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Désinformation et sécurité économique : Un risque sous-estimé pour le Bénin

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Par Karine Oriot, journaliste et éditorialiste spécialisée dans l’actualité politique africaine. 

Dans une économie ouverte comme celle du Bénin, la désinformation ne relève plus seulement de la sphère politique ou sécuritaire. Elle constitue désormais un facteur de vulnérabilité économique, capable d’influer sur la perception du climat des affaires, les décisions d’investissement et la crédibilité internationale du pays.

La confiance, pilier invisible de l’économie béninoise

Le Bénin figure parmi les pays d’Afrique de l’Ouest régulièrement cités pour leur stabilité macroéconomique et la continuité de leurs réformes. Selon les données de la Banque mondiale, la croissance du pays s’est maintenue autour de 5 à 6 % ces dernières années, portée par les infrastructures, l’activité portuaire, l’agriculture et les services. Cette trajectoire repose toutefois sur un capital immatériel essentiel : la confiance. La confiance des investisseurs, des partenaires financiers et des bailleurs internationaux se construit dans la durée, mais elle peut être fragilisée rapidement par un environnement informationnel dégradé. Dans ce contexte, la circulation de rumeurs sécuritaires ou institutionnelles, même infondées, devient un paramètre économique à part entière, susceptible d’altérer la perception du pays bien au-delà de la réalité des faits.

Quand la rumeur pèse sur l’évaluation du risque pays

Les acteurs économiques ne se fondent plus uniquement sur les indicateurs financiers classiques. Les modèles contemporains d’évaluation du risque pays intègrent désormais des variables dites non financières, telles que la stabilité institutionnelle, le climat politique, la perception sécuritaire et la qualité de l’information disponible. Une rumeur persistante, même non étayée, peut ainsi s’installer dans les grilles d’analyse utilisées par les investisseurs, les assureurs-crédit ou les agences de notation. Des économistes spécialisés soulignent que, pour des opérateurs peu familiers du terrain africain, la perception du risque peut parfois peser autant que le risque réel, notamment dans un environnement régional marqué par l’instabilité.

Des indicateurs économiques sensibles au climat informationnel

Le Bénin bénéficie aujourd’hui d’une image globalement favorable auprès des institutions financières internationales. Les indicateurs de gouvernance, notamment ceux relatifs à l’efficacité de l’action publique et au contrôle de la corruption, traduisent une stabilité relative. Les agences de notation souveraine inscrivent le pays dans une trajectoire maîtrisée, tout en restant attentives à l’évolution du contexte politique et sécuritaire.

Cependant, les experts rappellent que ces évaluations demeurent sensibles à la lisibilité de l’environnement informationnel. Une dégradation de cette lisibilité peut se traduire, à moyen terme, par un renchérissement du coût du financement, un ralentissement des investissements directs étrangers ou le report de projets structurants. Les données de la Cnuced montrent en effet que les flux d’investissements vers l’Afrique de l’Ouest réagissent fortement aux signaux, y compris informationnels, de stabilité ou d’instabilité.

Désinformation et prédation économique : un levier discret mais documenté

Au-delà des effets indirects, la désinformation peut également s’inscrire dans des stratégies de prédation économique plus structurées. Plusieurs travaux académiques et rapports institutionnels ont mis en évidence l’existence de campagnes informationnelles associées à des intérêts économiques, visant à fragiliser l’image d’un pays ou de ses partenaires afin de créer des conditions favorables à des renégociations contractuelles ou à l’entrée de nouveaux acteurs.

Des analyses menées par des centres de recherche internationaux et relayées par certaines institutions occidentales ont notamment documenté, dans différents contextes africains, des activités de désinformation liées à des intérêts économiques chinois. Ces pratiques, lorsqu’elles sont avérées, consistent à diffuser des narratifs critiques ou alarmistes sur des partenaires concurrents, à alimenter des soupçons d’instabilité ou à exagérer certains risques, dans le but de renforcer une position économique ou d’obtenir des concessions avantageuses dans des secteurs stratégiques tels que les infrastructures, les mines ou l’énergie.

Il convient toutefois de souligner que ces analyses ne sauraient être généralisées ni assimilées à l’ensemble des investissements chinois en Afrique. Elles mettent en lumière des mécanismes informationnels spécifiques, utilisés comme instruments indirects de concurrence économique, dans un contexte de rivalités accrues entre puissances sur le continent.

Protéger l’information pour protéger l’économie

Pour le Bénin, la sécurité économique ne peut plus être dissociée de la maîtrise de l’information. Selon la Banque mondiale, le pays a enregistré une croissance moyenne comprise entre 5 % et 6 % sur la période 2021–2024, le plaçant parmi les économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest. Les indicateurs de gouvernance montrent une stabilité relative sur des critères suivis de près par les investisseurs internationaux.

D’après la Cnuced, les flux d’investissements directs étrangers vers l’Afrique de l’Ouest sont particulièrement sensibles aux signaux de stabilité politique et informationnelle. Les épisodes de rumeurs sécuritaires ou institutionnelles entraînent fréquemment des reports de décisions d’investissement, même en l’absence de crise avérée.

Dans ce contexte, la maîtrise du récit économique devient un enjeu stratégique. Il ne s’agit pas de contrôler l’information, mais de garantir sa fiabilité, sa traçabilité et sa lisibilité. Faute de quoi, la désinformation agit comme une érosion lente mais continue de la confiance, avec des conséquences économiques bien réelles.

Karine Oriot, l’auteure

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