Des hommes cassent ici, le bulldozer démolit là. L’ultimatum donné aux occupants de l’ex Centre de promotion de l’artisanat (Cpa), par le ministre du Cadre de vie est arrivé à expiration jeudi 15 juin. Au dernier jour, Bénin Intelligent a pu constater que les concernés obtempèrent au communiqué de Didier Tonato.
Par Raymond FALADE
Ce jeudi matin, les occupants de l’ex Cpa essaient de récupérer ce qui peut encore l’être. Le grand déménagement se déroule sous l’œil vigilant de certains propriétaires et acquéreurs. Camions, véhicules à trois roues (tricycle) et même des pousse-pousse font des allées et retours pour convoyer les matériaux et objets encore réutilisables.
Des collecteurs de métaux profitent de ce grand déménagement. Ils ramassent les petits objets en métal laissés pour compte sur leur passage. D’autres les appellent pour en vendre. L’ambiance est inhabituelle.
Précision
En réalité, le communiqué du ministre invitant les occupants de l’ex Cpa à libérer les lieux s’adresse « aux privés » y ayant encore de bâtiments, souligne un acquéreur rencontré sur les lieux. En effet, « le gouvernement a liquidé les infrastructures qui appartiennent à l’État». Ainsi, les bâtiments appartenant aux privés devraient être détruits pas leurs propriétaires. Ce qui n’est pas encore le cas chez tout le monde. « Certains pensent à leurs investissements et veulent que l’État les dédommage », révèle l’interlocuteur. Il montre du doigt à titre illustratif un bâtiment encore «debout».
Depuis la construction du marché des arts situé à Gbégamey non loin de la Bourse du travail, tous les commerçants « en tout cas, la majorité », ont rejoint le nouveau site. « Moi je suis un ingénieur des Btp et je suis parmi ceux qui ont acheté les bâtiments chez les commissaires-priseurs. On est en train d’enlever ce qu’on a acheté. C’est pour cela que nous sommes là puisque, on a acheté les bâtiments. Les pavés et tout ce qu’on peut utiliser, petitement nous serons en train d’enlever jusqu’à ce que ça finisse », a-t-il confié.

Par décret présidentiel en date du 15 juin 2022, le président Patrice Talon a dissout le Centre de promotion de l’artisanat (Cpa). Un liquidateur avait été nommé à cet effet. Selon le communiqué du ministre du Cadre de vie et des transports, chargé du développement durable José Tonato en date du 12 juin, la libération des lieux permettra aux constructions en cours sur le site de se poursuivre normalement. Ceux qui ne se seraient pas exécutés, au terme du délai prescrit, seront expulsés de leur ancienne occupation avec à la clé, la perte du nouvel emplacement à eux attribué », a-t-il prévenu.
Difficultés
Le site du Marché des arts de Cotonou a ouvert depuis quelques mois. Il abrite les anciens locataires du Centre de promotion de l’artisanat (Cpa). Leurs doléances au gouvernement concernent notamment « l’extrême chaleur » et le peu d’ouvertures pour accéder au site. « Nous invitons le ministre à être notre porte-voix auprès du président de la République afin que les doléances exprimées puissent trouver une issue favorable », a plaidé Raphaël Sagbohan, président des artisans et locataires de l’ancien Cpa lors d’une visite du ministre des Petites et moyennes entreprises et de la promotion de l’emploi (Mpmepe) Modeste Kérékou sur le site le mercredi 10 mai. L’autorité avait promis que des mesures vont être prises de concert avec le ministère du Cadre de vie et du développement durable afin de satisfaire aux besoins de ces acteurs du marché des arts.
Aussi, « beaucoup de clients ne savent pas que nous sommes désormais ici », a confié l’une des commerçantes de ce marché à une équipe de Bénin Intelligent le lundi 8 mai. Ce qui fait baisser quelque peu les recettes, a-t-elle déploré. Toutefois, le nouveau site leur offre « plus de visibilité ».
Bien que ce site soit plus accessible et plus exposé, l’autre difficulté à laquelle les acteurs du marché sont confrontés est liée au coût des œuvres que les visiteurs trouvent trop élevé. Conséquences, ils préfèrent acheter les objets venus de l’« extérieur » au détriment de ceux fabriqués au Bénin alors que ce n’est pas la même qualité. Ils y voient un mépris de leurs efforts puisque ne disposant pas des mêmes technologies pour réaliser les œuvres. Ils se réjouissent tout de même de ce que des connaisseurs de la chose artistique viennent au compte-goutte.
