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Formation Afrobarometer à Abidjan : Analyser les données, donner écho à la voix du public

Par flat
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Le réseau panafricain Afrobarometer a réuni à Abidjan du 12 au 15 juin dix-huit journalistes africains de neuf pays*. Venus aussi bien du Maghreb que de l’Afrique de l’ouest et du centre, ils ont été outillés sur l’analyse des données.

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Didier Assoumou avait la phobie des chiffres, des graphiques. Au démarrage de la formation, la grande attente qu’il exprime était de parvenir à s’en défaire. Le dernier jour, le rédacteur en chef de Linfodrome, un média digital ivoirien, réalise son rêve. Lors d’un exercice de groupe mercredi, il est heureux de pouvoir convertir en graphique un sondage de sa plateforme auprès des lecteurs portant sur la radiation de Laurent Gbagbo de la liste électorale.

Les données (statistiques) offrent de précieuses informations. Il est attendu des journalistes qu’ils les incorporent plus souvent désormais dans leurs productions. « Les informations, …c’est encore meilleur quand c’est vrai. Et ce sont les chiffres et les données qui lui confèrent cette véracité, cette crédibilité », observe Raïnatou Tamboura, journaliste burkinabè. Mais comme Lys Gnimtou Djamie de la Télévision Togolaise (TvT), les professionnel.les des médias avouent avoir des soucis d’interprétation.

La formation a donc insisté sur les éléments importants à prendre en compte lors de l’utilisation des données (source, contexte, année, échantillon…). Entre présentations interactives et exercices pratiques, les journalistes ont été amenés à construire des « histoires » autour des graphiques et surtout à « extraire » l’information qu’ils véhiculent. Au total, « une formation beaucoup plus soutenue sur l’analyse de données et l’interprétation des graphiques, la charte de couleurs, les formats… », salue Adama Diouf Ly, de l’Agence Presse sénégalaise (Aps).

L’initiation de la formation répond à la nouvelle stratégie d’Afrobarometer. Le réseau panafricain veut compter davantage sur les médias pour donner écho aux aspirations des citoyens. «La participation active des médias dans l’utilisation des données d’Afrobarometer pour amplifier et partager les voix des citoyens Africains est au cœur du plan stratégique de notre organisation », précise dans un tweet Hassana Diallo, coordinateur des communications pour l’Afrique francophone à Afrobarometer.

Le réseau panafricain de recherche par sondage produit énormément de « données fiables sur les expériences, les évaluations et les aspirations des citoyens africains ». Ses thématiques de prédilection vont de la démocratie à la gouvernance en passant par la qualité de vie. De 1991 à ce jour, il a ainsi mené 257 enquêtes impliquant plus de 380 000 citoyens dans 42 pays africains.

En donnant ainsi la parole aux citoyens, Afrobarometer fournit « des données de haute qualité aux décideurs, aux organisations de la société civile, aux universitaires, aux médias, aux donateurs et aux investisseurs ». D’ailleurs, une seconde formation dédiée cette fois-ci à la société civile s’ouvre après celle des journalistes.

Afrobarometer dispose d’une base de données riches sur l’égalité des sexes et la violence sexiste, la Covid-19, le professionnalisme de la police, la protection de l’enfance, le mondialisme avec l’influence grandissante de la Chine en Afrique, la migration et la dette publique.

La gamme de sujets couverts laisse néanmoins les journalistes sur leur soif. La Tunisienne Afef Ben Aïcha, évoluant à l’agence « Tunis Afrique Presse », blessée d’apprendre que des confrères ont manqué la formation d’Abidjan pour défaut de visa, plaide ainsi que Afrobarometer s’intéresse à des questions qui dépassent le cercle des souverainetés nationales : intégration régionale et économique, par exemple.

La formation visait d’ailleurs à recueillir les préoccupations des professionnel.les des médias sur le travail d’Afrobarometer, reconnait Josephine Appiah-Nyamekye Sanny, responsable en charge du renforcement des capacités à Afrobarometer.

Crédibilité

Pour réaliser ses enquêtes, Afrobarometer s’appuie sur des répondants pays (partenaire national). Leur sélection, tout comme celui des pays, obéit à des critères rigoureux à même de garantir la fiabilité des données. Une partie de la rencontre a été consacrée à la découverte de la démarche méthodologique du réseau et de ses partenaires.

« Afrobarometer investigue des réalités sociale, politique et environnementale qui méritent d’être répercutées dans la presse », témoigne Sêmèvo Bonaventure Agbon, directeur de publication du quotidien Bénin Intelligent. En février 2021, rappelle-t-il, les résultats d’une étude menée auprès de 1200 Béninois sur la période du 22 novembre au 7 décembre 2020 montraient que « Les leaders religieux et traditionnels et l’armée sont les institutions les plus dignes de confiance aux yeux des Béninois, suivies par la police ». Selon les données du round 9 d’Afrobaromètre publiés vendredi 18 mars 2022, 57% des Béninois soutiennent que « La violence domestique est une affaire privée qui doit être traitée et résolue au sein de la famille » : ils sont donc opposés à l’implication de la justice, ajoute-t-il.

Pour le journaliste, les chiffres sont un outil de travail scientifique très important surtout lorsqu’ils proviennent d’une source fiable, apprécie Afef Ben Aïcha. « Ce sont des données concrètes très demandées et pourtant rares. En participant à cet atelier, personnellement j’ai pu voir à quel point Afrobarometer cherche à vérifier ses données avant de les publier et œuvre à travailler avec des partenaires locaux professionnels et indépendants », salue la Tunisienne.

La formation d’Abidjan s’achève en ouvrant la voie d’un réseautage durable avec les participants.

*Bénin, Gabon, Côte d’Ivoire, Guinée, Burkina Faso, Mali, Maroc, Togo et Tunisie

 

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