À propos de la fermeture de l’École “Fifontin” (Gbekoun) par le Ministère de l’Enseignement Primaire
Par arrêté « Année 2022 n° 076/MEMP/DC/SGM/CTAAS/CCJ/DPP/DEP/SP en date du 24 mars 2022 signé du ministre des Enseignements Maternel et Primaire, Salimane KARIMOU, il est annoncé que « le centre de formation « Fifontin Gbékoun » qui fonctionne en marge des réglementations, directives et instructions officielles relatives aux programmes d’études en vigueur, aux normes pédagogiques et aux calendriers scolaires est fermé ».
Quelles sont ces réglementations, directives et instructions officielles relatives aux programmes d’études en vigueur en marge desquelles le centre Fifontin Gbékoun fonctionnerait ? Une lettre n° 2293/MEMP/DC/SGM/CTQIP/CTJ/DPP/SP en date du 22 février relative à la fermeture du centre de formation « Fifontin Gbékoun » et qui est citée en visa dans l’arrêté en donne des éléments. Dans cette lettre en date du 22 février et signée du ministre Karimou, adressée au promoteur de l’Ecole Fifontin (Bgékoun), en dehors du fait qu’il est indiqué que l’établissement ne dispose pas d’une autorisation de création ni d’ouverture, il est écrit : « De plus, votre école fonctionne en régime spécial en ce sens que la langue de travail n’est pas le français,…et en conséquence, vos violez l’article 14 de la loi N° 90-32 du 11 décembre 1990 portant constitution du Bénin révisée par la loi N° 2019-40 du 07 novembre 2019. »
Ainsi, la raison principale de la fermeture du centre de formation Fifontin Gbékoun est que la langue de travail, ici de formation, n’est pas le français. Ce n’est pas qu’une évaluation de la formation au niveau scientifique, culturel et technique des apprenants ait montré des défaillances graves. Non, c’est parce que le centre dispense ses cours en une langue nationale.
Signalons que cet article 14 de la Constitution en vigueur est celle qui dispose que « la langue officielle au Bénin est le français. », une langue étrangère à toute les ethnies du Bénin et imposée depuis la colonisation, et qui a pour rôle de détruire toute conscience, toute culture, toute fierté, toute dignité du Béninois et de le formater à la soumission et à la docilité au colonisateur. La « langue française comme langue officielle » et langue d’instruction obligatoire maintenue dans nos Constitutions depuis les indépendances est une injonction du colonisateur à nos présidents, ” gouverneurs à peau noire” dans le cadre du pacte colonial en vigueur dans les « Enclos Français ». C’est dire tout simplement qu’en fermant un centre de formation parce la langue de travail n’est le français, le ministre Salimane Karimou et tout le gouvernement montrent simplement qu’ils sont des agents au service de la puissance française, des commis et gouverneurs à peau noire.
Du point de vue pédagogique, si l’on se réfère aux peudo-psychologues, on sait qu’imposer à des enfants l’instruction dans une langue autre que leur langue maternelle est un assassinat culturel, une torture de leur esprit, un handicap et une cause des difficultés et des retards dans l’acquisition d’autres langues et d’autres sciences.
L’Unesco n’a cessé de répéter la nécessité de l’instruction dans les langues nationales et depuis plus de 20 ans, et pour le rappeler à tous, a institué une journée de la langue maternelle célébrée le 21 février et à laquelle le pouvoir en place fait semblant de participer. Même la Banque mondiale a été obligée de reconnaître ce fait et dans un rapport en date de 14 juillet 2021 portant sur les politiques relatives à la langue d’enseignement, proclame que « Les enfants apprennent mieux et sont plus susceptibles de poursuivre leurs études lorsqu’ils commencent leur scolarité dans une langue qu’ils utilisent et comprennent… .. »
Alors la fermeture du centre de formation Gbékoun est anti-patriotique et participe de la politique de destruction de l’esprit de l’enfant béninois et de sous-développement du pays. Aucun pays ne se développe dans une langue étrangère.
La Banque mondiale, dans son rapport a adopté une nouvelle approche adoptée en matière de langue d’enseignement est guidée par cinq principes dont :
1.Assurer aux enfants une instruction dans leur première langue du stade des services d’éducation et de protection de la petite enfance jusqu’à, au moins, la fin des six premières années du primaire.
2. Utiliser la première langue des élèves pour enseigner les matières autres que la lecture et l’écriture.
3. Lorsque les enfants doivent acquérir une deuxième langue dans le primaire, procéder à l’enseignement de cette langue comme une langue étrangère en mettant initialement l’accent sur les compétences orales.
4. Poursuivre l’instruction dans la première langue, même lorsque la deuxième langue est devenue la principale langue d’enseignement. »
Salimane Karimou et le gouvernement sont en retard par rapport à la Banque mondiale. C’est une honte !
L’Iniref, par conséquent proteste contre la fermeture du centre de formation Fifontin Gbékoun, exige l’abrogation de l’arrêté anti-patriotique du ministre Salimane Karimou et le rétablissement immédiat du centre. Il appelle tous les patriotes à faire de même. Notre pays ne peut se développer qu’avec l’instruction dans nos langues nationales.
Cotonou, le 31 mars 2022
Pour l’Institut international de recherche et de formation (Iniref)
Le Président
Capo Hounpati
