Les Vodun days tiendront leurs promesses. À en juger par les préparatifs ardus dans les couvents. Mais aussi la ferveur qui accompagne les manifestations parallèles (side-events) en prélude aux journées du 9 et 10 janvier. Au nombre des premières attractions du side-events des Vodun days, la caravane brésilienne animée par le groupe Bantu Afro Brasileiro.
Mais elle est aussi au cœur des controverses. La beauté pétillante de la femme brésilienne fait réagir. Les body ou short très moulants exposant le corps féminin dans ses attraits les plus intimes, divisent les béninois.
Certains y voient une incohérence déplorable avec les valeurs du Vodun. «Gogo zan/ sexe Zan ou Vodun days ?», s’interroge avec dérision un internaute. «Il y a pire au carnaval de Rio, par exemple. Exhibitionnisme ? Disons plutôt, dans le cas d’espèce, qu’il s’agit d’une féminité décomplexée fièrement exposée», soutient l’ivoirien Didier Duncan.
«Ça met quand même de l’ambiance dans la ville»
À Ouidah, la caravane brésilienne indispose effectivement, notamment la «génération des hommes du 3e âge», témoigne Modeste Zinsou, guide principal au Temple des Pythons contacté par Bénin Intelligent. Ceux-ci «ne sont pas très d’accord. Ils disent que le monde aujourd’hui est dépravé et on fait n’importe quoi».
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Mais ce sentiment est marginal. Globalement, la caravane brésilienne «ce n’est pas quelque chose qui crée un scandale. Ça n’a pas d’autre coloration aussi négative sur la ville [de Ouidah] et sur les Vodun days». Autrement, «ça met quand même de l’ambiance dans la ville», assure-t-il.
Pour calmer la polémique, Micheline Adjovi retourne à l’esprit même du projet des Vodun days. «C’est le tourisme religieux, ce n’est pas le sacré sacré. Nous invitons le monde qui vient avec leur identité propre. Allons-nous rejeter leur identité propre et leur vendre la nôtre ? Non ! C’est l’acceptation réciproque», confie à Bénin Intelligent l’écrivaine et fidèle de Vodun. Et d’asséner, enfin, que «Le carnaval brésilien n’entache pas notre éducation.»
Modeste Zinsou : «Ça met quand même de l’ambiance dans la ville»
La population de Ouidah est une population de tradition, de culture et dans notre culture la femme est sacrée. Voir la femme nue ce n’est pas quelque chose de très bien.
Mais, bon, on va dire que la jeunesse d’aujourd’hui n’est pas aussi scandalisée. Ce sont les personnes âgées qui sont scandalisées par cette forme d’habillement.
Je crois que c’est un problème de génération. La génération d’aujourd’hui qui connait Facebook, qui peut tout faire sur Facebook n’aura que de réaction positive et s’en régale si vous voulez tandis que la génération des hommes du 3e âge ne sont pas très d’accord.
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Eux ils disent que le monde aujourd’hui est dépravé et on fait n’importe quoi. Sinon ça met quand même de l’ambiance dans la ville. Ce n’est pas quelque chose qui crée un scandale. C’est vrai que ils disent que les blancs sont comme ça. Ça n’a pas d’autre coloration aussi négative sur la ville et sur les Vodun days.
Micheline Adjovi «Le carnaval brésilien n’entache pas notre éducation»
Les brésiliennes ce sont nos sœurs, ce sont nos afrodescendants. Elles sont parties nues et elles ont confectionné leur culture à partir de la nôtre et elles sont revenues avec ça. Va-t-on leur imposer de vivre selon la culture originale ? Elles ont perdu beaucoup de choses là-dedans.
Le carnaval de Rio de Janeiro est venu à nous. C’est une opportunité selon moi.
Nous les avons invitées, elles ne peuvent pas être autre chose que ce qu’elles sont. C’est ainsi qu’elles font leur caravane donc nous devons restés ouverts d’esprit. Cela n’est pas une dépravation. Moi je ne vois pas en ça de la dépravation.
Fallait-il les inviter dans un cadre autre que les Vodun days ?
Vodun days c’est le tourisme religieux, ce n’est pas le sacré sacré. Nous invitons le monde qui vient avec leur identité propre. Allons-nous rejeter leur identité propre et leur vendre la nôtre ? Non ! C’est l’acceptation réciproque.
Le carnaval brésilien n’entache pas notre éducation. Si votre éducation est solide ça n’entache en rien votre éducation. Ça n’éffleure même pas les bases de nos valeurs.
Le carnaval brésilien on a toujours vu les images à la télévision et à travers les réseaux sociaux. Ils sont venus avec ça. Le carnaval de Rio de Janeiro est venu à nous. C’est une opportunité selon moi. Le carnaval brésilien ce n’est même pas encore les Vodun days qui se tiennent les 9 et 10 janvier.
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Donc la caravane brésilienne c’est les prémisses et on s’affole déjà. Pourquoi ? Nous sommes trop égocentriques, il faut qu’on s’ouvre au monde tout en gardant notre culture. Si nous allons chez eux, nous ferons de même, nous irons avec notre culture. Pareillement ils sont venus chez nous avec la leur, pourquoi rejeter ? Ce n’est pas être tolérant.
Nos fidèles Vodun montrent aussi leur poitrine mais pas le dessous que nous cachons parce que c’est sacré, surtout le dessous de la femme. Mais eux ils ont quitté l’authenticité ancestrale. Il faut être tolérant.
