L’Argile, le premier long métrage du réalisateur béninois Arcade Assogba, a été projeté en avant-première mercredi 19 juillet au centre culturel Artisttik Africa à Cotonou, marquant l’aboutissement de 10 ans de labeur.
Par Sêdaminou Béni AGBAYAHOUN
Seuls la voix des acteurs et le fond sonore amplifiés par les baffles venaient rompre le calme. Dans le public tout ouï, en dépit des mouvements de quelques retardataires, la concentration est absolue. Sur l’écran qui polarise toutes les attentions, des visages globalement connus, des géants de l’art et du cinéma béninois défilent. Akala Akambi dans le rôle du chef de village et père de Ludivine – la fée de L’Argile convoitée par tous ; Eliane Chagas dans le rôle de la mère de Ludivine, Nathalie Hounvo Yekpe – la jeune mère Ludivine d’une vingtaine d’années qui s’est éprise d’amour pour son cousin-Germain John avec qui elle entretient une relation incestueuse. On reconnait également Marcel Padey, celui qui est connu comme artiste-chanteur et poète apparaît dans la peau du « philosophe émérite ancien » ou le soupirant malheureux et père de l’enfant de Ludivine.
La liste des acteurs s’élargit également au jeune Michel Tonou dans le rôle du terrible Djo Dassin, frère de Ludivine. Présence tout aussi remarquable, l’illustre professeur de lettres, feu Roger Gbégnonvi, que beaucoup découvrent pour la première fois dans un rôle d’acteur.
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Arcade Assogba a dû mettre les petits plats dans les grands pour du haut de sa jeune expérience de réalisateur de courts métrages, arriver à réunir tous ces grands noms du cinéma béninois dans ce projet qui est son premier essai dans l’univers des longs métrages.
Que dire alors du protagoniste qui a su faire parler de lui aussi bien sur la scène qu’en dehors, Jean Odoutan – dans le rôle de John, le fils du pays, revenu de la France pour participer au développement de son village, son pays et son continent, à travers l’organisation d’un festival annuel de film dénommé ‘’Quintessence’’. Lui qui a fait confiance au jeune réalisateur en lui confiant non pas un, mais trois de ses scénarios qui ont donné naissance à L’Argile. Il n’aura pas hésité à injecter même ses ressources financières pour voir prospérer ce projet dont il est le producteur.
La résurrection
Le tournage de L’Argile a démarré le 1er mai 2014 et c’était parti pour trois semaines de tournage. « C’est naïf de notre part de croire qu’on peut faire un long métrage avec rigueur pendant trois semaines et j’ai fêté mon anniversaire sur ce plateau et mon anniversaire c’est le 3 juillet et ça a continué…», a confessé Nathalie Hounvo Yekpe à la fin de la projection.
De trois semaines, le tournage a finalement pris cinq mois à l’équipe. Cinq mois au cours desquels, Claude Balogoun, acteur-réalisateur, producteur et promoteur de Gangan Productions a mis son matériel de production à la disposition de l’équipe. Un soutien de taille salué par le réalisateur Arcade Assogba. Il a également salué l’implication personnelle et surtout financière de Nathalie Hounvo Yekpe, Ousmane Alédji (promoteur d’Artisttik Africa) et d’autres mécènes qui ont cru à l’ambition derrière L’Argile.
Les porteurs du projet ont avoué être conscients de certains ratés dans la production, notamment du côté du son. Des ratés qu’ils justifient en partie au regard de l’âge de la production. « C’est pourquoi nous devons être continuellement à la tâche, à la recherche du meilleur », observe Akala Akambi. Mais le comédien et spécialiste des métiers de la voix, Kombert Quenum n’est pas de cet avis.
« Ce film n’a pas de problème de son » a-t-il objecté catégoriquement. Il estime que le problème vient du « canal de diffusion ». « Pourquoi voudrait-on que tous les sons soient égalisés sur un film », se demande-t-il d’ailleurs. « Dans la vie, on entend des choses basses, on entend des choses hautes du point de vue du son », soutient l’expert qui a posé sa voix sur plusieurs documentaires. Il a par ailleurs salué le jeu des acteurs qui ont su porter ce texte plutôt poétique « qui n’est pas aussi simple à porter ».
Arcade Assogba n’a qu’un vœu qui lui est cher concernant le film, L’Argile ; « c’est que le film soit vu, qu’il soit vu partout ». Et il peut compter sur le soutien réaffirmé des amoureux de la chose artistique et culturelle dont le député Sêdozan Jean-Claude Apithy, venus assister à cette projection. L’équipe a promis des efforts de correction avant la sortie de la version finale de L’Argile.
L’Argile, en bref
L’histoire dans L’Argile se déroule dans une zone névralgique, la ville historique et touristique de Ouidah. L’Argile, se veut donc un tableau qui évoque les réalités africaines et béninoises, mettant en évidence le contraste entre tradition et modernité, entre valeurs endogènes et cultures étrangères.

L’Argile, peut bien être vue comme le « cahier d’un retour au pays natal » de John. A Ouidah, sa ville natale il peine à digérer de ne pouvoir s’entourer de ses enfants dont la compagne française Franciska restée à Paris a obtenu la garde. Il noie son chagrin dans le sport de « façon démentielle » et s’attèle surtout à l’organisation du festival annuel de film qu’il a initié depuis treize ans. Le dynamisme qu’il déploie dans la tenue de cet événement séduit le chef quartier, un sexagénaire dont il convoite la fille cadette, Ludivine. Au fil des 1h20 min, celle-ci capte surtout l’attention à travers le soin religieux qu’elle voue à la « statuette » représentative de sa sœur jumelle décédée.
John réussit à tisser une idylle avec elle. Ludivine qui était déjà enceinte du « philosophe émérite ancien », Marcel Padey accouche d’un garçon dont le promoteur de ‘’Quintessence’’ prend soins sans faille. Seulement, en pleine célébration du premier anniversaire du garçon Jonathan, un autre homme appelé Diplodocus (Claude Balogoun) ravit la matérialiste Ludivine à John. Leur idylle cède alors à la haine.
‘’Quintessence’’, le festival de film de Ouidah a, des années durant, célébré le cinéma au Bénin et même au-delà des frontières béninoises. En le célébrant, L’Argile insiste sur la situation socioéconomique morose, la beauté du paysage et les richesses culturelle et cultuelle du pays.
« Un film qui a une grande profondeur ! », apprécie justement Syl Pâris Kouton, artiste plasticien et peintre, venu de Porto-Novo pour « soutenir ce film ». Car pense-t-il, « c’est important qu’en tant que Béninois et Africain, nous venions soutenir nos artistes ». Le jeu d’acteurs et la portée du film bien que fiction, estime-t-il, « frise le documentaire ».
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