Le mensonge représente un véritable danger dans les relations humaines et peut parfois coûter cher à celui qui l’exprime. Face aux conséquences néfastes qu’il engendre, il est préférable de privilégier la vérité. C’est ce que nous enseigne le Fâgléta du jour, raconté par Dah Kpéyi. Il éclaire sur les effets destructeurs du mensonge sur les relations interpersonnelles et souligne comment la peur peut amener certains à déformer la réalité, même au détriment de ceux qu’ils aiment. Bien qu’un dicton affirme que « toute vérité n’est pas bonne à dire », le triste sort du coq et du bouc nous incite à dire la vérité. Histoire…
La femme de ”Mintolonfin” était souffrante. Son époux décida de consulter un Bokonon, mais ne pouvant pas s’y rendre lui-même, il envoya le coq pour obtenir des réponses. Mintolonfin espérait savoir comment rétablir la santé de sa femme.
La consultation du Bokonon révéla le signe “Aklanfotroukpin”. En termes de prescription, une cérémonie propitiatoire était nécessaire pour conjurer le mauvais sort; et elle impliquait la tête d’un coq. Seul coq de la maison, l’envoyé de Mintolonfin réfléchit comprit en cours de route que s’il rapportait ce message tel quel, sa vie serait en danger. Il choisit donc de travestir le contenu de la consultation :
« Le Fâ recommande de verser de l’eau mélangée à de la farine sur ”Lègba” au nom de votre femme », dit-il à Mintolonfin. Cela fût fait, et comme on pouvait s’y attendre, la maladie ne quitta pas l’épouse du roi.
”Mintolonfin” envoya alors le bouc chez le Bokonon un après-midi. Le même signe réapparut. Cette fois-ci, le sacrifice demande une tête de bouc en vue de la guérison tant espérée. Le messager, le bouc, se comporta de même que le coq. Une seconde fois encore, Mintolonfin n’eut pas la vérité de la consultation. La maladie s’aggrava et il dut envoyer un troisième émissaire.
Cette fois-ci, c’était au tour du perroquet. La divination donne le même signe “Aklanfotroukpin”. Seule nouveauté, une tête de perroquet est prescrit dans le cadre du ”vô”, sacrifice.

Frustré de devoir répéter la même information, le Bokonon interdit au perroquet de revenir le voir. Il expliqua que c’était toujours le même signe qui apparaissait lors des consultations et que Mintolonfin n’avait pas effectué les sacrifices nécessaires, tout ignorant que les précédents émissaires avaient travesti le message auprès du roi. Sur le chemin du retour, le perroquet répéta plusieurs fois : « Aklanfotroukpin, cela ne m’échappera pas ».
Contrairement aux menteurs qui l’avaient précédé, il prit courageusement la décision de dire la vérité, malgré les risques pour sa vie.
Mintolonfin convoqua alors le coq et le bouc, qui avouèrent leur mensonge. Ils furent ligotés pour leur trahison. Le Bokonon comprit finalement qu’ils avaient trompé le roi. Pour les sacrifices nécessaires, il tua les deux animaux et préleva une plume sur le perroquet. « Ta manière d’énoncer la vérité t’a sauvé. Ta vie était en péril mais tu as choisi d’être honnête malgré tout », déclara le Bokonon au perroquet. « Jamais ta tête ne sera utilisée dans un sacrifice du Fâ ».
C’est ainsi que depuis ce temps, il est interdit d’utiliser la tête du perroquet sur les terres consacrées aux sacrifices propitiatoires du Fâ.
Leçon : Ce récit nous enseigne l’importance de dire la vérité, même quand nous avons en face des conséquences redoutables. Le courage du perroquet à affronter le danger en disant ce qui est juste montre qu’il est essentiel d’aborder des situations délicates avec intégrité. Cela rappelle que même si la vérité peut être difficile à entendre, elle est souvent le meilleur chemin à suivre. Ce Fâgléta souligne également que la vérité finit toujours par émerger et que les mensonges peuvent avoir des conséquences graves. Enfin de compte, c’est un appel à l’honnêteté et à la transparence, des valeurs fondamentales pour bâtir des relations saines et durables.
