Avec l’édition 2026, les Vodun days à Ouidah ont confirmé leur statut de méga-événement, entre logistique impressionnante et afflux massif de curieux. Parallèlement, un front des réseaux sociaux numériques où la polémique entre contempteurs et défenseurs du Vodun a fait, comme d’habitude, rage.
À l’entrée de la ville, un branding presque agressif et une logistique impressionnante. Chicane, banderoles, bus et tricycles griffés « Vodun days ». À chaque dix mètres environ, dans les deux sens de la circulation, un policier en gilet, épaulé parfois par des volontaires de l’Anpe, invite à la prudence. Dans le ciel, des hélicoptères patrouillent.
Ce déploiement, constant jusqu’à la Porte du Non-Retour, a cadré deux jours sans répit : entre promenades de ressourcement d’étrangers et afflux massif de populations venues de Porto-Novo, Abomey-Calavi, Cotonou. Sans oublier les étrangers ou afro-descendants, nombreux. Sur toutes les places d’animations, ils étaient là, des plus jeunes au plus âgés. Très enthousiasmés, munis d’appareils photos ou non, ils immortalisent par tous les moyens leur immersion, leur retour aux sources.
Pour cette édition de la maturité, des chantiers emblématiques ont achevé de transformer le paysage : la route menant à la plage entièrement pavée, la Porte du Non Retour reconstruite en grandeur nature, l’hôtel Dhawa partiellement ouvert, la majestueuse Arène, le temple des pythons en chantier. En trois éditions seulement, les Vodun days ont acquis une renommée internationale, un ancrage populaire remarquable et un impact cognitif palpable.
La présence de l’ancien président Nicéphore Soglo, grand artisan de l’institution de la seule journée chômée, fériée et payée au profit du Vodun, n’est guère passée inaperçue. Comme à ses habitudes, son jeune fils successeur dans la fonction présidentielle, Patrice Talon a rehaussé le festival par ses apparitions marquantes, simples et engagées.
Une fierté reconquise
Les principaux points de ralliement, d’animations – la place Maro jouxtant une mosquée, la forêt sacrée de Kpassè, le couvent Sakpata, l’indétrônable place de la Porte du Non-Retour – ont drainé une marée humaine. Un mélange de curieux, de fidèles et d’Afro-descendants en quête de racines, tous baignant dans une même explosion de fierté.
« C’est la deuxième fois que je participe à ce festival culturel et spirituel incroyable. J’ai vécu trois jours savoureux et intenses ! Une expérience humaine unique! J’ai hâte de revenir », témoigne Edith Brou, productrice de contenu ivoirienne.
Ses publications sur Facebook ont cumulé des milliers de réactions, d’admiration comme d’improbation. Ces réactions mixtes illustrent la controverse que suscite encore le Vodun, souvent assimilé à tort à la maléficence ou au diable. Des images que beaucoup tiennent mordicus pour vraies. Les Vodun days à Ouidah gardent ainsi toute leur pertinence : déconstruire, réhabiliter, transmettre. Justement chez ce ressortissant français, le masque est déjà tombé.
« Chez nous on a plutôt l’idée de la poupée noire et de la sorcellerie. On s’est rendu compte en fait que ce n’est rien de tout ça. C’était une belle découverte », confie-t-il à Zoa.
Le contre-feu numérique : « Être chrétien, ce n’est pas… »
Face au vent de messages hostiles à chaque édition, une armée d’Africains conscients, parfois d’extraction chrétienne ou islamique, prend désormais promptement la défense du Vodun. Ils assument fièrement leur droit à une identité culturelle. « À mon retour, que le chargé paroissial vienne m’arracher la soutenance ! », a déclaré sur TikTok une chrétienne céleste, outrée par le débat sur la participation des chrétiens aux Vodun days.
L’internaute Kh Précieux Hounty, dont l’image de la Vierge Marie fait office de profil, a livré une anaphore engageante sur Meta :
« Être chrétien, ce n’est pas qualifier le vodun de diabolique. Être chrétien, ce n’est pas voir le vodun comme l’incarnation du mal. (…) Être chrétien, c’est savoir que le vodun fait partie du patrimoine culturel béninois.
Chrys Amègan, enseignant de français béninois, s’inscrit dans le même registre. Pour lui, la campagne de diabolisation à chaque édition est lassante. Il évoque la tolérance du Vodunsi, qui chaque année respecte les rendez-vous spirituels de ceux qui « font des croisades dans tout le pays au nom de leur Dieu, sans qu’aucun fidèle de Vodun ne les calomnie, n’invoque la colère de Sakpata, de Heviosso ou de Gou sur eux. »
La voix des contempteurs et des sceptiques, bien réelle sur les réseaux sociaux numériques s’est cette année encore noyée dans le bourdonnement joyeux des Vodun days 2026 à Ouidah et dans ce plaidoyer numérique pour une identité complexe et assumée. Le succès des Vodun days 2026 a dépassé les attentes au point d’éclipser les élections couplées législatives et communales du dimanche 11 janvier.
