Dans son projet de société de 58 pages, le duo de l’opposition à l’élection présidentielle du 12 avril prochain dresse un constat peu reluisant des secteurs de la culture, de l’artisanat et du tourisme. Paul Hounkpè et Rock Hounwanou proposent, en rupture, de faire du Bénin, à l’horizon 2033, un « pays à culture plus attractive et rayonnante favorable à l’émergence d’une identité au service du développement. »
Paul Hounkpè et son colistier affichent d’entrée leur déception. La culture béninoise, « qui devrait être un appui pour le développement touristique et artisanal, a encore du mal à prendre son envol », écrit le tandem.
Dans le volet de leur projet de société consacré aux secteurs culturels (pages 27, 28 et 29), les deux candidats à la magistrature suprême promettent, une fois élus, de rompre avec ce qu’ils qualifient de « mauvaise gestion » et d’« insuffisances » structurelles.
Ils énumèrent dans le document plusieurs dysfonctionnements dans lesdits secteurs. Ils pointent du doigt « la mauvaise gestion des financements destinés à la formation, création, production et promotion culturelle », ainsi qu’une « gestion peu orthodoxe du Fonds d’aide à la culture ». Mais ce Fonds n’existe plus, en réalité, sous cette appellation; il a été revu et transformé en ”Fonds de développement des arts et de la culture”.
Le duo Hounkpè-Hounwanou note, par ailleurs, l’absence de censure des œuvres culturelles, l’inexistence de centres de formation spécialisés et l’insuffisance criante d’espaces de création.
Le tableau est aussi sombre pour le secteur artisanal. Là, les difficultés vont de la « mévente des produits artisanaux », à l’« insuffisance d’appui à la formation des artisans », en passant par le constat d’un « fort taux d’analphabétisme » qui freine la transmission des savoir-faire. Quant au tourisme, Paul Hounkpè et Rock Hounwanou identifient comme principaux handicapes, des « sites touristiques peu exploités » et l’ « insuffisance de mise en œuvre de documents de politique touristique ».
Pour un « réveil » identitaire
Les adversaires de Romuald Wadagni, candidat de la mouvance présidentielle, dans cette compétition proposent une série de mesures. Ils envisagent l’inscription de nouveaux biens sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco.
Le duo pense à la cité lacustre de Ganvié, les habitats Otammari du nord-ouest du Bénin, la route de l’esclave, les pratiques du Vodun. L’objectif est de valoriser ce qui fait l’identité singulière du Bénin pour en faire un levier touristique et diplomatique.
Au titre de la gouvernance, le duo de la Fcbe promet « instituer un audit annuel du fonds d’aide à la culture » et « améliorer le cadre institutionnel et juridique ». Ils envisagent, par ailleurs, une « relecture de la loi sur la chefferie traditionnelle » afin de sortir de l’« absence de consensus » qui paralyse ce pan essentiel de l’organisation sociale.
Le duo se préoccupe également de la formation et la création. La Fcbe parie sur la création de « centres de formation pour les artistes confirmés et les nouveaux talents détectés ». Le parti annonce aussi un partenariat systématique avec « les experts du monde culturel ». Les candidats proposent de « restaurer les activités culturelles dans les établissements scolaires », pour réancrer la culture dans le parcours éducatif dès le plus jeune âge.
Pour relancer le secteur artisanal en crise, le projet de société de la Fcbe prévoit la mise en place d’« un système d’appui aux artisans à travers l’octroi de subventions annuelles » et le développement de « mécanismes de vente des produits artisanaux ». Une réponse directe à la « mévente » diagnostiquée et qui étrangle les ateliers traditionnels.
Enfin, le duo annonce la « restauration de l’identité culturelle Amazone » et la création d’un « musée des masques ». Deux projets qui visent à incarner, dans l’espace public et muséal, la renaissance d’une fierté identitaire.
Ce projet de société traduit donc la volonté du duo de la Fcbe de « développer une économie de la culture » en reconnaissant les secteurs de la culture, de l’artisanat et du tourisme comme des piliers du développement national.
