Home Actualité Présidentielle 2021 : « Le parrainage « risque de ne pas révéler la diversité » (Joël Atayi-Guèdègbé)

Présidentielle 2021 : « Le parrainage « risque de ne pas révéler la diversité » (Joël Atayi-Guèdègbé)

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Joël Atayi-Guèdègbé, politologue et membre de la société civile se prononce sur le système du parrainage objet de polémiques et de suspicions. Si pour lui, le parrainage n’est pas mauvais en soi, le problème actuel vient de ce que « ceux qui doivent donner ces signatures sont pratiquement tous d’un même bord et cela risque de ne pas révéler la diversité ». Sa suppression réclamée par la société civile dépendra donc de l’écoute, conclut l’expert en gouvernance.

Propos recueillis par Sêmèvo B. AGBON

 

Bénin Int. : Le parrainage. La société civile plaide pour sa suppression. 

Je crois que c’est au regard du contexte des élections de 2019 et de 2020 qui ont produit d’importants biais, une faible diversité dans l’élection et la désignation des élus qui devront parrainer. Ce sont les circonstances de ces élections qui amènent à demander d’être plus circonspect, attentif à la mise en œuvre de cette réforme. A titre personnel j’ai toujours défendu le principe du parrainage. Publiquement depuis 2004, nous avons conduit un plaidoyer dans ce sens vers l’Assemblée nationale. Orden Alladatin et moi avions animé des conférences publiques sur la question.

J’estime que le parrainage est une nécessité dans un pays démocratique pour maîtriser un tant soit peu les candidatures pour la lisibilité des choix que l’électeur va faire. Il n’y a pas quarante idéologies, et gérer quarante candidatures c’est fatiguer l’électeur pour rien. Très peu de candidats concentrent finalement la majorité des suffrages. Pourquoi alors continuer d’entretenir cette fantaisie au nom de la démocratie ? La démocratie c’est également des mécanismes pertinents, efficaces de décision pour la vie en société. Donc le parrainage en général permet de tester un peu l’ancrage des uns et des autres. On peut exiger par exemple des candidats de recueillir une portion de la population, cinq mille personnes ou 100 personnes par localité. Beaucoup ont déjà du mal à réunir ce critère. Au nom de quoi devrait-on les laisser venir embêter tout le monde au niveau national avec 1000 voix ou 0,1 % des suffrages exprimés ? N’est-ce pas mieux d’identifier des choix plus grands, plus visibles ?

Si on fixe comme signatures 20% des élus, cela voudrait dire qu’on ne peut pas avoir plus de cinq candidats. On décide ainsi déjà du format. Seulement, les circonstances ont fait que ceux qui doivent donner ces signatures sont pratiquement tous d’un même bord et cela risque de ne pas révéler la diversité. Si les gens sont effectivement libres de donner leurs signatures à qui ils veulent comme le dit le ministre Orounla qui est dans une approche libérale, le problème ne se pose pas. Mais ne nous leurrons pas. Dans la réalité c’est la position défendue par le président Vlavonou qui va se réaliser. Ce dernier dit que ce n’est pas admissible que les élus soutiennent quelqu’un d’un autre parti. Donc on ne va pas rêver. Ce n’est pas comme en France où on peut voir des élus de droit accorder leurs signatures aux communistes parce que, historiquement ce parti a pesé dans la libération de la France. Est-ce qu’on peut convenir de cela au Bénin pour que les Fcbe qui ont représenté à leur façon une réalité, une force politique dans notre pays ait la chance de porter leurs couleurs à la présidentielle de 2021 ? Que certains élus leur accordent les signatures qui leur manquent ?

La demande de suppression formulée par la société civile peut-elle alors prospérée ? 

La demande de la société civile sera-t-elle accordée ? Cela dépend de l’écoute. Si les gens se sentent assez gênés de la configuration des choses, ils feront l’effort de relâcher. On peut être concurrent, mais on doit être partenaires pour le bien commun malgré nos différences, malgré notre rivalité; il doit y avoir plus important que nous, notre pays, le système qui nous permet d’être libres, de vouloir user de la liberté pour arriver à notre fin. Si les uns et les autres sont habités de cet esprit, pour moi il est facile de s’entendre sur ce qui peut nous aider d’avancer. Il faut être deux pour dialoguer. Si je suis là à jeter l’anathème sur l’autre je ne crée pas les conditions psychologiques de la coopération. Si nous nous écoutons comme des gens responsables dignes de confiance, que ce soit lui ou moi au pouvoir, si j’ai la confiance que nous allons préserver le pays, que nous allons nous respecter, là les choses deviennent très faciles. Mais si on n’est pas habité par cela, c’est foutu; il n’y a pas d’espoir, c’est l’unilatéralisme, la ruse et la rage, le forcing. Notre classe politique n’a rien compris lorsqu’elle aime à dire : la démocratie c’est la loi de la majorité. Elle n’a rien compris. La démocratie c’est respecter aussi les minorités qui doivent exister, émerger. S’il n’y a pas la possibilité de changement, à quoi il sert d’aller aux élections ? Si tout est joué à l’avance il n’y a plus d’élection. Donc on doit faire en sorte que le système soit le plus concurrentiel possible, de manière saine et transparente afin que le meilleur gagne.

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