Depuis deux ans, la propreté de la plage de Togbin est aux mains de 20 brigadiers sous la direction de l’Ong ‘’Amis du monde pour la sauvegarde de l’hygiène, la santé et la sécurité au travail en milieu rural et artisanal’’ (Amshart). C’est dans le cadre du projet ‘’Assainissement et sécurisation des plages’’ prévu dans le Programme d’action du gouvernement (Pag). Une descente sur le terrain, mercredi 27 mars, et le constat est clair que la côte a rompu avec les immondices. Toutefois, ce charme risque d’être passager.
Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
Au loin une mer enragée. Le doux vent qu’elle livre se délire sur la plage. A perte de vue, la plage qui abrite une série de paillote et de construction de fortune. Le sol est couvert de sable marin qui ralentissent les pas. Au ciel, le soleil qui revenait de son voyage se fait plus clément. Le soir approche à grands pas. Des jeunes, accompagnés ou non, assis sous les paillotes en compagnie de boissons, s’oxygènent. Le temps est à de cordiales discussions chez les uns, à la contemplation du pittoresque paysage chez d’autres. « Ah ! qu’il fait bon vivre ci ! », s’exclame quelqu’un à notre passage. Avant, se souvient Gildas qui s’est confié à nous, il détestait foncièrement les plages. Pour cause : « l’insalubrité : des excréments à l’air libre, des tas d’immondices, etc. », a-t-il énuméré. Mais depuis peu il a bien changé de perception sur les plages. « Un ami m’avait presque contraint à l’accompagner ici à la plage de Togbin Daho il y a environ un mois. J’ai été sidéré ! Je ne savais pas que la plage avait changé de visage à ce point », déclare-t-il, tout émerveillé. Et de conclure « J’ai pris goût désormais à des instants de bonheur vécus seul ou entre amis les soirs sur la plage ».

Les brigadiers
Cette métamorphose des plages, notamment celle de Togbin Daho dans la commune d’Abomey-Calavi est l’œuvre des brigadiers. Ils ont été recrutés dans le cadre du projet ‘’Assainissement et sécurisation des plages’’ prévu dans le Programme d’action du gouvernement (Pag) de la Rupture. En cette soirée du mercredi 27 mars, ils étaient en fête à Moss club beach. Nous avions été invités conjointement par l’Ong Amshart à travers sa présidente Philomène Akpodji et Edwige Goudoté, présidente de Gpsst (Groupe de pilotage en sécurité et santé au travail), une composante de la même Ong. Après deux ans au service de l’assainissement de la plage, ils jugent bon de se réjouir pour la 2ème édition. « C’est une fête méritée après de rudes efforts pour rendre la plage propre », témoigne Moïse Tétégbodou, chef du quartier de Togbin Daho. Riche était la soirée en animation et gastronomie.
Tâche rude qui nécessite pour eux dévouement et surtout de la patience. Parfois, confie la présidente de Gpsst, Edwige Goudoté, les algues envahissent la plage et leur donnent du fil à retordre. Si cela est naturel, l’incivisme des populations est le plus gros ennui des brigadiers. En tête, les pêcheurs. « Ils ne nous respectent pas comme leurs prochains qui éprouvent de la souffrance dans notre travail. Ils déversent et abandonnent sur la plage les ordures que drainent leurs filets. Quand nous nous en plaignons, ils nous objectent avec mépris que nous sommes payés pour cette tâche. Aussi n’éprouvent-ils aucun scrupule à déféquer sur les endroits que nous assainissons. C’est inadmissible !» fustige, Edwige Goudoté. Elle demande alors le soutien de la police républicaine pour la sauvegarde de l’état de la plage. Les seconds ‘’indélicats’’, ce sont les tenanciers de bars sur la plage qui ne rendent pas aussi la tâche facile aux brigadiers. Ces derniers leur reprochent aussi les mêmes choses que chez les pêcheurs. « Vous avez des tenanciers de bars qui viennent faire des affaires, encaissent des sous mais quand vous venez un lundi matin, vous devez affronter les désordres laissés par leurs clients. Ce qui ne leur dit rien. Ils laissent le soin aux brigadiers de les mettre au propre. Nous leur avons dit que ce n’est pas bien. Le ministère est passé sensibiliser. Dans les encablures de leurs bars il faut qu’ils mettent de l’ordre, leur a-t-on imposé. Mais ils s’entêtent », condamne de son côté Tchéhouéa Sonon, directeur exécutif de l’Ong Amshart sous la direction de laquelle travaillent les brigadiers.
Constant Soglo est commis par le ministère du cadre de vie et du développement durable pour superviser les travaux d’assainissement. Il est fier des brigadiers. « Nos brigadiers sont à féliciter, le travail n’est pas facile : sous la pluie, le soleil ils sont à la tâche. », nous a-t-il déclaré au téléphone. Il confirme par ailleurs le casse-tête de l’incivisme des populations. « L’incivisme des populations, ce sont les riverains, surtout les pêcheurs. C’est à ce niveau que nous avons de problème. Nous avons tellement sensibilisé mais en vain. Nous continuons quand même », conclut-il, optimiste quant à un changement de comportement chez les usagers des plages.
Des cadavres humains souvent rejetés
L’autre casse-tête qui menace enfin le charme de la plage, ce sont les cadavres humains que la mer rejette. En janvier dernier on en a dénombré quelque, informe Tchéhouéa Sonon. Il pense que ces corps proviennent souvent de Erevan. « C’est là-bas qu’ils font les plongeons en bravant les drapeaux rouges et perdent leurs vies. Et nous retrouvons les cadavres à Abomey-Calavi ». Au nombre de ces découvertes, une l’a particulièrement marqué. « Le plus macabre des corps que nous avons retrouvé n’a plus de tête, de bras ni de pieds. Vous avez les os déjà visibles. Si vous n’avez pas un cache nez solide, vous ne pouvez pas respirer. C’est arrivé ! Nous avons contacté le chef du quartier qui a alerté le chef d’arrondissement, la mairie, le procureur. Nous avons envoyé des photos et la voirie était venue », nous a-t-il confié, avec dépit.
L’on peut se réjouir de la beauté de la plage. Il y fait bon vivre et des chasseurs de plaisir y viennent en nombre soit pour contempler la mer en rage ou boire en compagnie d’amis ou de copines. Toutefois, les brigadiers ont besoin de l’accompagnement de la police pour la répression de la pollution intentionnelle sur la plage de Togbin.
Au Bénin en effet, l’habitude de transformer les espaces publics en dépotoir d’ordures et de matières fécales a la peau dure. Au point que le vendredi 3 novembre 2017, le Parlement a voté à l’unanimité au cours de la deuxième session ordinaire de l’année 2017, la loi n°2017-39 portant interdiction de la production, de l’importation, de l’exportation, de la commercialisation, de la détention, de la distribution et de l’utilisation des sachets en plastique non biodégradables en République du Bénin. Cette loi frappait d’amende tout citoyen jette par exemple des sachets plastiques par-dessus bord les véhicules. Il faudra donc généraliser la mesure pour inscrire véritablement le Bénin au rang de nation moderne et durable, ce qui passe par la propreté. Sans oublier de renforcer les mesures de sécurité sur les plages.
