63 ans après son indépendance (3 août 1960) vis-à-vis de la France, le Niger change d’hymne national. Jeudi, l’Assemblée nationale a adopté un nouveau texte intitulé “L’honneur de la patrie” en remplacement de “La Nigérienne”
Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
Le nouvel hymne national fait «référence aux luttes anticoloniales et à la résistance contre les groupes djihadistes qui endeuillent le pays depuis 2015», explique à l’AFP un parlementaire.
Ce n’est pas seulement un hymne national qui change, c’est aussi et surtout un compositeur qui change. Désormais l’hymne du Niger est l’oeuvre d’un groupe d’experts. L’ancien a été écrit par Maurice Albert Thiriet et composé par Robert Jacquet, Nicolas Abel et François Frionnet. À retenir que Maurice Charles Thiriet est un compositeur français.
Le poids de sa nationalité l’a donc certainement empêché de traduire en toute impartialité les aspirations et la conception des Nigériens eux-mêmes de l’indépendance. D’une part “La Nigérienne” sonnait trop “La Marseillaise”, titre de l’hymne national français. D’autre part, elle est critiquée comme véhiculant «un certain nombre de messages faisant ressortir toujours un rapport de dépendance, de subordination, d’inféodalité [vis-à-vis de la France] et de racisme», souligne l’Agence nigérienne de presse (Anp).
Les passages illustratifs sont les 3ème, 4ème et 5ème vers de la première strophe : «Soyons fiers et reconnaissants / de notre liberté nouvelle »/ «évitons les vaines querelles». Aussi, le refus de reconnaissance de l’identité culturelle de l’autre traduit au 8ème vers de la 1ère strophe «de notre race sans tutelle», justifie-t-il également le projet de rédaction d’un nouvel hymne national, un des attributs distinctifs d’un État souverain.
Le nouveau texte magnifie, par contre, “la vaillance et la persévérance et toutes les vertus” des “dignes aïeux, guerriers intrépides déterminés et fiers”. Il incite les citoyens à défendre «la patrie au prix de notre sang», décrypte Africanews.
La réécriture a démarré en 2019. Le gouvernement avait alors mis en place une comité dont les membres sont de divers profils : auteurs-compositeurs, écrivains, militaires et musiciens. Mission accompli pour ceux-là qui étaient chargés d’apporter des “correctifs” ou “trouver un nouvel hymne qui réponde au contexte actuel du Niger”, souligne Africanews.
À l’issue de l’adoption, le ministre de la culture a salué «le sens de responsabilité et du patriotisme qui anime…» les députés. Ils ont doté, selon lui, le Niger « d’un instrument juridique majeur», rapporte l’Anp.
Avant le Niger, l’Algérie a connu aussi des critiques liées à son hymne national. Le président Abdelmadjid Tebboune a lui rétabli par décret la version longue du “Qassaman” (Nous jurons) dont une strophe est particulièrement hostile à la France :
«Oh, France ! Le temps des palabres est révolu. Nous l’avons clos comme on ferme un livre. Oh, France ! Voici venu le jour où il te faut rendre des comptes. Prépare-toi ! Voici notre réponse. Le verdict, notre révolution le rendra. Car nous avons décidé que l’Algérie vivra. Soyez-en témoin !»
L’honneur de la patrie (paroles)
Des rives du Niger aux confins du Ténéré
Frères et sœurs nous sommes
Enfants d’une même Patrie le Niger
Nourris de la sève des mêmes idéaux
Pour un Niger de paix libre fort et uni
Pour un Niger prospère le Pays de nos rêves
Pour l’honneur de la Patrie
Incarnons l’honneur de la Patrie
Et toutes les vertus de nos signes aïeux
Guerriers intrépides déterminés et fiers
Défendons la patrie au prix de notre sang
Faisons du Niger symbole de dignité
Emblème et flambeau de l’Afrique qui avance
Pour ces nobles idéaux debout en avant
En avant pour le travail en avant pour le combat
Nous demeurons debout
Portant haut le drapeau de notre cher Pays
Dans le ciel d’Afrique et dans tout l’Univers
Pour construire ensemble
Un monde de justice de paix et de progrès
Et pour faire du Niger la fierté de l’Afrique.
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