Home Actualité Soutenance de thèse : Angèle Noudagbe, première femme PhD en archéologie au Bénin

Soutenance de thèse : Angèle Noudagbe, première femme PhD en archéologie au Bénin

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
0 Commentaire

Angèle Noudagbe a soutenu, mardi 9 septembre dernier dans le bloc de l’École doctorale pluridisciplinaire de l’Université d’Abomey-Calavi, sa thèse de doctorat en archéologie environnementale. Son sujet : « Fondements socio-historiques et archéologiques de la foresterie ancestrale des secteurs royaux d’Allada et du Danxomè au Sud-Bénin » Elle dévoile un système sophistiqué de gestion de l’environnement végétal datant de plusieurs siècles.

Et si les solutions pour un reboisement résilient et une valorisation patrimoniale durable se trouvaient dans la sagesse de nos ancêtres ? C’est tout le postulat qui traverse la thèse de Angèle Noudagbe. Pour l’approfondir, l’impétrante a convoqué une pluralité de disciplines – archéologie, histoire orale, botanique, palynologie, foresterie, SIG – pour reconstituer l’histoire et le fonctionnement des traditions de foresterie développées dans les anciens royaumes d’Allada et du Danxomè.

Une plongée dans la mémoire des arbres de nos sociétés pré-royales et royales

Le travail d’Angèle Noudagbe n’est pas qu’une simple étude du passé. Il démontre avec brio que les sociétés pré-royales et royales d’Allada et du Danxomè avaient développé une foresterie complexe et hautement structurée. Les arbres n’étaient pas seulement des ressources ; ils étaient des marqueurs culturels, sociaux, politiques et religieux.

« Nos ancêtres ne subissaient pas leur environnement, ils le modelaient avec intelligence », affirme-t-elle. « Chaque essence – de l’hysope africaine (Newbouldia laevis) au baobab (Adansonia digitata) en passant par le faux acajou (Blighia sapida), le palmier à huile (Elaeis guineensis), l’acacia épineux (Acacia ataxacantha), le figuier (Ficus umbellata & autres) – était sélectionnée ou plantée avec une intention précise : délimiter une concession, marquer la devanture d’un palais, commémorer une naissance, renforcer une fortification ou établir un marché, matérialiser un lieu de culte. », décrit Angèle Noudagbé qui a travaillé sous la direction du professeur Didier N’Dah, Maître de Conférences des universités du CAMES.

Les fouilles archéologiques menées sur plusieurs sites d’habitats dans les deux secteurs (Dédomè, Togoudo et Abomey), ont mis au jour des preuves tangibles en lien avec les traditions de foresterie ancestrale : tessons de poterie rituelle, ossements de volaille, meules et molettes, cauris et dos de cauris, et surtout des résidus polliniques vieux de plusieurs siècles dont certains remontent même au IVè siècle av. J-C.

Des découvertes majeures pour l’avenir

L’une des contributions majeures de cette thèse en archéologie environnementale est la reconstitution, pour la première fois, de l’évolution de ces traditions forestières sur plus de 2000 ans. L’analyse palynologique des sédiments a permis d’identifier 54 taxons de plantes, dont 50 sont encore disponibles. Plus fascinante encore, la découverte de quatre espèces aujourd’hui disparues de la flore béninoise interroge sur les transformations écologiques profondes de la région.

« Cette recherche n’a pas qu’une valeur historique », souligne la désormais docteure. « Elle nous fournit une liste de 69 espèces endogènes, éprouvées par le temps, qui pourraient servir de socle à des politiques de reboisement urbain et périurbain résilientes et culturellement pertinentes. C’est un héritage précieux pour lutter contre les changements climatiques et préserver notre identité.»

Le parcours d’une pionnière

Archéologue de formation, Angèle Noudagbé cumule une riche expérience de terrain, de par sa participation à de nombreux projets archéologiques nationaux et internationaux au Bénin. Mère de famille, elle incarne aussi la réussite et la persévérance des femmes africaines dans le domaine exigeant de la recherche scientifique. Elle est devenue ainsi la première femme ayant soutenu une thèse de doctorat en archéologie en République du Bénin. Aboutissement d’un parcours personnel et académique remarquable, mais aussi une contribution significative à la connaissance du patrimoine béninois et à la recherche de modèles de développement durable inspirés du passé.

Angèle Noudagbé a fait tout son parcours universitaire en archéologie. Elle a contribué à de nombreuses missions de fouilles et publié ses travaux dans des actes de colloques et revues internationaux.

Un jury prestigieux pour une thèse d’envergure

L’importance et la rigueur des travaux de Angèle Noudagbé ont justifié la composition d’un jury d’exception, présidé par le professeur titulaire de foresterie Brice Sinsin de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). Le jury est composé d’éminents spécialistes internationaux, dont :

-Didier N’Dah (Maître de conférences d’archéologie et préhistoire, UAC) – rapporteur et directeur de thèse,
-Didier Houenoude (Professeur Titulaire d’Histoire de l’Art, Uac), examinateur
-Aristide Adomou (Professeur Titulaire de Botanique, Uac), examinateur
-Kouassi Siméon (Professeur Titulaire d’Archéologie) Université de San Pedro, Côte d’Ivoire), examinateur,
-Mme Anne Haour (Professeur Titulaire d’Archéologie et spécialiste du Patrimoine et Changement Climatique, Université d’East Anglia, Royaume-Uni), examinatrice.

LIRE AUSSI

Lire aussi

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!