovi transforme une simple visite touristique en une véritable initiation culturelle et spirituelle.

Ainsi, le boulevard de la Marina devient un véritable laboratoire vivant de culture, de mémoire et de spiritualité, invitant chacun à s’élever à la fois intellectuellement et spirituellement, et à puiser dans son héritage pour contribuer au progrès collectif.

La Grand-mère rappelle que la connaissance ancestrale africaine a été transmise à travers les symboles et les nombres. Elle relie ensuite ces enseignements aux trois monuments du boulevard de la Marina, expliquant la symbolique du nombre 3 et le concept d’unité binaire J’y reviendrais dans l’extrait du livre que je partagerais avec vous tout à l’heure.

Au chapitre 8. Micheline Adjovi poursuit son exploration du boulevard de la Marina à travers le regard initiatique de Mawumin et de sa grand-mère. Le boulevard devient le lieu d’une initiation spirituelle, où chaque monument, chaque carrefour et chaque symbole révèle les lois universelles et la sagesse ancestrale.

La grand-mère enseigne à sa petite-fille que l’homme est un microcosme de l’univers: tout ce qui existe dans l’immensité de l’univers se retrouve en miniature dans l’être humain. Les forces électromagnétiques qui régissent l’univers circulent également en chacun, et la maîtrise de ces énergies permet à l’individu de créer, d’évoluer et de servir l’humanité.

La grand-mère introduit également le symbole du Python royal, totem du peuple Xwéda. Par sa reptation horizontale, son élévation verticale en spirale et son enroulement en cercle, il illustre trois niveaux de développement de l’humain : prudence et patience, équilibre énergétique intérieur et perfection spirituelle. Le cercle formé par le python qui se mord la queue symbolise l’éternité et l’achèvement spirituel : l’individu devient un canal d’énergie harmonisée, capable de rayonner et de contribuer au bien commun.

Enfin, l’apprentissage de Mawumin souligne que l’initiation spirituelle est à la portée de tous, et qu’elle repose sur la conscience, la volonté et l’action alignée avec les lois universelles. Le dernier chapitre du livre clôt le parcours initiatique de Mawumin sur le boulevard de la Marina. Sous la guidance de sa grand-mère, elle découvre les savoirs ancestraux et la symbolique des monuments, reliant histoire, spiritualité et science.

Mawumin prend conscience, et il doit en être ainsi pour chacun de nous, que la force, la connaissance et le pouvoir résident en chacun, à condition de les orienter au service du bien collectif. Elle comprend l’importance de l’identité culturelle, de l’authenticité et de la transmission des valeurs ancestrales pour éveiller les consciences.

Le chapitre se termine sur une note d’espoir et de responsabilité: la quête de vérité et la compréhension des lois universelles permettent à l’être humain de créer, évoluer et accomplir son potentiel dans l’harmonie et la lumière.

Je vous parlerai aussi du style de l’auteure

Eh bien, le style de Micheline Adjovi dans Le Boulevard de la Marina se distingue par sa profondeur philosophique et spirituelle. C’est d’ailleurs une récurrence pour ceux qui ont souvent lu ses œuvres.

L’auteure opte pour un style narratif introspectif et contemplatif et privilégie une écriture lente et réfléchie, qui invite le lecteur à la méditation. Chaque chapitre est une sorte de voyage intérieur, où les personnages réfléchissent sur la vie, la spiritualité et l’histoire. Le texte mêle dialogues explicatifs et réflexions personnelles, créant une atmosphère intime et initiatique.

Elle utilise le symbolisme ancestral africain pour rendre ses idées tangibles:

Les monuments du boulevard de la Marina deviennent des vecteurs d’enseignement sur les principes universels et les forces cosmiques.

Les nombres, formes géométriques et éléments naturels sont intégrés pour exprimer des concepts spirituels et scientifiques.

Les figures du Python royal ou des divinités Vodun sont des analogies vivantes qui donnent au récit une dimension initiatique.

Il faut y voir aussi une écriture didactique mais poétique, car bien que le texte comporte beaucoup d’enseignements et de références culturelles ou scientifiques, Micheline Adjovi le rend accessible et vivant grâce à :

Des dialogues pédagogiques

Des métaphores concrètes,

Et un mélange d’explications rationnelles et de descriptions sensorielles, qui font vibrer le texte et capte l’attention du lecteur.

Enfin, l’écriture de Micheline Adjovi est engagée et éducative: elle ne se contente pas de raconter une histoire, elle éveille les consciences. Le lecteur est invité à:

Repenser son rapport à l’histoire et à la culture africaine.

Intégrer les lois universelles dans sa vie quotidienne.

Développer une vision harmonieuse du monde et de soi-même.

Le livre oscille entre narration et méditation.

Il alterne une progression spatiale et des enseignements philosophiques et spirituels, qui donnent au récit un caractère presque rituel ou initiatique.

En conclusion, Mesdames et Messieurs,

Je vous inviterai comme moi, à plonger dans cette œuvre de Micheline Adjovi qui dépasse le simple récit pour devenir un véritable guide initiatique. Ce livre nous emmène sur le boulevard de la Marina, pas seulement comme une rue de la ville, mais un espace sacré, un symbole vivant de l’histoire, de la spiritualité et de la connaissance universelle..

Ce livre, dirais-je encore, Mesdames et Messieurs est un héritage immense et mérite d’être vulgarisé pour éveiller d’autres consciences. Elle réalise que le chemin vers la vérité, la liberté et l’accomplissement passe par la réappropriation de notre culture et de notre spiritualité. Elle nous invite à observer le monde avec curiosité, à poser des questions, à chercher la vérité et à travailler sur nous-mêmes pour devenir lumineux, créateurs et responsables.

Il faut y voir aussi un appel à nous reconnecter à nos racines, à la science ancestrale et à la nature, pour vivre pleinement et éclairer le monde autour de nous. Ce livre est bien plus qu’une lecture: c’est un chemin vers la connaissance, l’éveil et la transformation. Désormais, en parcourant ce boulevard, laissez-vous guider par la lumière de la connaissance, la force de la sagesse et la beauté de l’harmonie universelle. Car, comme le rappelle Micheline Adjovi, le plus grand trésor que nous puissions recevoir est la connaissance de nous-mêmes et la capacité à la mettre au service des autres.

Je vous remercie !

Par Josué MÊHOUENOU, journaliste culturel

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