Les 3 et 4 octobre, Francine Aïssi Houangni représente le Bénin au forum d’affaires FrancoTech, une initiative du président Emmanuel Macron tenue par l’Alliance des Patronats Francophones en tandem avec Business France.
Par Juste HLANNON
Défis de la femme entrepreneure, barrières commerciales, financement des start-ups à l’ère de l’Intelligence artificielle, autant de sujet mis sur le tapis au cours de ces assises qui réunissent 1500 entrepreneurs et acteurs de la société civile provenant de 88 états membres de la francophonie.
Pour la première fois depuis 1991, la France accueille cette année le Sommet de la francophonie. À cette occasion, Emmanuel Macron a souhaité organiser FrancoTech, un grand forum d’affaires qui réunit du 3 au 4 octobre à Station F à Paris 1500 participants. Selon Laurent Saint-Martin, directeur général de Business France, l’objectif est de « dynamiser le volet économique de la francophonie ».
« Autour de ce bien commun qu’est la langue française, ils auront l’opportunité d’interagir avec leurs pairs, de rencontrer clients fournisseurs et partenaires, de promouvoir leurs solutions, prendre connaissance des dernières innovations issues du monde francophone et de débattre publiquement des enjeux stratégiques » annonçait, le 21 août, Geoffroy Roux de Bézieux, président de l’Alliance des Patronats Francophones.
C’est justement au volet débat qu’a été associée Francine Aïssi Houangni, présidente directrice générale d’Afrique Destination, une entreprise officiant dans le secteur touristique depuis 30 ans en Afrique de l’Ouest et Secrétaire générale du Conseil national du patronat (Cnp- Bénin).
Comment la cinquantenaire a-t-elle pu bâtir sa carrière en dépit des aspérités intrinsèques au milieu des affaires en Afrique ? Comment saute-t-elle les barrières commerciales ? Que pense-t-elle, en outre, de l’orientation des filles vers des filières technologiques ? Autant de questions qui auront meublé la table ronde « Entreprendre au féminin » dont elle était l’une des cinq panélistes ce 3 octobre.
Équilibrer « vie professionnelle » et « vie personnelle », un défi de l’entrepreneure
À la question de savoir comment elle a pu tenir la gageure d’un équilibre entre sa « vie professionnelle » et sa « vie personnelle », Francine Aïssi Houangni a fait remarquer au cours du panel du 4 octobre à Paris le fait que l’entrepreneuriat féminin n’est pas encore totalement admis par la société africaine au regard de certaines pesanteurs et considérations culturelles.
« Notre société et nos cultures (en Afrique) n’ont pas toujours un regard tendre sur une femme qui s’engage dans les affaires surtout si cette dernière est mariée ; il faut compter avec la belle-famille, les collègues, etc. » écrivait-elle, en effet, déjà en 2022, dans Femme, affaires et Dieu.
Ainsi, même si de plus en plus de femmes prennent le risque de s’y lancer, celles-ci restent encore minoritaires. Selon les statistiques de la Banque Mondiale, jusqu’en 2016, seulement 36,7% des entreprises béninoises sont détenues par des femmes.
Et en pareil contexte, le fait que beaucoup de femmes entrepreneures peinent à pouvoir trouver l’équilibre entre « vie professionnelle » et « vie personnelle » et que bien d’entre elles se retrouvent souvent à devoir choisir entre leur « vie professionnelle », c’est-à-dire leur entreprise, et leur « vie personnelle » c’est-à-dire leur vie familiale, fait que certaines futures entrepreneures s’inquiétent par rapport à l’avenir. Comment relever alors ce défi, trouver l’équilibre en question ? « S’organiser, savoir déléguer et se donner du temps » telles sont les astuces proposées par Francine Aïssi Houangni à partir de son expérience personnelle.
Concrètement, il s’agit, pour la jeune entrepreneure, de s’organiser de sorte que chacune de ces deux dimensions de sa vie –« vie professionnelle » et « vie personnelle »– ait sa place sans que l’une n’empiète sur l’autre. Par ailleurs, « face au poids et à la pression des réunions ou voyages de travail, formations et obligations familiales, il faut apprendre à déléguer, surtout en entreprise ».
Enfin, il faut aussi se donner du temps. Du temps pour sa vie de couple et sa famille, du temps pour s’occuper de sa santé physique et mentale, du temps pour ses loisirs, « et surtout, du temps pour Dieu » insiste, celle qui, chrétienne catholique fervente, est la vice-présidente du Conseil pastoral paroissial de la Paroisse Saint-Michel de Cotonou.
Enjeux de l’orientation des filles vers les filières technologiques/techniques
Reçue dans « Eco d’ici, Eco d’ailleurs » une émission de Radio France International (RFI), Francine Aïssi Houangni s’est prononcée sur l’intérêt de l’orientation des filles vers les filières techniques/technologiques. Elle a présenté à cette occasion l’expérience béninoise impulsée par le Gouvernement du président Patrice Talon qui déploie depuis 2016 des mécanismes de promotion des filières scientifiques dont la série C où prédominent les Mathématiques et la physique et des filières techniques à travers la multiplication des lycées d’enseignement technique dans le pays, ce qui a révélé davantage l’excellence des filles dans les filières scientifiques.
« Au Bac 2024 par exemple, 6 des 10 premiers sont des filles, et elles sont toutes issues de séries scientifiques et techniques (3 en C, 2 en D et une en G2 » a évoqué avec fierté Francine Aïssi Houangni sur les antennes de Rfi. De même, elle a présenté les nombreuses formations universitaires proposées dans le pays par les universités publiques et privées et qui enregistrent de nombreuses inscriptions de jeunes filles.
Elle a pu évoquer alors l’exemple de l’Institut de formation et de recherche en informatique (Ifri) qui, créé en 2013, a déjà formé en cycle de Licence et Master des milliers d’étudiants dans des filières telles que la Sécurité informatique, Internet et Multimedia, Intelligence artificielle, Systèmes d’information et Réseaux informatiques, etc., des filières qui intéressent de nombreuses filles. « Nous espérons que celles qui s’y engagent aujourd’hui pourront impulser avec célérité, les prochaines années, l’entrepreneuriat technologique dans le pays » a-t-elle affirmé.
Esquisse biographique
Francine Aïssi Houangni est gérante majoritaire de l’Agence de voyages Afrique Destination et des agences Hope au Bénin, au Niger et au Togo. Présidente en charge de l’aménagement des infrastructures de la Confédération des organisations patronales de l’industrie touristique de la Cedeao (Copitur-Cedeao) depuis 2021, elle siège également en tant que Conseillère à l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP).
Titulaire d’un Master en Gestion des activités touristiques et hôtelières de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, elle enseigne à l’Université d’Abomey-Calavi en même temps qu’elle occupe, depuis 2022, le poste de secrétaire générale du Conseil national du patronat (Cnp-Bénin). Juriste de formation, elle siège comme Juge consulaire titulaire au Tribunal de Commerce de Cotonou.
Enfin, Francine Aïssi Houangni est la présidente fondatrice de la Fondation Antou Pour Tous, une organisation dédiée à la protection de la famille et à l’éducation qui offre, chaque année depuis 2014, des bourses d’études à des enfants issus de milieux défavorisés au Bénin.
