Home Actualité Empereur Togbo Avimadjènon Kpomalégni : «Le Vodun fait beaucoup de merveilles pour le bien-être de la nation mais…»

Empereur Togbo Avimadjènon Kpomalégni : «Le Vodun fait beaucoup de merveilles pour le bien-être de la nation mais…»

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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L’unique journée dédiée au Vodùn est encore là. Dignitaires et adeptes s’activent pour la célébration du “10 janvier”. Dans la matinée de ce samedi 08 janvier 2022, nous nous sommes rendu à Agbokpa, un arrondissement de la ville d’histoire, Abomey. Depuis son site de culte endogène, l’Empereur Togbo Avimadjènon Kpomalégni, dignitaire du culte Sakpata et guérisseur traditionnel nous a reçu. Il annonce les couleurs de la fête et donne le sens de cette journée. Interview !

Propos récueillis par Yelian Barnabé KINTOHOU

 

Bénin Intelligent : Que représente pour vous le 10 janvier?

Empereur Avimadjènon : D’abord, je vous remercie pour cette question. Vous savez, au Bénin, nous vivons une situation horrible. Le Vodun fait beaucoup de merveilles pour le bien-être de la nation mais sa place n’est pas reconnue. Il n’y avait aucun jour de fête dédié au Vodun. Tandis que de l’autre côté, les religions importées en ont plusieurs. Heureusement qu’un de nos frères, père en la personne du Président Nicéphore Dieudonné Soglo a œuvré pour la valorisation des cultes endogènes à travers cette date du 10 janvier décrétée. Cela constitue pour nous tous un sujet de joie. Cette fête prouve que le Vodun tient une place au Bénin. Et pour mieux le démontrer, nous‚ garants de la tradition‚ devons la célébrer avec faste pour la joie des divinités. Par exemple, il y a des fêtes d’origine africaine qui nous ont été arrachées par les religions importées. Pour preuve, la fête des rameaux. Tout cela a une histoire. Heureusement que le “10 janvier” n’est pas encore arraché. Ils seront peut-être en train de chercher des subterfuges pour l’annuler, le prendre. Puisque l’intention est de signifier à tous que le Vodun n’est rien. Vous allez voir qu’ils ont déjà institué le “Mɛwihwɛndo” (ensemble de cérémonies funèbres traditionnelles), c’est une politique doctrinale religieuse empruntée de nos us et coutumes. Donc si nous avons une date pour commémorer le Vodun, nous devons le faire à cœur joie. Je salue au passage le président Talon qui a pris l’engagement aussi de mieux valoriser le Vodun. Que les divinités l’accompagnent dans cette noble idée !

En tant que garant de la tradition, comment pensez-vous célébrer cette fête cette année ?

Si je ne célèbre pas ce jour, ça voudra dire que je ne suis pas un garant de la tradition. Ce sont nos ancêtres qui ont apporté au monde l’amour. Le vrai amour, c’est dans le traditionnel, dans la religion endogène. C’est pourquoi moi je fonctionne toujours sur cette ligne. Avant, il n’y avait pas des assiettes, rien que des calebasses. A la fin de chaque année, à voir l’augmentation de la fratrie, nos aïeux ont initié la cérémonie de “kakple-kple” -rassabler les calebasses ou communier-. Cela permettra aux fils qui sont dans et hors du village de venir avec leurs mets préparés. C’est un moment de rencontre, de communion et surtout de souvenir en l’honneur des ancêtres déjà décédés. Ce n’est pas parce qu’ils sont morts que le cordon s’est complètement brisé. Nous les entretenons de leurs vivants et cela doit continuer après leurs départs. Le 10 janvier donc, je m’inspire de cette sagesse d’amour instituée par nos ascendants. Et chacun vient avec ce qu’il a préparé. Sur une natte étalée devant les divinités, nous communions. Une occasion à laquelle on se connaît plus.
C’est un jour de joie et hormis la communion, nous devons nous régaler. Et vous aurez de différents tableaux culturels. Les manifestations du culte Jɔwamɔ, de Zangbéto, Kaleta et autres pour montrer que nous célébrons les Vodun. En tout cas ce sera un moment inoubliable.

Vous guérissez aussi des malades. Sur quelle force vous travaillez pour y arriver ?

C’est énigmatique. Je ne peux le dire. Mais j’agis par le verbe en complicité avec des forces surnaturelles. J’utilise au réveil le “kpé”. Et avant de l’utiliser, j’invoque les 14 trônes d’Abomey. Je dis au nom de Ganyixɛsu‚ de Dako-Donu et de tous les rois. Car ils m’ont précédé dans ce mystère et ont adoré les divinités, les esprits avant moi. C’est pourquoi si je professe des paroles sur un malade, ça se réalise et il trouve satisfaction. Même si la personne est agonisante‚ à un pas de la mort, elle se relève d’abord. Vous pouvez investiguer pour voir. Donc ma force se repose sur mes ancêtres et les Vodun. Leurs esprits ne sont plus sur cette terre, ils sont dans un autre monde mais pourtant nous les invoquons, les vénérons. Toutes religions adorent les morts. Si tu vas à l’Église, on te parlera des Saints. Ce sont des êtres qui ne sont plus de ce monde. De même chez nous il y a des Saints que nous adorons. Ils sont tout pour moi. Le Vodun auquel sont voués mes sacrifices, est la divinité “Avimadjè”. C’est grâce à elle que je pratique le Vodun. C’est une prophétie de mon père spirituel qui se concrétise. C’est depuis le ventre de ma mère qu’il a prophétisé que l’enfant qui naîtra est un garçon et travaillera pour le Vodun, qu’il soit instruit ou pas. Et voilà qu’elle s’est réalisée. Moi même, je suis dignitaire du culte Sakpata.

Pourquoi le nom empereur ?

Il y avait un docteur venu de la France. Après observation de mes œuvres, de comment je guérissais les malades il a tiré une conclusion selon laquelle se sont nos ancêtres qui sont revenus. Et comme il est de la France, il m’a surnommé “Révérend pasteur du culte Vodun”. Après lui, j’ai guéri une dame qui à son tour m’a donné le nom de “Papa”. Environ deux ans comme ça, un autre lettré est venu m’observer dans ma mission. Pour lui, se sont nos ascendants qui sont de retour. D’où le nom “Tɔgbo” qui en français veut dire Empereur. Voilà comment le nom est sorti. Donc je ne me suis jamais surnommé. Ce sont des noms donnés après satisfaction. La manière avec laquelle je guéris leur paraît étrange.

Quels sont les interdits de votre Vodun ?

Chaque Vodun avec ses interdits. Constituent des totems pour mon Vodun le pissenlit, le coq, la viande de porc notamment. Cette viande est bien suave mais celui qui en prend est faible spirituellement et est par conséquent vite atteint par les sorciers.

Vous exercez depuis quand ?

J’ai commencé depuis 1990. Cela fait plus de 30 ans déjà. Au moment où j’avais commencé, il n’existait aucun culte endogène. J’étais le premier à initier ce culte dans ma maison maternelle. Je rassemblais les enfants et leur parle des Vodun. C’est comme ça que j’ai démarré. Aujourd’hui c’est devenu grand.

Empereur Avimadjènon, c’est qui en réalité ?

J’étais gravement souffrant. Je ne mangeais même pas. J’étais à un doigt de la mort. Mes parents étaient obligés d’aller consulter Fâ. C’est de là que le devin leur a notifié que c’est un Vodun qui demande ma main. Le seul remède est de me remettre au Vodun sans quoi je mourrais. J’étais complètement bloqué. Quelques temps après, je suis allé moi-même consulter. Le sujet était de savoir si j’aurais une vie resplendissante. Le Bokonon confirme mon aisance vitale. Et c’est de là que je me suis rendu compte que Fâ est infaillible. Tout ce qui a été dit s’est réalisé. A la longue j’ai été obligé de délocaliser mon Église de la maison maternelle. Il y avait quelques problèmes. Et je réalise aujourd’hui qu’il faut être ouvert et franc. Ne pas vouloir du mal de son prochain, est gage d’évolution. Aujourd’hui, c’est mon propre terrain qui abrite l’Église. Pour moi, Dieu est au pluriel mais le créateur est unique.

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