Home Actualité Recap. 2023 : Plus jamais ça !

Recap. 2023 : Plus jamais ça !

Par Koladé Raymond FALADE
0 Commentaire

Incendies, bavures policières, accidents de la circulation. Des dizaines de Béninois y ont laissé leur vie, au cours de l’année 2023. Ces différents drames ont endeuillé des familles et toute la nation. Bénin Intelligent revient sur ces événements malheureux qui peinent à s’effacer des mémoires.

Rejoignez la chaîne WhatsApp de Bénin Intelligent

Alors qu’on continuait de se souhaiter encore les vœux du nouvel an, des cris de détresse retentissent du haut des collines de Dassa. Un drame venait de frapper le Bénin. Nous étions dimanche 29 janvier 2023.

Un bus de la compagnie Baobab express transportant des voyageurs en direction de Cotonou, est entré en collision avec un camion. Le choc violent a déclenché un incendie. Une vingtaine de Béninois périt sous les flammes au premier bilan avec plusieurs blessés.

En quelques minutes, les photos et vidéos de l’accident ont fait le tour des réseaux sociaux. Des compatriotes, sous un feu sans pitié, criaient au secours en vain. Le ‘’citoyen journaliste’’ se met en position de reporter. Smartphone en main, incapable de secourir les victimes mais capable de les filmer.

Les sapeurs-pompiers avec une base à quelques mètres du drame n’ont pu se déplacer à temps. Faute de moyen d’intervention. Tout est mélangé. C’est le sauve qui peut. Les malchanceux ont fini leur course et leur voyage terrestre à Dassa. Beaucoup, dans des conditions très difficiles. Des corps totalement méconnaissables.

« Drame de Dassa-Zoumè : Plus jamais ça ! Paix aux âmes des disparus ! Prompt rétablissement aux blessés. Je compatis à la douleur des nombreuses familles affectées et dont certaines ne le savent peut-être pas encore. Le président Patrice Talon a dépêché sur les lieux les ministres chargés des Transports et de la Sécurité. Il y aura une suite afin que cela ne se reproduise plus. La perte de ces nombreuses vies ne sera pas vaine » réagit Wilfried Léandre Houngbédji, secrétaire général adjoint du gouvernement, porte-parole du gouvernement quelques heures après le drame. Le message posté sur sa page Meta est illustré avec le bus totalement calciné.

Avant lui, c’est le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin qui s’est prononcé via un communiqué. Il a annoncé les dispositions prises par le gouvernement pour une prise charge aux frais de l’Etat, de tous les passagers survivants de ce drame.

Lundi 30 janvier, les ministres Hervé Hehomey (Transport) et Allassane Seïdou (Sécurité) à la tête d’une délégation se sont rendus à Dassa-Zoumè. Ils ont effectué une visite de constat sur les lieux du drame.

En dehors des réactions à chaud, le lieu du drame était alors devenu un lieu de pèlerinage circonstanciel. Acteurs politiques et religieux se cognent au pied du bus réduit en tas de ferrailles. Les uns pour témoigner leur solidarité aux populations de la localité. Les autres pour prier et purifier le lieu ou encore conjurer le mauvais sort sur ce site qui selon certains, devient de plus en plus un lieu de drame.

En effet, jeudi 2 février, chefs traditionnels, dignitaires de différentes divinités et têtes couronnées ont fait des sacrifices pour exorciser le lieu de l’accident. Tout se passait devant Djafou Afoman Egbakokou II, roi de Dassa-Zoumè, le 2ème adjoint au maire de Dassa-Zoumè, Christian Gbezenou, le directeur départemental de la Santé (Dds) des Collines Olu-Segun Adjinda.

LIRE AUSSI :

Drame de Dassa-Zoumè : Le gouvernement dresse le bilan définitif devant le Parlement

Le lundi 13 février, c’est au tour de la communauté catholique de la paroisse Sacré-Cœur de Dassa-Zoumè de prier pour la mémoire des personnes décédées dans l’accident au cours d’une messe. Après la célébration eucharistique Mgr François Gnonhossou, les fidèles et les autorités polico-administratives sont allés se recueillir sur les lieux du drame.

Seulement, le geste de ces différentes confessions religieuses est diversement apprécié. Certains ont qualifié l’acte ‘’de médecin après la mort’’. Puisque, la consultation divinatoire annuelle du Tofâ de décembre 2022 au Bénin, avait révélé ‘’Sa-Tchè’’, comme étant le principal signe. A en croire les dignitaires, ce signe annonçait non seulement des opportunités pour une stabilité financière en 2023 mais aussi des évènements dramatiques notamment des maladies et accidents de circulation qui pourraient survenir du fait de l’action des ‘’forces du mal’’.

Ainsi, pour conjurer ces mauvais sorts, des sacrifices avaient été recommandés à travers le pays. Personne ne sait si ces sacrifices ont été faits. En tout cas, de façon officielle.
D’ailleurs, le professeur David Koffi Aza, président de la Confédération nationale des cultes endogènes du Bénin (Cncb) a démontré lors d’une émission que « si les sacrifices demandés avaient été faits, on aurait pu éviter le pire, vu que la divinité ne demande rien d’autre que 2 moutons, 2 poulets et quelques boissons ».

Il rappelait que la même divinité, “Ogou” en l’occurrence, était apparue en 2018 voire 2019 sans que les sacrifices ne soient faits. « Et la conséquence a été qu’on a connu une année 2019 [celle des législatives, ndlr] tumultueuse où il y a eu de morts d’hommes » a-t-il tranché.

Pour ce qui est des sacrifices, David Koffi Aza précisait que les bokonon ne demandent pas forcément à voir la couleur de l’argent. Autrement dit, une personnalité ou citoyen de bonne volonté pouvait acheter les animaux cités et les mettre à leur disposition pour que les sacrifices soient faits.
Le professeur Dodji Amouzouvi, pontife de la déité Sakpata et sociologue des religions objecte la thèse du ”mécontentement des dieux”. Il estime qu’il faut en premier considérer les « causes physiques ». Notamment « l’état du véhicule », l’expérience et les conditions physiques du chauffeur et bien d’autres paramètres. Il s’oppose catégoriquement à ce qu’une déité puisse permettre un tel drame pour « sacrifices non faits ».

Au total on dénombre 29 décès et 16 survivants dans ce drame. Ces chiffres ont été donnés par le ministre de la Santé Benjamin Hounkpatin lors d’une séance plénière à l’Assemblée nationale. Selon les détails du ministre, 20 personnes sont décédées calcinées sur les lieux du drame, une personne est morte sur le trajet Dassa – Cotonou au cours de l’évacuation, 8 personnes sont décédées au Cnhu-Hkm en soins intensifs et de réanimation.

Sèmè-Kraké

Le 23 septembre, le feu a encore dicté sa loi au Bénin. Cette fois-ci, il s’agit de l’explosion d’un site d’entreposage de l’essence de la contrebande. Le bilan dressé par le gouvernement lors du Conseil des ministres du mardi 26 septembre est aussi lourd. 36 personnes décédées (dont 2 enfants) et 23 blessés. Les victimes sont de nationalité béninoise et nigériane. Des motos et véhicules ont été aussi consumés.

Le procureur de la République Adam-Bongle Abdoubanki dans un communiqué de presse renseigne que, l’explosion s’est déroulée « dans le magasin du sieur Zinhouemede situé … au quartier Glogbo 2 ». Selon plusieurs témoin « l’incendie aurait été probablement déclenché lors du déchargement des sacs d’essence communément appelés ‘’Bohoumbo’’ d’un véhicule de marque Nissan immatriculé AR 19 37 RB ». Le gouvernement de son côté parle de la manipulation dangereuse de l’essence de contrebande.
Dans les premières minutes qui ont suivi l’explosion, les sapeurs-pompiers ainsi que les Forces de l’ordre ont réagi promptement. Ce qui a permis de maitriser l’incendie malgré son ampleur et d’évacuer très tôt les blessés. Dans le même temps, « les équipes médicales ont été immédiatement mobilisées pour faire face à la situation ».

« Nous travaillons en étroite collaboration avec toutes les parties impliquées pour assurer la prise en charge et le respect des protocoles d’identification des victimes » a souligné le procureur de la République dans son communiqué de presse. Adam-Bongle Abdoubanki a fait savoir aussi que « le parquet a ouvert une enquête complète sur les circonstances entourant cet incendie tragique ».

Quelques heures après le drame, une délégation gouvernementale conduite par le ministre d’État en charge de l’Economie et des finances, Romuald Wadagni aux côtés de ses homologues de la Santé, Benjamin Hounkpatin, de l’Intérieur et de la sécurité publique, Alassane Seidou et de la ministre des Affaires sociales et de la microfinance, Véronique Tognifodé, s’est rendue au chevet des brûlés et autres blessés enregistrés.

LIRE AUSSI :

Drame de Sèmè-Kraké : Le gouvernement dresse un bilan officiel de 36 morts, 23 blessés

Les messages de solidarité et de soutien pleuvaient de partout. Autorités politico administratives, religieuses et traditionnelles, activistes et citoyens lambda ne se sont pas fait prier. Les visites sur le site et aux parents des victimes, les dons de vivres aux familles endeuillées se sont enchainés.

Comme on en a l’habitude, les ‘’reporters sans frontières et sans contrôles’’ ont aussi fait leur job. Les corps totalement calcinés et méconnaissables sont publiés et relayés sans scrupule.

Les échos de ce drame ont traversé les frontières du Bénin. « Je présente mes condoléances émues au président Patrice Talon et au peuple béninois ami et frère suite au décès de plusieurs personnes dans l’exposition d’un dépôt de carburant. Paix à l’âme des victimes » a écrit Macky Sall, le président du Sénégal sur X ex Twitter.

Cette tragédie a poussé le gouvernement du Bénin à accélérer son projet de professionnalisation du secteur de l’essence ”kpayo”. Ce qui se matérialise déjà par l’implémentation des mini stations-services dans certaines rues de Cotonou.

Martin Hounga à Hêvié, une dame à Ekpe

Des bavures policières, le Bénin en a enregistrés également en 2023. Ces événements tragiques qui se sont déroulés dans des contrées du pays ont pris une dimension nationale. Grâce parfois à la force des réseaux sociaux. Des compatriotes qui ne sont ni malfrats ni braqueurs, tombés sous des balles. Alors même que nous ne sommes pas en période de guerre.

C’est le cas de Martin Hounga. Jeune apprenti soudeur de 18 ans porté disparu depuis la nuit du 4 au 5 septembre à Hêvié dans la commune d’Abomey-Calavi. La police a confirmé le décès du jeune homme. Son corps est déposé à la morgue de Ouidah et une enquête a été ouverte précise la police républicaine dans un communiqué.

Dans sa famille, son cousin Fernand Minkoudi est le seul à l’avoir vu pour la dernière fois. Selon ses récits, les deux rentraient tard dans la nuit à bord d’un taxi moto lors de sa disparition. « Nous étions tous les deux sur le même taxi moto quand nous avons croisé deux policiers en patrouille. Ils ont demandé au conducteur de s’arrêter, mais il n’a pas obtempéré, étant en infraction avec deux passagers. Les flics nous ont poursuivis. Le taxi moto a accéléré et nous sommes entrés dans une ruelle. Pris de panique, mon frère a sauté de la moto et s’est enfui. Le zémidjan ne s’est pas arrêté. Après on a entendu deux coups de feu. J’ai demandé au conducteur de s’arrêter. Mais il m’a rassuré que les coups de feu ce serait des tirs de sommation pour effrayer mon frère », raconte le cousin au micro Bip radio.

LIRE AUSSI :

Professionnalisation de la filière de l’essence de contrebande : Les réserves secrètes des vendeurs

La famille attristée et remontée menaçait de manifester selon le chef village de Akossavié dans l’arrondissement de Hêvie. Il est intervenu avec d’autres élus locaux pour appeler au calme en attendant que l’affaire soit tirée au clair.
L’affaire Martin Hounga a même fait objet d’une saisine de la Cour constitutionnelle par un collège de jeunes juristes. Dans leur requête, ils ont dénoncé le mutisme des autorités policières qui n’ont réagi qu’une semaine après l’incident et après une vague d’indignation.

Deux mois environ après, un autre drame frappe le Bénin. On se retrouve à nouveau, dans la commune de Sèmè-Podji. Une dame, devant son portail a été atteinte mortellement d’une balle à Ekpe. Une bavure douanière criait la population qui a d’ailleurs barricadé la voie pour manifester sa colère et s’en prendre aux agents des douanes en mission dans la zone.

Le coup de feu mortel n’est pas venu de la douane mais des trafiquants de drogue, a aussitôt réagi l’institution. Ce jour-là, explique la Douane, les éléments du Service Régional de Lutte Contre la Fraude Atlantique Littoral dans le cadre de leur mission de contrôle et de surveillance de l’axe Cotonou-Sème, ont reçu un renseignement sur un véhicule qui transporterait des marchandises prohibées.

A la vue des éléments de la douane, le véhicule qui servait d’éclaireur à celui transportant les produits prohibés a tenté à maintes reprises d’obstruer le passage aux disciples de Saint Mathieu pour les empêcher d’accomplir leur mission républicaine.

Ce que les fonctionnaires des douanes n’ont pas permis. Dans la foulée, une détonation provenant des tirs de coups de feux par les trafiquants a été entendue, selon la douane. Et c’est une balle perdue desdits tirs qui aurait malheureusement atteint la victime.
Une enquête a-t-on appris avait été ouverte pour situer les responsabilités. Mais la situation est restée sans suite depuis peu.

Des drames, le Bénin en a connu en cette année 2023. De celles qui ont mis la toile à ébullition et même des plus silencieuses qui n’ont pas ”fait le buzz”. Comme l’inondation et d’autres événements tragiques qui ont coûté la vie à des Béninois dans des conditions les plus inimaginables.

Ce weekend encore, le Bénin a perdu des citoyens. Même si cela n’a pas fait assez d’écho, comme ceux mentionnés supra, les dégâts enregistrés ne sont pas négligeables. On parle de 4 personnes décédées, 4 blessées et près de 250 moutons péris dans un accident de la circulation. La commune de Dassa était malheureusement encore le lieu de ce drame.

LIRE AUSSI :

Décès d’une dame suite à un coup de feu à Ekpè : La Douane explique les circonstances

Lire aussi

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!