Home Actualité Université Senghor d’Alexandrie : Alexis Fangninou soutient un master sur les danses culturelles Adja du sud-ouest
Danses culturelles Adja

Université Senghor d’Alexandrie : Alexis Fangninou soutient un master sur les danses culturelles Adja du sud-ouest

Par Sêmèvo Bonaventure AGBON
0 Commentaire

Amègnonglo Léonce Alexis Fangninou a soutenu un master en « Gestion du patrimoine culturel » au département culture de l’Université Senghor d’Alexandrie en Égypte. Son travail, sanctionné par la mention “Très bien” avec la note 18/20, a porté sur le thème « Danses culturelles Adja du sud-ouest du Bénin : création d’un conservatoire ». Ce choix résulte d’un constat amer, à savoir que les danses culturelles Adja du sud-ouest du Bénin sont frappées par « la méconnaissance, le désintéressement et l’absence de pratiques régulières ». Amègnonglo Léonce Alexis Fangninou à travers ce thème propose des solutions en vue de la restauration des richesses et valeurs culturelles et cultuelles de ces danses. Entretien.

Propos recueillis par S. B. AGBAYAHOUN

 

Bénin Intelligent : Déclinez-nous votre parcours jusqu’au master à l’Université Senghor d’Alexandrie 

Alexis Fangninou: Après une Licence au département de Sociologie-Anthropologie, option Cultures et sociétés à l’Université d’Abomey-Calavi, j’ai travaillé comme Représentant-Correspondant Global d’Écran sans frontières-France au Bénin. Copté par des devanciers du secteur du patrimoine culturel et du tourisme. J’ai conduit plusieurs missions au Bénin en qualité de consultant-assistant et d’assistant-chef projet. En effet, de 2019 à 2021, j’ai contribué à l’élaboration du plan de promotion du tourisme de la commune de Kétou, à l’inventaire du patrimoine touristique des communes d’Aplahoué et de Djakotomey dans le département du Couffo. De même, j’ai participé à la mise en place des associations et la formation des acteurs de tourisme des communes d’Athiémé, de Lokossa, de Grand-Popo, de Houéyogbé et de Bopa dans le département du Mono dans le cadre du projet de création d’un Circuit touristique intercommunal durable dans le Mono (Cirtoum) sur financement du 12ᵉ Fed de l’Union européenne. Par ailleurs, en mars 2023, en qualité de chef projet sur la mission de montage de l’exposition à l’Institut français d’Alexandrie (Égypte) à l’occasion de la célébration du mois de la Francophonie avant de coordonner, en septembre 2022, le colloque scientifique des Rencontres culturelles scientifiques et communautaires de Bonou sur le thème « Réconciliation et renaissance ».

Vous avez défendu avec brio le fruit de vos travaux de recherches à travers un exposé d’une facture exceptionnelle, un master. Quel est l’essentiel à retenir ?

« Danses culturelles Adja du sud-ouest du Bénin : création d’un conservatoire » est le sujet défendu devant un jury international composé du Professeur Gihane Zaki (présidente du jury), du Professeur Ribio Nzeza Bunketi Buse (examinateur) et Caroline Gaultier-Kurhan, (directrice de mémoire) le dimanche 15 octobre dernier à l’Université Senghor à Alexandrie en Egypte. Ce travail a consisté à mettre en évidence la méconnaissance, le désintéressement et l’absence de pratiques régulières qui caractérisent les danses culturelles Adja au sud-ouest du Bénin. Devenues de simples expressions culturelles du passé et par conséquent, relevant d’une histoire en cours d’oubli au sein de cette communauté, ces danses sont très faiblement connues par la génération actuelle. Une réalité qui laisse toute la communauté orpheline de sa richesse culturelle et cultuelle. Or, la fonction des danses reconnue comme un élément du patrimoine culturel immatériel garantit l’intégration et l’ancrage de l’individu dans la société. Sa naissance, sa socialisation et son départ de cette terre sont des occasions au cours desquelles la danse sert de médium et d’instrument de connexion à son identité culturelle. Ce travail de recherche partage la conscience qui traduit la nécessité d’une meilleure sauvegarde et d’une bonne transmission des danses culturelles Adja au sud-ouest du Bénin. Il contribue à l’affranchissement de la richesse culturelle des risques qui pèsent sur elle. Notre recherche focalise ses analyses sur l’identification, l’établissement d’une liste renseignée et propose des mesures de sauvegarde et de valorisation. À ce titre, la mise en place d’un équipement culturel au format d’un conservatoire des danses culturelles représente l’une des mesures envisagées.

Quelle méthodologie vous avez adopté sur le terrain pour collecter vos données de terrains ?

Pour mener à bien notre recherche, nous avons essentiellement réalisé des focus groups et des entretiens avec les communautés détentrices notamment : les danseurs, les artistes chanteurs, les responsables de groupe de danse, les artistes, les danseurs et les autorités au niveau communal et départemental. Grâce à ses entretiens nous avons pu identifier et documenter sommairement 35 danses parmi lesquelles on retrouve des danses de réjouissances populaires, de guérison… de même que les différents biens associés à ses derniers (costumes, tams-tams…). Les échanges avec les autorités communales et départementales nous ont permis de prendre connaissances des mesures de sauvegarde mise en place au niveau territorial pour contribuer à assurer la viabilité de l’élément en étude à travers des actions concrètes qu’ils ont développés, lesquelles informations sont favorables à notre projet de création du conservatoire des danses culturelles de l’aire culturelle Adja du Bénin. Conscients des menaces et risques qui pèsent sur les danses que ça soit les communautés détentrices et les autorités décentralisées adhèrent à la mise en place de l’équipement. Les communautés se sont appropriées du contenu du projet et la volonté politique prend en compte l’identité locale et l’insert dans les réseaux transversaux (culturels, sociaux, économiques, etc.) nous rassurent de l’ancrage territorial de notre projet.

De façon concrète votre conservatoire fera quoi ?

Comme énoncé plus haut, l’équipement culturel que nous allons mettre en place travaillera à la sauvegarde et à la valorisation des danses Adja. De manière concrète, il fera un travail d’inventaire approfondi sur les danses Adja. C’est le meilleur moyen pour appréhender l’appropriation du patrimoine, mais aussi pour documenter et montrer la nécessité aux publics jeunes surtout de sauvegarder les danses pour affirmer avec fierté leur identité culturelle. Après ce préalable qui est indispensable, et à la base de toute stratégie de sauvegarde, de toute connaissance sur le patrimoine, de toute gestion du patrimoine, de toute démarche scientifique, constitue un outil de sensibilisation, d’éducation et de transmission des danses. Il envisage de mettre sur pied en son sein un musée thématique, à travers une offre muséale vivante : penser sur des thématiques telles que : « Danses Adja : d’hier et d’aujourd’hui ; Les instruments de musique (religieuse) mortuaires et populaires, vie d’artistes, chanteurs et danseurs, temple du son, technique de fabrication des instruments de danses et costumes de danses culturelles », amener les jeunes à écouter les rythmes et visualiser des vidéos enregistrées soutenues par des objets accrochés dans le décor à travers des scénographies dynamiques.

A travers des expositions aussi permanentes que temporaires, le musée veillera à montrer l’évolution des danses culturelles Adja aux jeunes à travers des parcours muséographiques et sonores sur des sujets comme : « la symbolique des costumes, la dimension de l’inculturation des danses culturelles à l’église, la description du rôle des instruments dans la création des danses, le sens de la pratique de telle ou telle sorte de danse, les mouvements, les langages, les discours des voyageurs sur les musiques et danses culturelles, les perceptions et des représentations sur les danses culturelles, les différentes formes d’instruments (circulations et influence réciproque), les différents noms d’instruments et sons qu’ils peuvent produire ».

Également, il mettra en lumière, la contribution et la place des femmes dans l’exécution d’un certain nombre de rythmes comme le Kpanouhoun, achikpé, les prouesses de danseurs et chanteurs à mobilité réduite, ou aveugles et les personnes atteintes de démence. Le musée contribue à valoriser les groupes minoritaires de l’aire culturelle Adja au sud-ouest du Bénin et bien d’autres aires culturelles qui, souvent, n’ont pas la chance de s’exprimer sur des espaces et scènes publics. C’est également un moyen pour attirer et fidéliser le public, pour renouveler l’intérêt autour des collections et développer de nouvelles thématiques. C’est ce que Greffe et al. (1981) cité par Benghozi, (2006) appellent les festivals permanents.

Le conservatoire veut assurer la pratique régulière et la récréation permanente des danses à travers la mise en place des classes culturelles soutenues par des rencontres culturelles. Sa construction se fera de façon progressive.

Quelles sont vos impressions après cette défense ?

Fierté, satisfaction et joie sont mes impressions en ce moment. Fier parce que nous avons porté notre réflexion sur une thématique qui envoie ses coups de projectiles sur notre département de provenance. Il nous a tout donné, aujourd’hui nous travaillons à lui offrir à travers son riche potentiel culturel une image de marque qui peut attirer les touristes locaux et internationales vers cette destination tant chère pour nous. Satisfaction parce que le jury qui a siégé nous a proposé des pistes à explorer pour l’obtention des financements et des partenariats techniques qui peuvent faire évoluer le projet dans les meilleurs délais. Joie, nous avons terminé ce parcours riche en outils pédagogiques de dernières générations avec des enseignants qui viennent de partout dans le monde pour assurer les différents modules qui ont contribués à faire de nous le fruit de nos travaux.

Merci.

 

LIRE AUSSI: Alexis Amègnonglo Fangninou, anthropologue culturel : « Le musée a un pouvoir d’éducation au patrimoine »

Lire aussi

Laisser un commentaire

A propos de nous

Bénin Intelligent, média au service d’une Afrique unie et rayonnante. Nous mettons la lumière sur les succès, défis et opportunités du continent.

À la une

Les plus lus

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter pour être notifié de nos nouveaux articles. Restons informés!