Le Centre d’art thérapie de l’Ong «Vie et solidarité» dirigé par l’artiste Louis Oké Agbo n’est pas resté en marge de la célébration de l’édition 2022 de la Journée mondiale de la santé mentale. Le samedi 15 octobre, il a été organisé au sein du centre à Porto-Novo, un vernissage au cours duquel, les œuvres des artistes en formation ont été présentées au public. Ces apprenants sont des personnes atteintes de déficience mentale.
Par Raymond FALADE
Plus d’une vingtaine d’œuvres exposées et expliquées au public. Elles racontent, expliquent, questionnent… Les auteurs sont des personnes atteintes de déficience mentale. Parmi eux, des trisomiques, des autistes et autres déficiences mentales aggravées chez certains par des handicaps physiques.
Marginalisés par la société et abandonnés par leurs parents et familles, la plupart de ces artistes ont été récupérés dans la rue et admis dans le Centre d’art thérapie de l’Ong Vie et solidarité.
Le promoteur du centre Louis Oké Agbo, est artiste-photographe. Dans son centre, le seul médicament qui guérit les soucis mentaux est l’art. À travers le concept de l’art thérapie, ces personnes marginalisées s’expriment, disent ce qu’elles pensent et démontrent qu’elles peuvent raisonner aussi.

« Pourquoi ne pouvons-nous pas être heureux au même moment ? Nous avons tous dans la vie des pensées divergentes ; nous sommes parmi eux. Et si l’homme était fruit ? Dispute entre deux hommes à cause d’une fille… ». Ce sont entre autres, les préoccupations que portent les créations de ces artistes particuliers. « Ces œuvres sont une partie de la montagne d’œuvres que ces artistes nous ont produit. Nous ne pouvons pas tout exposer. On a juste sélectionné quelques œuvres de ces artistes. C’est des œuvres qui reflètent leur ressentiment »‚ a décrypé Anicet Vignon, directeur du centre.
LIRE AUSSI:
Au cours de la visite guidée de l’exposition, chaque artiste a été invité à expliquer ses créations au public. Un exercice parfois difficile compte tenu du handicap sévère chez certains. Mais les œuvres parlent et expriment le ressentiment des auteurs. « C’est des ressentiments personnels qu’eux-mêmes font‚ qu’ils nous interprètent et que nous, nous exposons. C’est l’expression libre de ces artistes » a soutenu Anicet Vignon.
De l’art pour guérir les maux
Pour marquer cette Journée mondiale de la santé mentale, un atelier a été organisé au profit de ces apprenants. Il a été animé par Hermance Sènami Donoumassou, artiste visuelle. « Moi je travaille sur les empreintes, sur les traces. J’ai utilisé une technique assez simple. On a ramassé tout ce qu’on a trouvé et on a essayé de créer à partir des traces et des empreintes de ce qu’on avait sous la main. La peinture et l’art révèle l’intérieur et le monde de tout un chacun » a-t-elle souligné.
« Le fait de travailler avec eux permet d’appréhender le monde autrement et aussi d’aller à la rencontre de leur monde intérieur, de l’expression qu’ils ont chacun en eux et que nous avons aussi en nous »‚ a renchéri Hermance Sènami Donoumassou. Pour l’artiste, la santé mentale est une question qui doit préoccuper tout le monde. Car, « il y en a qui sont bien portant mais on a tous des soucis que nous gérons ».
Le centre d’art thérapie a été créé en 2017 pour accompagner les personnes en situation de handicap mental. Plusieurs ateliers y sont animés. Entre autres, les ateliers photo, musique traditionnelle, peinture, la poterie, l’alphabétisation et l’atelier de perle.

Cette exposition s’inscrit également dans le cadre « de la restitution de la résidence organisée avec Ponce Zannou, artiste de grande renommée qui a travaillé avec le centre‚ accompagnée de quelques archives des artistes. Nous avons essayé de monter une exposition pour sensibiliser la population autour du handicap »‚ a expliqué Louis Oké Agbo.
Dans la formation de ces artistes en devenir, plusieurs professionnels interviennent de façon bénévole. Ce qui donne de l’espoir aux apprenants qui rêvent déjà de devenir de grands artistes comme leurs devanciers au sein du centre. Parmi les premiers pensionnaires du centre, certains font déjà leurs preuves au-delà des frontières béninoises notamment en Côte d’Ivoire selon le promoteur du centre Louis Oké Agbo. « On vit de ce qu’on a appris. Si je finis ma formation je vais commencer par dessiner pour moi-même et gagner de l’argent »‚ a déclaré Bénédicte, l’une des artistes en formation, malgré certaines incohérences dans ses propos.
