Le mot ”tirailleurs” devient si familier qu’on s’intéresse peu ou plus à son sens. En réalité, ce nom dégradant et injuste renvoie aux milliers d’Africains ayant combattu dans l’armée française pour sauver l’Occident du nazisme. Nous sommes à la seconde guerre mondiale.
Le nazisme étant une puissante idéologie politique bâtie en Allemagne après la Première guerre mondiale et qui prône entre autres, le culte du chef (entendez Adolph Hitler), l’inégalité raciale avec la supériorité de la «race aryenne». Ce qui a conduit à l’antisémitisme.
L’Allemagne envahit alors plusieurs pays occidentaux : les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la France. L’armée allemande est ainsi entrée dans Paris, la capitale, le 14 juin 1940. Elle y organise même, le 18 juin, un défilé triomphal sur les Champs-Élysées.
”Tirent ailleurs”
Après les champs de bataille, les soldats africains fait prisonniers devraient être rapatriés. Le racisme et la condescendance aidant, la France n’a pas voulu reconnaître la contribution de ceux-ci à leur juste valeur. Elle va leur attribuer le sobriquet de
«tirailleurs», c’est-à-dire des « tireurs maladroits », donc qui « tirent ailleurs » : d’où l’appellation « tirailleurs » ! Sobriquet malicieusement fabriqué et collé afin que l’Afrique ne revendique pas sa place sur le banc des victorieux, d’où son absence au Conseil de Sécurité avec un droit de véto.»
Bassolma Bazié, ministre d’État représentant du Burkina Faso à la célébration du 80e anniversaire du massacre de Thiaroye
Or, tous les témoignages de l’époque et des documents historiques attestent de la vaillance de ceux-ci même là où le militaire blanc fuyait. Vous avez certainement déjà entendu des histoires où nos grands parents intrépides voire invincibles devant des balles, avançaient jusqu’à décapiter l’ennemi.
Le qualificatif «sénégalais» ne signifie pas qu’ils étaient uniquement originaires du pays de Cheikh Anta Diop. Les tirailleurs sénégalais venaient de partout de l’ex Afrique occidentale française (AOF) : Dahomey (aujourd’hui Bénin), Mali, Burkina, Niger, Côte d’Ivoire, Sénégal, etc.
Ramenés au Sénégal après leur démobilisation, ils ont protesté contre les mauvais traitements subis et ont surtout réclamés leurs soldes et pensions promises. En reconnaissance, la France a actionné des chars et mitrailleuses : d’où le «massacre de Thiaroye», du nom d’un camp militaire près de Dakar, le 1er décembre 1944.
Pour minimiser l’ampleur de la barbarie, la France n’a reconnu officiellement que 35 morts, alors des documents de foi et plusieurs historiens jurent qu’ils étaient plus d’un millier.
Beaucoup de ces combattants, leurs descendants ont donc vécu dans le dénouement total. Le représentant du président du Burkina Faso lors du 80e anniversaire de ce massacre exige une restauration de leur vrai statut :
«Nos parents et nos grands-parents n’ont jamais « tirer ailleurs », sinon, il n’y aurait pas eu de victoire en 1945 : ils ne sont donc pas des « Tirailleurs sénégalais » mais des « libérateurs africains ». Nous avons l’impérieux devoir de nous libérer du complexe d’infériorité, et de nous assumer en tout temps et en tout lieu dans l’engagement, la détermination, l’esprit de sacrifice, la solidarité et l’exemplarité !»
Et vous, pensez-vous qu’il faut cesser d’appeler nos grands parents des tirailleurs ?
