Leur moment de prédilection : au-delà de minuit. Leur endroit privilégié : les bars. Leur objectif : s’offrir les services libidineux d’une plaisante servante. Eux, ce sont les “derniers clients” de bars. Mais au nom de quel désir, au moyen de quelle détermination et au prix de quel stress, de quelles intrigues ces hommes atteignent leur objectif ? Une équipe de Bénin Intelligent est descendu dans l’univers des “derniers clients”.
Par Laurent KOKOU
La trentaine à peine fermée, Anna est la doyenne des serveuses du bar qui nous a accueilli en plein cœur de Ouidah. Togolaise de nationalité, elle a accepté collaborer avec notre équipe dans le cadre de cette enquête exclusive. Les premiers échanges avec Anna ont eu lieu dans la journée. « Rires…. Les “derniers clients”, viennent ici en pagaille. Toutes autant que nous sommes dans cette buvette, il y a au moins un dernier client chaque soir pour chacune d’entre nous. Si vous voulez les voir, faîtes un tour ici ce soir et vous serez servis. » A en croire la togolaise, ces hommes à l’affût de plaisirs nocturnes prennent généralement rendez-vous dans la journée. Au détour d’un pot qu’ils prennent en solitaire dans la journée, ils créent le contact avec la serveuse, se familiarisent avec elle, prennent son numéro de téléphone et fixent un rendez-vous pour la nuit à la sortie. La dénomination “dernier client” vient justement de la longue attente de ces hommes jusqu’à la fermeture du bar dans le but de s’offrir leur proie sexuelle.
Dernier client, une expérience stressante
Bernard est enseignant du primaire dans une école de Ouidah. Marié et père de 3 enfants, c’est un habitué des bars. À la question de savoir s’il a vécu une fois l’expérience du dernier client, il a répondu par l’affirmative. « Je ne peux le nier. À force de fréquenter certains bars, je me suis familiarisé avec des serveuses dont j’ai les contacts. Au fait, elles ne sont pas difficiles à convaincre. Le problème c’est qu’elles ne sont disponibles qu’après leur sortie, généralement au-delà de 00 heures. Si tu veux vraiment les ‘’choper’’, il faut les attendre jusqu’à la fermeture. Ce faisant, tu deviens le dernier client au propre et au figuré. » Le drame, fait remarquer Séraphin, étudiant, « C’est quand tu as laissé tous tes programmes parce que la fille t’a rassuré et que tu te retrouves en présence d’un autre homme qui attend la même fille. La jalousie, le stress et la colère montent quand la fille, au lieu de venir vers toi en guise d’assurance, va s’asseoir à une autre table. On est prêt à jouer le tout pour le tout. » Dernier client rime donc avec anxiété, vigilance et chance, admet Magloire dont l’une des expériences est très édifiante. « J’avais tout préparé le jour-là. J’ai même pris des aphrodisiaques, tellement la fille m’a rassuré. Depuis 22 h, j’étais dans le bar, faisant semblant de boire la seule bière que j’ai achetée. Je la guettais, je suivais ses mouvements. Mais à 00 heures, c’est une voiture qui est venue la chercher alors que je la suivais à distance espérant la remorquer au premier carrefour. J’ai failli pleurer. », se rappelle-t-il.
… avec prudence
Selon Anna précédemment citée, il faut être une belle serveuse de bar pour comprendre ce qu’elles endurent. Les hommes qui expriment le désir de sortir avec elle chaque nuit à la sortie sont innombrables, avoue-t-elle. « Après tout, ce sont des clients. Si on refuse de façon catégorique leurs avances et rendez-vous, c’est un client de perdu. Nous sommes donc obligées de leur faire croire que nous serons à leur disposition. Mais finalement, nous les dribblons par des subterfuges. » À la question de savoir s’il y a parfois des derniers clients chanceux ? « Bien sûr. Mais, moi je fais une sélection rigoureuse. Le comportement de la personne, son sens de responsabilité mais aussi, sa capacité financière. J’oubliais, le préservatif si nous devons aller à l’acte », répond Solange, serveuse de bar et collègue de travail de Anna.
