Simplice Goudou est psychologue du travail et des organisations, administrateur en gestion de projet et développement local. Il explique que l’impact négatif ou non que la vue de cercueil exposé pourrait avoir sur une personne, dépend de sa personnalité et de son histoire. Il appelle les artisans à l’organisation et les pouvoirs publics à la règlementation.
Propos recueillis par Sêmèvo Bonaventure AGBON
Bénin Intelligent : Savoir que tout homme est appelé à mourir, autorise-t-il à exposer des cercueils au bord des voies ?
Simplice Goudou : L’exposition des cercueils au bord de la voie dans notre pays ne date pas d’aujourd’hui. Je ne parlerai pas d’autorisation ou non, parce que dans nos habitudes, le cercueil n’est pas le seul article que les artisans ou commerçants exposent. Vous convenez avec moi que le carburant, des tissus ou vêtements, des motos, des meubles, vivres, etc. sont aussi exposés au bord de la voie ! Si nous faisons le constat, c’est moins exposé, les cercueils à Cotonou que dans les autres communes du pays. De plus, nous allons constater que dans les communes rurales par exemple, les cercueils sont plus exposés dans les centres.
On ne peut donc pas parler d’emblée d’autorisation, mais plutôt une habitude, qui semble entrer dans notre culture. C’est vrai qu’ailleurs dans les pays développés, ce sont les funérarium (des sortes de boutique) spécialisées dans les produits et services liés à l’enterrement, maisons funéraires qui commercialisent les cercueils et ce ne sont pas des lieux qu’on visite facilement. L’exigence de la qualité de cercueil dans la règlementation en ces terres, ne favorise pas peut-être sa fabrication massive comme l’on le constate chez nous. Il y a donc une réglementation stricte en la matière.
Il faut souligner que les grands stores ont commencé par offrir la possibilité de commander le cercueil mais uniquement en ligne…Les Américains par exemple, dans leur majorité souscrivent aux assurances vie qui prennent en compte la gestion de décès. Le cercueil y coûte cher ainsi que le protocole d’inhumation. Vous verrez également qu’en France, c’est à la rigueur, des pierres tombales et les bouquets de fleurs qui sont visibles (1 à 2) dans les boutiques et c’est une fois à l’intérieur que vous pouvez opérer votre choix à partir d’un catalogue.
En résumé, vous comprenez que c’est une question de règlementation et de culture ! On en viendra un jour, mais c’est un processus.
Avoir peur à la vue des cercueils signifie-t-il qu’on délire ou est-ce chose normale ?
Tout dépend de la personnalité que l’on incarne, de l’histoire et de la culture de chacun, des souvenirs d’enfance, des réalités vécues, de l’émotion…, car tout homme est un “livre ambulant” dans lequel, on peut lire avec le temps et la patience, l’histoire de sa vie ou de ses parents. Les représentations que celui qui a vécu une scène vivante de braquage d’un proche en pleine circulation aura de la mort, ne sera pas celles que quelqu’un qui a suivi un grand parent mourir dans les conditions de deuil normal aura ! La peur ou non dépend de tous ces paramètres.
Quelles peuvent être les conséquences sur la psychologie, la quiétude mentale de l’homme ?
Les conséquences à la vue de cercueil ? Je dirai simplement aussi que cela dépend du milieu et de la personne. Les personnes qui vivent dans les milieux où cela s’expose ne seront forcément pas affectées tant qu’il n’y aura pas une situation de deuil. Mais ceux qui proviennent des milieux où la mort est un sujet tabou seront choqués et offusqués. Certains pensent que cela déshumanise et enlève le caractère intime et non secret de la mort. L’exposition renverrait donc à la commercialisation de la mort. D’un autre côté, cela permet d’en parler et d’accepter que la mort est naturelle et que personne n’y échappera.
Votre proposition ?
L’exposition est un art. Ma proposition est d’abord à l’endroit des artisans et de ceux qui organisent les cérémonies. Ils peuvent se constituer en association structurée pour ressortir la beauté de cet art d’exposition qui sera plus discret que ce que nous observons. J’insiste sur une bonne organisation pour que cela ne fasse pas perdre le petit gagne-pain aux artisans qui fabriquent les articles, car l’homme peut avoir tendance à phagocyter le pauvre pour évoluer. Certes, la mort ne doit pas être un fonds de commerce, il faut dans cette structuration accompagner le défunt de tout ce qu’il a de digne et les éplorés dans la douleur qu’ils vivent à travers la solidarité. Viendra ensuite la réglementation des autorités de l’Etat, pour une harmonisation.
