La presse nationale et internationale a discuté, jeudi 18 décembre avec le président Patrice Talon sur la mutinerie du 7 décembre et la nouvelle constitution du Bénin. Votre journal ”Bénin Intelligent”, dont le directeur de publication a participé à la conférence de presse, vous en propose la transcription des trente premières minutes.
Protocole : Monsieur le président de la République, la presse nationale et internationale brûle d’envie de vous rencontrer depuis plusieurs semaines et pour faire suite à cette demande, vous avez bien voulu vous prêter aux questions des journalistes qui ont préféré commencer par l’actualité du 7 décembre et aborder ensuite celle du 14 novembre. Merci.
Patrice Talon : A nouveau, bonjour et merci pour votre présence.
Je suis heureux de vous retrouver, surtout après la frayeur que nous avons tous eue il y a quelques jours. Vous savez, Dieu aime le Bénin et nous n’allons jamais cesser de lui rendre grâce pour ça. Alors je suis à vous, on se parle, cash.
Journaliste : Merci monsieur le Président, je suis Inès Facia, directrice de Bénin TV Junior. Les enfants m’ont remis plusieurs questions, mais dans ce lot-là, je vous pose une seule, ils veulent savoir comment vous vous sentez après le 7 décembre. C’est des enfants qui veulent savoir comment se porte le père de la nation. Aussi simple que ça.
Patrice Talon : Merci. Je vais bien, je vais très bien, même si mon moral a pris un petit coup, pas pour moi-même, mais pour le pays entier, parce que cet incident, c’est comme ça que je le qualifie, parce que pour moi, ce n’est pas véritablement une tentative de coup d’État, parce qu’il faut bien plus que ça pour soumettre un État entier.
Je suis peiné, j’ai été très malheureux, je continue de l’être pour l’image que cela donne de notre pays. Et c’est cela qui, en fait, constitue ma véritable souffrance. Pour moi-même, je vais très bien physiquement, et mon moral a pris un petit coup quand même, pour cela.
Vous savez, nous aimons tous le Bénin, malgré nos divergences, nos heurts, nos disputes. Je pense que la quasi-totalité des Béninois étaient loin de penser qu’un tel événement se produirait au Bénin. Ça nous ramène des dizaines d’années en arrière. Mais ça va, je veux espérer que tout le monde va bien également. Je dis aux enfants que je vais très bien.
Journaliste : Je voudrais en tirer, avec votre permission, la deuxième question, ils veulent savoir, à votre avis, qu’est-ce qui est important que les enfants et les jeunes du Bénin retiennent sur le Bénin aujourd’hui ? À votre avis, qu’est-ce qui est important qu’ils doivent savoir du Bénin ?
Patrice Talon : Que le Bénin est un grand pays, une grande nation, qu’ils soient fiers de leur pays, que même les plus grands pays du monde peuvent subir des épreuves. Ce n’est pas parce que nous avons connu une épreuve douloureuse, rare, que cela remet en cause la grandeur de la nation béninoise.
C’est notre capacité à réagir, à faire face à ce genre de défis, d’épreuves, qui fait de nous aussi un grand pays. Donc, qu’ils soient fiers du Bénin.
Merci, Monsieur le Président.
Journaliste : Bonjour, je suis Aboubacar Takou, quotidien Le Béninois libéré et BLTV. Monsieur le Président, le coup d’État heureusement déjoué du 7 décembre dernier est l’oeuvre d’un démembrement de la garde nationale, une instance que vous-même avez inspirée et créée. Et, à ce qu’il paraît, cette garde nationale est l’instance la plus chouchoutée de notre armée nationale. Monsieur le Président, avec le recul, n’avez-vous pas un sentiment de regret d’avoir constaté que c’est plutôt les enfants de la bonne maman qui ont été à l’origine de cette trahison à l’encontre de la République ?
Patrice Talon : Non, je n’ai pas de regret du tout. Je peux vous dire que ce n’est pas la garde nationale qui a opéré l’attaque. Non, heureusement.
Vous savez, dans toutes les communautés du monde, quels que soient les marginaux, on ne peut pas reprocher à la nation béninoise d’avoir en son sein quelques voyous, quelques crapules, quelques marginaux. On ne peut pas reprocher à la garde nationale, à l’armée toute entière, d’avoir en son sein des crapules. Ce qui aurait peut-être permis de qualifier la garde nationale d’un corps en rébellion, c’est si nous avons pu avoir tout le commandement ou une partie du commandement ou du sous-commandement ou bien une frange importante de l’unité, mais ce n’est pas le cas, heureusement.
Et ceux qui ont opéré l’attaque n’étaient pas tous, sinon, dans la grande majorité, ils ne relèvent pas de la garde nationale. Ce sont quelques soldats qui étaient en séjour dans le camp de Togbin pour des formations, pour des mises à niveau, assurées par quelques formateurs de la garde nationale. Et je peux vous confirmer que l’armée béninoise tout entière, et notamment la garde nationale, elles ont été extraordinaires.
Elles ont, dans les premières minutes, confirmé leur allégeance à l’État, à leurs autorités, et ont engagé immédiatement des hommes pour venir au secours de l’État, pour venir porter main-forte, pour mâter les voyous. Nous avons reçu un détachement de la garde nationale elle-même, qui est à Allada, et un détachement également de la caserne de Ouidah. Toutes les autres casernes ont appelé le chef d’État-major général, ont appelé le commandant de la garde républicaine, pour demander la conduite à tenir, savoir s’il fallait engager toutes les casernes vers Cotonou pour protéger les institutions, protéger le palais, la résidence du chef de l’État, ou bien si l’incident était maîtrisé.
En tout cas, toutes les casernes, tout le haut-commandement, tout le sous-commandement ont réagi dans les minutes qui ont suivi l’attaque, et moi ça m’a fait découvrir encore une fois que notre pays a franchi un palier.
Vous savez, moi je n’appelle pas ça à la limite un coup d’État ou une tentative de coup d’État. C’est une attaque. Se saisir du pouvoir d’État requiert, certes, qu’il y ait une attaque du genre, mais qu’il y ait la possibilité que les différents corps d’armes se rallient, qu’il y ait la possibilité que l’opinion publique, encore une bonne frange, se rallie, que les institutions ou les principaux acteurs politiques se soumettent ou se rallient ou fassent allégeance. Mais nous n’avons observé rien de tout cela.
Aucune caserne, aucun membre du haut-commandement, du sous-commandement, ils ont tous appelé, et je peux vous le dire, et je voudrais que vous en soyez fiers, ils ont tous appelé et les voyous ont eu l’outrecuidance d’appeler certains pour demander leur ralliement. Ils nous ont tout de suite informés de ces appels-là et ont exprimé leur attachement, leur loyauté à la République.
Donc ce n’est pas la Garde nationale, ce n’est même pas un démembrement de la Garde nationale, ce n’est pas un commandement de la Garde nationale, ni même un sous-commandement de la Garde nationale. Je crois que nous devons garder notre fierté à l’égard de la Garde nationale, et le 1er août prochain, je serai parmi vous, dans le public ou une partie de la tribune, j’aurai le bonheur, le plaisir, l’honneur de me lever et de les applaudir, parce qu’ils ont été extraordinaires. N’eût été ma volonté de limiter les dégâts, quand ils ont fui de la télévision et se sont retranchés dans la caserne, la caserne aurait été bombardée.
Les renforts qui sont venus d’Allada, de la Garde nationale, et de Ouidah, étaient en position de bombarder leur camp de retrait, c’est-à-dire Togbin. Vous avez imaginé ce que ça aurait engendré comme dégâts humains, aussi bien dans la caserne que hors de la caserne, parce qu’il y a eu beaucoup de jeunes soldats en formation qui n’étaient pas avec eux, mais qu’ils ont embarqué.
Vous avez dû le constater dans la vidéo qui a circulé à l’occasion de leur prise éphémère de la télévision. Ils disaient, je crois, « il n’est pas avec nous, mais suis-le, suis-le », c’était même ridicule. Une bonne partie des enfants, des jeunes qu’ils ont embarqué, ils ne savent même pas pourquoi. Vous savez, dans l’armée, quand un chef vous dit, venez, il y a une opération, vous suivez. Par discipline. Donc ils ont embarqué les enfants, les garçons, qui sont venus découvrir sur le site de quoi il s’agissait. Et beaucoup, d’ailleurs, leur ont échappé pour ne pas être mêlés à cette forfaiture.
Alors mes très chers, notez que l’armée béninoise et la garde nationale ont joué leur rôle, et je continue de les garder, je continue d’être fier à leur égard.
Journaliste : Monsieur le Président de la République, je suis Paul Danongbe du Média en ligne Africaho. Aujourd’hui, dites-nous, quelles sont les mesures qui ont été prises pour que les Béninois n’assistent plus à ces événements, à ces tristes événements ? J’ai presque envie de dire que vous êtes le plus chanceux dans la sous-région. Quel est le secret du Président Patrice Talon ?
Patrice Talon : Ben non, je n’ai pas de secret. C’est la nation entière qui, comme je viens de le dire, n’est plus à ce stade du tout. Le Bénin, j’aime bien le dire, c’est peut-être un peu prétentieux, mais le Bénin est déjà un autre pays dans l’autre sous-région. Et certes, il y a eu des failles, c’est vrai. Je manquerais de sincérité si je ne vous l’avoue pas. Nous étions peut-être un peu dans un excès d’assurance et de constat de la paix, de la tranquillité d’un pays dans lequel tout le monde, malgré nos difficultés, nos peines, nos heures, nos divergences, nos tensions, on pensait que le Bénin était loin d’être sujet à une telle chose.
Vous savez, si on prend les grands pays dans lesquels ce genre de choses ne sont plus avisageables, les pays d’Europe, développés, les États-Unis, le Canada et consort, ce n’est pas une telle idée qui manquerait à certains de les ressortissants. Il y a bien des gens qui se saisissent d’armes de guerre pour aller braquer une banque, pour aller braquer une bijouterie, mais il ne reviendrait à personne dans ces pays d’aller braquer l’Élysée ou bien la Maison-Blanche. Je suis certain qu’il y a plein de gens qui, le lendemain matin, ont peut-être envie de devenir président des États-Unis ou président de la France par la force.
Ça, on ne peut pas dire qu’aucun Français, aucun Américain, aucun Canadien, aucun Allemand n’est capable d’avoir une telle idée folle. Tous les hommes, ils ne sont pas identiques, quel que soit le temps, quelle que soit l’époque, quel que soit le lieu, il y a toujours quelques marginaux.
Autant, on peut prendre des armes pour aller braquer dans ces grands pays, une banque, une bijouterie, autant, même si l’envie existe, personne ne ferait d’aller braquer, comme je viens de le dire, l’Élysée ou bien la Maison-Blanche. Pourquoi ? Parce que si quelqu’un le fait, il est certain – 100 % certain – que cela ne va pas prospérer, qu’aucun corps d’armes ne suivrait, aucun commandement ne suivrait, le peuple ne suivrait pas, aucune institution ne suivrait.
Donc, il ne pourra jamais jouir du pouvoir, jamais. Ça peut durer une heure, deux minutes, une semaine, même un mois, s’il s’est saisi d’armes très lourdes pour empêcher les autres corps de venir le saisir, mais jamais celui qui penserait quelque-chose du genre qu’il ferait jouirait du pouvoir.
Dans certains pays qui ne sont pas à ce stade, si vous le faites, vous avez peut-être une chance sur 10, sur 20, sur 1 000 d’en jouir. Il peut y avoir une partie de l’armée qui peut se rallier, une partie de l’opinion peut se rallier, des acteurs politiques peuvent se rallier. Alors, quand la communauté, une nation est encore à cette étape-là, ce genre d’événement peut arriver.
Mais une communauté, une nation dans laquelle, tout ce que je viens de citer, les institutions, l’armée et consorts, jamais ne se rallient à une telle aventure, dans cette communauté, il n’y aura jamais de coup d’État militaire ou par la force. Jamais.
Il faut souhaiter que notre pays, qui vient de démontrer qu’il est un grand pays, reste sur ce palier et que notre évolution, notre émancipation, notre compréhension du monde, de la vie, des règles et consorts, n’amène plus jamais aucune frange de notre société significative que ce soit le peuple, que ce soit les institutions, que ce soit les armées, que personne ne puisse jamais adhérer, faire l’allégeance ou approuver une telle chose. Et c’est pour ça que ceux qui ont eu le courage ou l’outrecuidance, ou je ne sais pas comment je vais l’appeler, se réjouissent de ça. Comme je viens de le dire, les marginaux ne manquent pas, nulle part au monde.
Il y en a aussi au Bénin. Il y en a même parmi la classe politique. Parmi vous, il y en a. Ceux qui se sont réjouis de cela, ils sont condamnables. On ne peut pas applaudir publiquement un crime. On ne peut pas se réjouir publiquement d’un crime. Mais je pense que plus le temps passera, et plus ce genre de marginaux seront en nombre infime pour que la nation dans sa globalité soit effectivement une très grande nation.
C’est pour dire que c’est au Bénin qu’il faut apporter le salut de ce qui s’est passé, c’est-à-dire que la tentative n’ait pas prospéré. Moi, je n’ai pas de secret particulier. Je suis chef d’équipe pour un temps, ça se fait bientôt. Et nos actions ne portent que parce que les Béninois adhèrent à ce que nous faisons, malgré les divergences qu’on peut observer ici et là.
Nous ne pourrons pas dire qu’aucun Béninois n’aura plus jamais une telle idée. Mais il ne faudrait pas que l’idée puisse prospérer à ce point. Même si très vite, nous avons eu le dessus. Ils ont été chassés de la maison, vaillamment. Même moi-même, je n’ai pas eu peur d’être avec la garde républicaine, parce que je savais très bien que jamais ça prospèrerait, que nous ferons face. Ils sont allés à la radio, on les a poursuivis. Ils ont été délogés très vite de la radio, mais il y a eu un temps qui s’est écoulé entre le moment où ils ont été délogés et le moment où le ministre de l’Intérieur est venu s’exprimer.
C’était un week-end, il fallait qu’ils vienne de Calavi. C’était la personne la plus indiquée. Mais ceux qui sont allés à la Srtb ont bien vu qu’il n’y avait même pas eu de résistance. On les a poursuivis, ils sont partis très vite. Ce sont des voyous, de petits terroristes, qui ont été manipulés et encouragés par quelques acteurs marginaux politiques du Bénin et quelques personnes étrangères que je me garderai d’évoquer ici, parce que la justice s’est déjà saisie de cette affaire-là. Ce sont de petits voyous, des barlotins, je ne sais même pas comment il faut les qualifier, insensés, qui ont été encouragés, manipulés par des nostalgiques et par des jaloux.
Journaliste : Je suis Emmanuelle Sodji, correspondante de France 24 au Bénin. Ma question est la suivante : quelle est votre véritable lecture politique de cette tentative de coup de force ? Et puis, est-ce que vous craignez que cette nouvelle tentative se produise, sachant que les principaux responsables sont encore en fuite ? Merci.
Patrice Talon : Ma lecture politique de ce qui s’est passé, je n’en ai aucune. Je fais une lecture sociologique de ce qui s’est passé et non politique. Pour moi, cela n’a pas été engendré par une crise politique, cela ne pouvait pas déboucher sur une remise en cause de notre orientation politique, non. Donc, je ne tire aucune conséquence politique de cela. Le Bénin lui-même est garant de notre sécurité, de ce que personne ne peut plus s’emparer du pouvoir par la force. Ce sont ces choses-là qui sont essentiellement les garants de notre stabilité. Donc, s’il n’y a pas d’assurance que la prise du pouvoir d’État par la force de cette manière ne peut se prospérer, je pense que c’est ce qui ne se reproduira plus jamais. Nous venons de donner un exemple aux marginaux.
Donc, pour moi, madame, cela ne se reproduira plus jamais, juste parce que les uns et les autres ont pu constater que le Bénin n’est plus à ce stade. Toutefois, comme je viens de vous le dire tout à l’heure, les mesures appropriées pour ne pas perturber la quiétude des Béninois seront prises pour que les intentions du genre ne puissent jamais s’exprimer, que cela reste dans la tête des marginaux et qu’ils ne passent jamais à l’acte, ou même s’ils le tentent, à la seconde d’après, que cela ne puisse prospérer.
Journaliste : Gérard Agognon, je suis du journal L’événement précis. Le parlement de la Cedeao a pris une résolution condamnant l’attaque et faisant des recommandations tendant à engager un dialogue. Comment vous avez accueilli cela, monsieur le président ?
Patrice Talon : Très bien, la Cedeao est dans son rôle. C’est appréciable que ce genre d’attaque soit condamné. Il est également du rôle de la Cedeao d’appeler à la concorde, à la discussion, à la paix dans tous les pays, où quelque chose paraît remettre en cause l’ordre constitutionnel, donc politique. Donc, il est évident que la communauté internationale invite le Bénin, invite le président de la République, les acteurs politiques, à ne jamais emprunter cette voie pour régler un problème qui pourrait être politique, qui pourrait l’être. Donc, c’est évident que la Cedeao nous demande, aux besoins, d’engager des dialogues pour que ce ne soit jamais par les armes que nous réglions nos différends.
Ceux qui ont peut-être encouragé ces enfants, ces garçons à faire une telle chose et qui ont peut-être des raisons politiques, sont également concernés par ce genre de messages. Vous avez beau avoir des divergences avec le pouvoir en place, l’État ou l’autorité en charge, à l’instant, vous ne pouvez pas faire, encourager, inciter les gens à aller s’attaquer à l’État. Donc, c’est un message d’ordre général que je prends avec honneur et humilité. Merci.
Journaliste : Bonjour, Monsieur le Président, je suis Joël Tchogbe de Peace FM. Alors, ma question, c’est de savoir, est-ce que vous pensez que les dysfonctionnements ou les défis de gouvernance peuvent faire le lit à des intentions malveillantes, des tentatives de putsch, et ensuite, quelle est la mission de l’armée étrangère qui a été sollicitée pour venir en renfort à l’armée brunoise ? Merci.
Patrice Talon : Aucune œuvre humaine n’est parfaite, donc ce que vous qualifiez peut-être de dysfonctionnement de l’action publique, c’est vous qui le dites, je ne sais pas si le mot est approprié. Il n’y a rien, aucune action, nulle part au monde, ne soit capable de faire de l’unanimité, aucune action humaine. Même le Créateur ne fait pas l’unanimité, à plus forte raison, les hommes et l’action humaine.
Donc, ce qui a pu, dans le courant de l’action publique, dans le mandat ou les mandats qui se sont écoulés, ne pas plaire à certains ou aux autres, ont pu pointer même parfois à préjudice, à tort ou à raison, à certains, peut-être de nature à ce qu’il soit souhaité que le président, le chef d’équipe décède, pourquoi pas ? On peut dire oh là là, si une mort emporte celui-là, mes peines seraient finies. C’est pareil, vous savez, quelqu’un qui pense que la rigueur de l’État, la rigueur des institutions est imprimée par le chef et qui lutte de manière implacable contre la corruption. Et si quelqu’un vit de la corruption, il peut souhaiter que tout cela s’arrête par la disparition du chef. C’est humain, c’est humain.
Donc, pour moi, ce qui a pu se passer, même si des acteurs politiques que j’ai qualifié de marginaux ont pu encourager les enfants, les garçons à le faire, je ne considère pas que cela est lié à une dérive de l’action publique de l’État, dérive de l’autorité en charge de notre destin commun pendant l’instant actuel, que cela soit lié à un dysfonctionnement. Je ne sais pas ce qui serait ce dysfonctionnement-là, donc je ne fais pas cette lecture comme je viens de le dire.
Alors, pour ce qui est de l’intervention de l’armée de l’air du Nigéria, c’est un peu vers midi qu’après avoir analysé la situation, en discussion avec les responsables militaires, le patron de la garde républicaine, le chef d’état majeur général qui était en France, qui a dirigé les opérations de loin et qui s’apprêtait à prendre le vol et venir à Cotonou, c’est après avoir échangé avec eux que nous avons décidé de faire appel à un pays susceptible de nous aider à faire une frappe chirurgicale, parce qu’ils se sont retranchés à Togbin avec des armes lourdes, avec des blindés.
On avait neutralisé un des blindés devant la télévision nationale, mais ils se sont retournés dans la caserne avec des blindés. Vous savez, dos au mur, ils peuvent encore faire des bêtises, c’est-à-dire commencer dans la caserne à tirer, à faire n’importe quoi, en sachant que la cause était perdue.
Nous avions nous aussi positionné des blindés non loin du camp pour les convaincre, résoudre, à déposer les armes. On ne peut pas être certain que des gens qui ont fait une telle folie soient, quelques minutes après, capables de raison, de dire bon, laisse tomber. Il se pourrait qu’il y ait des échanges qui feraient beaucoup de dégâts dans le quartier de Togbin, la base est au cœur de Togbin.
Je ne peux pas être président de la République, parce que j’ai été éprouvé il y a quelques minutes, que je vais dire, peu importe les dégâts que ça va occasionner, peu importe les vies humaines qui pourraient être perdues… Nous avons dit, il ne faut surtout pas que les affrontements entre l’armée et ces voyous engendrent beaucoup de dégâts en vies humaines. Nous avions déjà perdu deux personnes : à cette heure là, je savais déjà que l’épouse du Général Bada était déjà décédée, je le savais déjà. Je savais déjà qu’on vient de perdre un soldat de la garde républicaine. Je venais de voir un deuxième qui a reçu une balle qui lui a brisé complètement le bras. Nous étions déjà en train de perdre trois personnes. Est-ce ces bandits, ces voyous, il faut les bombarder, les tuer ? Nous avons aboli la peine de mort au Bénin. (…)
Transcription: Sêmèvo Bonaventure AGBON
