Home Actualité Entretien avec l’écrivain Florent Raoul Couao-Zotti : « Je veux juste marquer la littérature de mon temps »

Entretien avec l’écrivain Florent Raoul Couao-Zotti : « Je veux juste marquer la littérature de mon temps »

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
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Célèbre écrivain et homme de culture, Florent Couao-Zotti dispose d’une vingtaine de livres dans sa bibliographie (romans, beaux livres, pièces de théâtre, bande dessinée, nouvelles…) qui lui ont valu de nombreux prix tant au Bénin qu’à l’international. Homme de culture, il nous parle ici de son parcours, de son dernier prix décerné à son dernier roman « Western Tchoukoutou », du rôle de l’écrivain dans la société moderne tout en nous aidant à analyser la thématique « jeunesse et lecture ».

 

Bénin Int : Bonjour Florent Couao-Zotti. Quelle est la différence entre le roman, les beaux livres et les nouvelles ?

Florent Couao-Zotti : le roman est une œuvre de longue haleine qui raconte une histoire avec une succession d’action cohérente qui aboutit à une fin conventionnelle ou non et qui met en branle des personnages fictifs. Le roman c’est de la littérature de l’imaginaire. Les beaux livres sont dominés par des photos. Les nouvelles sont de forme courte. Dans la nouvelle on raconte une histoire mais de façon courte en restant présent dans l’actualité. Cela n’empêche pas de parler du passé à des époques immémoriales.

Citez-nous quelques prix que vous avez reçu tout au long de votre carrière.

Mis à part les prix que j’ai reçu localement, je pourrai citer comme premier prix, le Prix Tchicayaou Tomsi (écrivain congolais décédé). C’était un prix décerné par la radio Africa N°1 soutenu par l’Union européenne que j’ai remporté au Gabon en 1994. Cela concernait une de mes nouvelles. J’ai reçu également le ‘’Grand prix de la littérature africaine pour l’enfance’’, qui est un prix annuel organisé par la Francophonie avec mon ouvrage « Un enfant dans la guerre ». J’ai reçu le prix Amadou Kourouma qui est décerné à un écrivain dont l’œuvre se rapproche un peu de celle d’Amadou Kourouma qui lui aussi, est un grand écrivain ivoirien mais qui n’est plus. En 2006, j’ai reçu le ‘’Grand prix de l’Afrique noire’’. J’ai entre autres reçu le ‘’Prix du Salon d’Abbeville’’ en France. Enfin j’ai reçu le Prix « Cain prize for Africa writting » qui m’a été décerné à Londres à propos d’une de mes nouvelles traduite en anglais.

Vous avez reçu récemment un prix. Parlez-nous-en.

Le prix m’a été décerné le 20 juin dernier. Il s’agit du ‘’Prix Roland de Jouvenel’’ qui est un prix de l’Académie française. C’est à propos de mon dernier roman « Western Tchoukoutou ». Roland de Jouvenel est un garçon qui a vécu comme une espèce de météore. Il a eu une vie très intense mais assez courte car il est décédé à 14 ans. De son vivant c’est un jeune qui avait des projections sur le futur et avait des réflexions philosophiques très intenses. Ce qui était très étrange pour un gamin de son âge. Il est français de famille noble et est décédé d’une manière incurable. Sa mère l’aimant beaucoup a voulu se suicider et au moment où elle allait sauter du haut du balcon, une main invisible l’a saisi et l’en a empêché. Depuis lors, elle entend souvent la voix de son fils qui lui dicte des textes qu’elle écrit. Lesquels écrits sont devenus presque des références dans la littérature française. L’Académie française a donc décidé de rendre hommage à ce personnage en collant son nom à un prix. Et depuis 1974, ce prix est annuellement décerné aux écrivains ayant apporté quelque chose à la littérature. Je suis le seul Africain l’ayant gagné et je le dédie à l’ensemble des écrivains africains.

Justement parlez-nous de ce roman. Pourquoi ce titre « Western Tchoukoutou » ?

A l’origine, western est un film américain qui met en scène des cowboys, la cavalerie et même des bandits. C’est un film qui a inspiré un certain nombre de légende. C’est devenu de la littérature et çà a été transposé aussi dans la bande dessinée. C’est un genre qui a inspiré aussi des Italiens qui ont fait du « western spaghetti ». Je me suis dit que les Béninois pouvaient aussi faire un western de quelque chose. Et en voulant créer une histoire atypique, j’ai collé Tchoukoutou à ce western, car j’ai campé l’histoire du roman aux pieds de la montagne de Natitingou, qui pour le besoin de la cause est devenu Natingou city. Une ville au nord du Bénin où se fabrique justement cette boisson le ‘’tchoukoutou’’ que lorsqu’on en abuse, peut permettre de faire du banditisme tel qu’il est montré dans le western américain. « Western Tchoukoutou » met en relief des personnages comme dans le western américain. Il s’agit du cowboy qui ici est un peulh, d’un policier qui se porte pour un sheriff et un grand bandit qui avec des activités troubles, est devenu très riche.

Quelle est l’histoire du roman « Western Tchoukoutou » ?

Ces personnages se comportaient de manière cavalière avec la population. Ils en étaient là quand une femme jeune et belle fit son apparition et se fait appeler « Calamity djin ». Dans le western américain ce personnage est une femme qui détroussait les gens avec son pistolet et moi mon personnage est un revenant qui sorti du séjour des morts est venu se venger de trois hommes qui l’avaient déjà tuée. Et pour cela elle s’est munie d’un révolver avec lequel elle allait tuer ses bourreaux et sa moto sur laquelle est dessinée une tête de mort.

Avec ce parcours élogieux, Florent Couao-Zotti ne rêve-t-il pas d’entrer à l’académie française ?

Non, je ne rêve pas d’intégrer l’Académie française. Je veux juste marquer la littérature de mon temps et marquer la littérature africaine. Je veux juste me contenter de cela.

A votre avis, les jeunes lisent-ils encore de nos jours avec l’avènement des réseaux sociaux ?

Pour moi les jeunes lisent et les jeunes ne lisent pas. J’ai personnellement constaté que les jeunes sortis des écoles de bonne réputation lisent. Mais tous les jeunes n’ont pas accès aux livres ; cela est de la pauvreté. On ne peut les accuser de manque de lecture. Que les jeunes passent leur temps sur les réseaux sociaux, cela se comprends. C’est de leur époque.

Pourtant le constat est là, le niveau du français a baissé chez les jeunes….

Le constat est réel et transversal. C’est partout dans le monde. Les anglophones, les hispanophones, ou même les français diront eux aussi que les jeunes ne parlent plus bien anglais, l’espagnol ou le français. N’oublions qu’avec les comptes twitter, facebook ou WhatsApp, les gens ne s’échangent pas que les vidéos ; ils échangent aussi des textes donc forcément ils lisent. Cela participe donc forcément de la formation de l’individu.

Que dites-vous donc de ces nombreux charabias qui circulent à longueur de journée sur les réseaux sociaux ?

C’est vrai que les gens ont inventé de ces abréviations terribles pour communiquer sur les réseaux sociaux surtout sur WhatsApp sous prétexte qu’ils sont pressés. Ceci est de la paresse intellectuelle. J’ai pris l’habitude de corriger personnellement ces gens quand j’en ai l’occasion. Pour moi aucune excuse n’est valable. Mais il y en a qui écrivent de cette manière parce qu’ils ne savent pas.

Quel est selon vous le rôle de l’écrivain contemporain dans la société ?

Il ne faut pas donner un rôle particulier à l’écrivain. L’écrivain a un rôle social et parfois politique comme l’écrivain Nigérian Wolé Sognika qui s’était affirmé comme opposant au régime du dictateur Sanni Abacha. Et cela se sentait même dans ses écrits. Il s’est révélé qu’il avait même créé un parti politique dont il a laissé la présidence à un autre. L’écrivain fait voyager les gens à travers ses textes en les rendant heureux. Quant au fait que l’écrivain peut avoir une action citoyenne, c’est à chacun selon ses convictions.

Parlant d’action citoyenne, Florent Couao- Zotti est pour ou contre le régime du président Patrice Talon ?

Non, je ne suis pas opposant. Selon moi, l’écrivain articule plus des problématiques que de faire la politique.

Un mot pour conclure cet entretien….

Je salue les lecteurs de ‘’Bénin Intelligent’’ et j’espère que cet entretien leur ouvrira un peu le champ de qui je suis vraiment et qu’ils iront vers mes textes pour les parcourir.

Propos recueillis par Fidélia A. AHANDESSI

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