Depuis quelques jours, l’amphi Flash de l’Université d’Abomey-Calavi accueille une série de communications sur l’histoire du Danxomè dans le cadre d’un programme dénommé ‘’Du Danxomè d’alors’’. Les échanges du mardi 6 juin ont été consacrés aux panégyriques claniques des Kpodjito, reine-mères du royaume. L’exercice vise à restaurer l’honneur de ces femmes d’origines diverses et qui sont devenues mères de souverains du royaume.
Par Sêdaminou Béni AGBAYAHOUN
L’assistance composée d’enseignants-chercheurs en fonction et à la retraite, de passionnées d’histoire, d’historiens, de dignitaires et des étudiants, a eu droit à la présentation des 10 Kpodjito [mères de roi en langue nationale Fon], reine-mères qu’a connu le royaume du Danxomè avant sa fin en 1900 puis à la déclamation de leurs panégyriques claniques, exécutée par des « ahomlanto » ou « nan » [femmes qui proclament les louanges des dignitaires dans les palais].
Une manière pour les organisateurs de ces rencontres de rappeler la mémoire de ces femmes d’origines diverses qui ont eu la chance de voir leurs progénitures régner sur le royaume. « Quand on parle du Danxomè, … on parle plus de l’exploit des rois. Et … on laisse l’impression d’oublier les autres peuples » a mentionné Susuji Béhanzin, directeur de projet de l’Office du tourisme d’Abomey et région. Et de rappeler que si « le roi Houégbadja qui est le fondateur du royaume de Danxomè, a eu à prescrire comme loi qu’un fils né d’un prince et d’une princesse ne peut pas accéder au trône du Danxomè, c’est qu’il a une grande considération pour les autres peuples. Il estime que pour faire justice, il faut forcément considérer les autres ».
C’est donc pour les initiateurs de ces rencontres, une manière de s’intéresser aux familles et communautés de ces dames dont la place et l’honneur sont reconnus jusqu’à ce jour. Ceci dans l’ambition d’ « aboutir à la volonté de parler du Danxomè, Etat-Nation », a souligné Susuji Béhanzin
De Nanyé Akpatèhou (ou Adrou, mère de Dada Houégbadja, fondateur du royaume) à Nanyé Kandéyi en passant par les Nanyé Adonon, Hwandjilé, Honlifin, Agossi Evo…, le professeur Gabin Djimassè, directeur de l’Office du tourisme d’Abomey et région et communicateur principal de la séance a instruit l’assistance sur le sens et la portée des louanges que portaient autrefois ces femmes avant de devenir mère de roi. Des femmes d’origines diverses, qui des contrées voisines ou mêmes captives de guerres, devenues femmes préférées du roi, puis mère de roi.
L’histoire à la source
Les échanges ont également permis à l’assistance de constater quelques irrégularités entres les récits recueillis auprès des anciens et ceux relatés dans les livres d’histoire. En témoigne la durée du règne du roi Tégbéssou qui a eu court de 1740 à 1774, soit 34 ans au lieu de « 42 ans » comme rapporté dans ces ouvrages à partir des récits d’un ancien administrateur colonial, Jean-Baptiste Fonssagrives. « Il y a deux longs règnes dans le royaume, c’est le règne de Houégbadja et celui de Guézo, 40 ans. Plus aucun roi n’a fait autant que ces deux-là », a rectifié Gabin Djimassè, directeur de l’Office du tourisme d’Abomey et région.
L’initiative « Du Danxomè d’alors » émane de l’Office du tourisme d’Abomey et région, avec le soutien de l’ambassade de France. Elle consiste en « un style de communication grand-public pour faire bénéficier à nombre de gens l’information » sur l’histoire du Danxomè, recueillir des traditions orales – dont les panégyriques – et qui vient corriger les « erreurs » jusque-là colporter dans les livres d’histoires sur l’Afrique.
‘’Du Danxomè d’alors’’ « est un chantier de 10 ans » avec 300 thèmes à développer à travers des communications. 60 sont déjà validés pour 2023 et 2024. Dans la suite du projet, il sera question de collecter, de transcrire puis de conserver les récits « de nos ainés ». Des récits qui vont par la suite être édités en version papier puis en version numérique « pour être quelque peu dans les normes de notre époque », a martelé le directeur de projet de l’Office du tourisme d’Abomey et région.
Déconstruire pour reconstruire
Le professeur Albert Bienvenu Akoha, enseignant-chercheur à la retraite, qui a pris part activement aux débats, a rappelé la portée identitaire des panégyriques claniques qui occupent une place prépondérante dans la littérature et les récits historiques africaines. « Les panégyriques, c’est un genre laudatif. C’est pour proférer des louanges. C’est un élément essentiel du savoir être. Les panégyriques ont pour vertu de vous apprendre à avoir confiance en vous-même, l’auto admiration si on peut ainsi dire. Si tu ne te sais pas beau, tu te croiras toujours inférieur aux autres. Et c’est le rôle des panégyriques », a-t-il expliqué.
Face à la menace de la disparition de ces traditions qui constituent pourtant un héritage ancestral, le professeur apprécie les différentes initiatives – dont celle ‘’du Danxomè d’alors’’- qui ont fait l’option de « déconstruire l’histoire que nous avons reçue des colonisateurs et de leurs théories de l’historiographie pour reconstruire maintenant notre propre histoire à partir des archives orales dont les panégyriques font partie essentielle ».
A la jeune génération, Albert Bienvenu Akoha recommande : « de créer un mouvement de renaissance culturelle africaine qui mette tous ces genres littéraires en valeur pour que vous rentriez en pleine possession de votre identité culturelle pour construire ce pays qui a besoin de vous ».
